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Décontracté, ouvert...mais au fond lui seul décide : le jour où Emmanuel Macron a choisi son gouvernement pour être "Jupiter"

Macron ? On le croit Chérubin. C'est un bulldozer. Sans état d'âme. Doit-il craindre une rentrée sociale "chaude" comme le lui promet Jean-Luc Mélenchon ? Rédigé au jour le jour, ce journal de bord invite le lecteur à une promenade surprenante dans les méandres de la "Macronie". Extrait de "Les 100 jours de Macron" de Gilles Gaetner chez Fauves Editions (1/2).

Bonnes feuilles

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Décontracté, ouvert...mais au fond lui seul décide : le jour où Emmanuel Macron a choisi son gouvernement pour être "Jupiter"

Enfin, à 15 heures passées, le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, vague ressemblance avec un de ses prédécesseurs, Jean-Louis Bianco, d’une voix monocorde, un peu tristounette, égrène la liste des 18 nouveaux ministres et des 4 secrétaires d’État. Jamais gouvernement n’a été si resserré. Quant à la parité, tant promise, elle est presque respectée: 52 % d’hommes et 48 % de femmes. La grande nouveauté se trouve dans la volonté du président de la République de nommer des experts, sans tenir compte de l’étiquette politique.

Ils sont neuf, soit presque la moitié du gouvernement. C’est ainsi que le Travail échoit à une ancienne directrice générale des ressources humaines de Danone, Muriel Pénicaud, la Santé à un professeur de médecine, Agnès Buzyn, l’Éducation nationale à un agrégé de droit, l’ancien recteur Jean-Michel Blanquer, – ami intime de François Baroin – les Transports à la présidente de la RATP, Élisabeth Borne, l’Enseignement supérieur à la présidente de l’Université de Nice, Frédérique Vidal, les Sports à Laura Flessel, championne olympique d’escrime, le secrétariat d’État aux Handicapés à Sophie Cluzel, présidente d’une association d’handicapés… Sans oublier la star des stars, qui après plusieurs refus opposés des années durant, tant à la gauche qu’à la droite, accepte un poste de ministre, Nicolas Hulot. En charge de la Transition énergétique, il a rang de ministre d’État, numéro deux du gouvernement. Quant aux autres ministres, ils sont choisis de manière à préserver l’équilibre politique du nouveau pouvoir en place.

Trois anciens PS, compagnons de route de Macron, présents dès le début de l’aventure En Marche! sont récompensés. Il s’agit de Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires, et Christophe Castaner, secrétaire d’État, chargé des relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement. Les étiquetés MoDem ne sont pas oubliés: François Bayrou, absent depuis vingt ans d’un gouvernement, se voit offrir la Justice; son alter ego de longue date, Marielle de Sarnez se voit confier les Affaires européennes, tandis que Sylvie Goulard remplace Jean-Yves Le Drian à la Défense – avec le titre de ministre des Armées – qui ui est promu ministre de l’Europe et des Affaires européennes. Le Drian est le seul survivant de l’équipe Hollande. Rien de surprenant: considéré comme compétent, très apprécié de ses troupes, toujours zen, il fait la quasi-unanimité même à droite. Ultime trouvaille d’Emmanuel Macron: la nomination à Bercy de deux personnalités des LR, Bruno Le Maire à l’Économie et Gérald Darmanin, le maire de Tourcoing, à l’Action et aux Comptes publics, nouvelle dénomination du Budget. Un choix astucieux non dénué d’arrière-pensées: si d’aventure, ces deuxlà échouent ou ne réussissent qu’à moitié, on pourra toujours dire que la droite a bien du mal à gérer les finances de l’État… En nommant Darmanin, Macron montre l’intérêt qu’il porte à mettre au premier plan un pur produit de la méritocratie républicaine. Voilà pour la façade. Plutôt séduisante. Mais si on regarde derrière, c’est peut-être différent. D’abord, un constat: une majorité de ministres n’a jamais détenu le moindre mandat électif, ce qui risque d’être un handicap, au moins dans un premier temps, les ministres étant tentés de privilégier les relations avec l’administration plutôt qu’avec les élus. Ensuite, la question de l’expertise ou de l’expérience professionnelle.

Dans ce domaine, Emmanuel Macron reprend, en l’amplifiant, la démarche suivie par Rocard, Chirac, Sarkozy qui ont promu, avec des fortunes diverses, « des professionnels » à la tête d’un département ministériel. Ainsi, Michel Rocard nommera Garde des Sceaux, un haut magistrat de grande qualité, Pierre Arapillange; Nicolas Sarkozy fera de même avec Rachida Dati… Dans les deux cas, le résultat ne fut pas mirobolant. En revanche, des néophytes en matière de justice, mais vrais politiques, comme Pierre Mehaignerie ou Dominique Perben nommés sous la droite, réussiront plutôt bien. À l’Éducation nationale ou à l’Enseignement supérieur, l’arrivée de personnalités de la Maison ne sera pas forcément gage de succès. Un universitaire comme Luc Ferry, spécialiste de Kant, pourtant brillantissime, ne réussira pas très bien à l’Éducation… Or, maintenant qu’il n’est plus dans la course, chacune de ses interventions, tant dans ses tribunes qu’à la télévision, s’avère souvent remarquable. À la Jeunesse et Sport, tradition immuable, c’est souvent un ancien sportif de haut niveau qui se voit confier la tâche de diriger le ministère. Tant sous la gauche que sous la droite. À la fin des années 80, sous la gauche, Roger Bambuck, ancien champion d’Europe du 100 mètres, et Alain Calmat, ex-champion du monde de patinage artistique prendront les rênes du Ministère. Plus tard, sous la droite, Guy Drut, ancien champion olympique du 110 mètres haies en 1976 à Montréal et Jean-François Lamour, double champion olympique d’escrime, auront droit aux mêmes honneurs. Ont-ils pour autant réussi dans leur mission? Pas sûr, malgré leur bonne volonté. Et l’on pourrait citer le cas du ministère « casse-gueule » par excellence, celui de la Santé. Beaucoup se souviennent de l’épisode de la canicule de l’été 2003, où l’on vit apparaître sur TF1, au journal de 20 heures, le ministre de la Santé, Jean-François Mattei, en tenue décontractée dans sa villa du Midi, au milieu des pins, répondre aux questions du journaliste, sans avoir l’air un seul instant de prendre la dimension du drame qui se jouait dans le pays. Un drame qui coûtera la vie à 15 000 personnes. Cette désinvolture était d’autant plus grave que Mattei était un éminent professeur de médecine. La canicule entraînera la fin de sa carrière politique.

L’appartenance à la société civile dont on nous rabat les oreilles n’est pas forcément gage d’une bonne approche des problèmes. On peut être d’une grande compétence dans son activité professionnelle, mais être insuffisant lorsqu’il s’agit d’affronter l’arène politique. Sur le sujet, Emmanuel Macron est ouvert.

On verra très vite si l’expérience de DRH, même dans une multinationale, peut aider à discuter et obtenir des résultats avec les syndicats, y compris la CGT. On verra si une éditrice unanimement plébiscitée par ses pairs peut instiller une grande politique culturelle populaire, façon Malraux ou Jack Lang.

 
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Gilles Gaetner

Gilles Gaetner est journaliste d'investigation chez Atlantico. Il a été journaliste aux Echos, à la Vie française, au Point et de 1986 à 2009, rédacteur en chef adjoint à L'Express, chargé de l'investigation.

Il est l'auteur de La République des copains (Flammarion, 2005), Réglements de comptes pour l'Elysée - La Manipulation Clearstream dévoilée (Oh! Editions, 2006, avec Jean-Marie Pontaut),  La République des imposteurs (L'Archipel Editions, 2014) et Les journalistes ne devraient pas dire ça (L'Artileur, 2017).

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