Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 26 Septembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Début de la fin de la guerre en Syrie : pourquoi les Etats Unis vont devoir prendre une lourde décision quant à leur présence sur place

Le risque de voir se développer un axe Turquie-Syrie-Irak-Iran sur lequel il n'aurait pas la main inquiète le Pentagone.

Rebelote ?

Publié le
Début de la fin de la guerre en Syrie : pourquoi les Etats Unis vont devoir prendre une lourde décision quant à leur présence sur place

Atlantico : Alors que les forces du régime syrien, soutenues par les Russes et le Hezbollah, ont pu reprendre le contrôle de la base aérienne à l'est de Deir ez-Zor, la fin du conflit serait désormais à portée de main. Dans une telle optique, et alors que les États Unis sont confrontés à une décision concernant leur avenir sur le territoire syrien, quels sont les enjeux à prendre en compte de la part de Washington ?

Alain Rodier : Les derniers développements en Syrie ont montré une poussée rapide des forces de Bachar el-Assad vers l’est permettant de lever le siège qui pesait sur Deir ez-Zor depuis trois ans. Elles sont soutenues par l’aviation et des forces spéciales russes ainsi que par différentes milices chiites. La bataille n’est pas terminée et devrait se prolonger le long de l’ouest de l’Euphrate vers la frontière irakienne avec pour objectif final la prise de la ville d’Abou Kamal située à la frontière. A noter que Damas tente de récupérer des tribus sunnites hostiles à Daech pour accompagner le mouvement, une manière de légitimiser les reconquêtes territoriales.

Une unité sunnite, « les Faucons de l’Euphrate » (Suqour al Furat) a par exemple été constituée à partir de membres de la tribu Chaitat. Elle a des comptes à régler avec Daech auquel elle s’était opposée en 2014. En représailles, les salafistes-djihadistes avaient massacré 700 de ses membres.

Parallèlement, les Forces démocratiques syriennes (FDS) composées majoritairement de Kurdes du PYD (Parti de l’union démocratique, le « cousin » syrien du PKK turc) soutenues en direct par les Américains continuent d’assiéger la ville de Raqqa. Ne voulant pas perdre trop de temps, elles l’ont également contourné pour lancer une offensive vers l’est de l’Euphrate.

Paradoxe, les forces légalistes syriennes et russes progressent le long de l’ouest de l’Euphrate et les FDS et les Américains font de même à l’est. C’est une sorte de "course" dont l’objectif final est le contrôle d'une portion de la frontière irakienne. Elles sont à portée de canon les unes des autres et le risque d’incident - particulièrement aérien - est élevé même une coordination semble avoir été établie entre les commandements russe et américain pour éviter toute bavure. Mais la guerre n’est pas une science exacte.

Le problème est que la région située de l’autre côté de la frontière (en Irak) est encore partiellement tenue par Daech. Aucune offensive gouvernementale n’a encore été déclenchée pour libérer la zone. Mais globalement, ce sont les milices chiites irakiennes proches de Téhéran - et pas de l’armée régulière - qui semblent être en mesure de le faire. Si cela est le cas, elles accueilleront avec enthousiasme bien les forces légalistes syriennes mais, en ce qui concerne les FDS, c’est une autre histoire…

Dans le reste de la Syrie, la situation est globalement figée, surtout en raison des zones de « désescalade » qui ont été négociées entre Russes, Américains, Jordaniens et Turcs.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par padam - 13/09/2017 - 10:31 - Signaler un abus @ monsieur Rodier

    Si d'aventure, en réalité bien improbable, la "communauté internationale" décidait de juger tous les individus, groupes, mouvements et armées divers qui se sont livrés à des exactions criminelles plus ou moins massives au Moyen-Orient depuis bientôt 30 ans, il faudrait alors déplacer le TPI de La Haye au stade du Premier-Mai de Pyonpyang afin de pouvoir accueillir la totalité des accusés. Ce qui, il est vrai, serait quelque peu délicat...

  • Par Marie-E - 14/09/2017 - 12:46 - Signaler un abus un reportage intéressant

    d'un correspondant kurde de La Mena : Shalom de Deïr ez Zor (011409/17) [Analyse] Par Perwer Emmal à Deïr ez Zor © Metula News Agency. Peut être que la partie n'est pas gagnée par les Iraniens, ni les Turcs .... et peut être que les Russes et les Américains ont plus réfléchi qu'on le pense.

  • Par ajm - 14/09/2017 - 15:30 - Signaler un abus Bourbier syrien.

    Pourquoi faudrait-il que Trump enlise les USA dans ce bourbier syrien où ils n'ont aucun intérêt significatif, contrairement aux Russes qui y ont leur seule base navale en Méditerranée ? La guerre entre arabes c'est un peu comme les guerres entre bandes rivales du milieu. La police n'intervient que si il y a un débordement en dehors du monde des gangsters ou pour compter les morts et arrêter les survivants à la fin.

  • Par philippe de commynes - 15/09/2017 - 12:37 - Signaler un abus Kurdistan

    Les kurdes irakiens sont supposés tenir un referendum sur leur indépendance le 25 septembre, néanmoins une déclaration en bonne et due forme semble improbable sans le soutien américain, ne serait ce que pour les kurdes irakiens ne se retrouvent pas seuls contre les turcs, mais si ce devait être le cas les cartes du puzzle régional seraient encore une énième fois rebattue : nécessité d'une union rojava-kurdistan irakien (ces derniers ne pouvant plus compter faire transiter leurs hydrocarbures via la turquie), rapprochement usa-russes pour que ces derniers fassent accepter a assad la perte du nord (en échange de la fin définitive du soutien occidental aux djihadites modérés ?) , une turquie qui après avoir été brouillée avec la russie, puis les usa, le serait avec les deux à la fois , d'ici qu'en Israël on juge qu'une telle combinaison serait encore la plus avantageuse et que trump se laisse convaincre... à suivre

  • Par Anguerrand - 15/09/2017 - 16:10 - Signaler un abus Mais que l'on laisse ce salaud de Bachar à la tête de son pays

    Il faut des dictateurs comme lui pour tenir leur pays et que l'on est enfin tranquille de ce côté. Chaque fois que l'on a voulu imposer un president élu, ça n'a toujours qu'abouti à la reprise du pays par les djihadistes, et il faut tout recommencer alors laissons les se dem....der

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€