Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 21 Avril 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

​Débats de la survie pour le PS : y-a-t-il quelque part dans le monde occidental un parti social-démocrate qui s’en sorte à l’heure actuelle ?

Affaiblissement généralisé sur le continent européen, défaite au Royaume Uni et aux Etats Unis, ...et victoire surprise au Canada, le courant socialiste tendance "social-démocratie" subit une période d’asphyxie mondialisé depuis plusieurs années.

Bérézina

Publié le
​Débats de la survie pour le PS : y-a-t-il quelque part dans le monde occidental un parti social-démocrate qui s’en sorte à l’heure actuelle ?

Atlantico : Ce jeudi 12 janvier avait lieu le premier débat de la primaire de la gauche, en vue de la présidentielle 2017. En prenant un spectre plus large, et en premier lieu au niveau européen, existe-t-il des pays ou le courant social démocrate serait encore en "bonne santé" ? Comment expliquer, d'un point de vue général, cette situation ? 

Christophe Bouillaud  : De fait, la social-démocratie s’affaiblit effectivement partout en Europe. Il n’y a pas beaucoup de contre-exemples. L’un d’eux n’est autre que le récent vote en Roumanie où le PSD (Parti social-démocrate) est nettement sorti en tête. Dans son cas, l’usage massif du clientélisme pour gagner des électeurs en zone rurale et son alliance avec l’Eglise orthodoxe roumaine, le tout dans un contexte de faible participation électorale, expliquent son retour aux affaires. On pourrait citer aussi le cas du Parti socialiste portugais qui a réussi à revenir au pouvoir depuis un an grâce à son alliance avec deux partis situés à sa gauche pour mener une politique de limitation de l’austérité.

Les raisons de ce déclin sont multiples. D’une part, comme tous les partis qui ont gouverné les pays européens après 1945 leurs objectifs fondateurs ont été réalisés il y a bien longtemps. En effet, en ce sens, le socialisme démocratique a réalisé ses objectifs et il n’a plus lieu d’être : personne ne nie plus que les travailleurs manuels de l’industrie soient des citoyens comme les autres, personne ne nie plus qu’il faille un filet de sécurité sociale, personne ne refuse plus l’idée même de suffrage universel, etc. D’autre part, les liens historiques entre les partis socialistes et socio-démocrates et la classe ouvrière et ses syndicats se dissolvent partout depuis au moins le milieu des années 1960. Sur un plan très général, les partis socialistes et socio-démocrates ont été puissants à un moment où la croissance vigoureuse des économies occidentales permettait dans l’après-guerre de répartir plus équitablement le surcroit de richesse créée entre capital et travail sans pourtant léser vraiment personne et de s’offrir en plus le luxe de d’assurer des revenus de remplacement aux inactifs ne vivant pas de leurs rentes. Le ralentissement de la croissance à compter de la fin des années 1960 leur a singulièrement compliqué à la tâche. Aujourd’hui, pour redistribuer des richesses, il faut affronter une opposition plus résolue de la part des plus aisés dont les revenus stagnent ou augmentent trop lentement à leur goût.

Enfin, de manière plus conjoncturelle, face à la crise ouverte en 2007-08, les partis socialistes et socio-démocrates ont tous choisi en Europe de se plier à une vision « austéritaire » du redressement de l’économie. Imbus de théories économiques néo-libérales, ils ont  tous avalisé des coupes claires dans les budgets publics, en particulier dans les budgets sociaux. Ils ont ainsi réussi à se couper encore plus des classes populaires qu’ils ne l’étaient déjà. Il suffit pour s’en convaincre de regarder le sort du PSOE en Espagne ou encore pire du PASOK en Grèce, mais aussi des socialistes hongrois, polonais, néerlandais, etc. Une famille de partis fondés sur l’idée de redistribution mesurée des riches vers les pauvres ne peut que pâtir des choix inverses faits en 2008-2016 dans toute l’Europe. A cela s’ajoute que, lorsque ces partis se sont rendu compte de leur erreur stratégique, il était souvent trop tard, comme par exemple en Pologne. Par ailleurs, ils  manquaient souvent d’idées nouvelles à opposer aux partis émergents à leur gauche, comme le parti « Podemos » en Espagne.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par edac44 - 13/01/2017 - 12:17 - Signaler un abus Comprendre l'auto destruction du PS : c'est ici =====>

    http://www.monde-diplomatique.fr/2016/07/LEFEBVRE/55959

  • Par Deudeuche - 13/01/2017 - 14:04 - Signaler un abus Emergence du Bismarckisme?

    National conservatisme et redistribution sociale? Manque plus qu'une poussée de militarisme et la copie est conforme. La faute est à la gauche farcie de jalousie et d'esprit de clientèle!

  • Par vangog - 13/01/2017 - 15:36 - Signaler un abus Vous avez oublié (volontairement?) l'Amérique du Sud, Bouillaud!

    et toutes ces passionarias socialistes, empêtrées dans les résultats désastreux de leur incompétence économique, doublée de très lourdingues scandales de corruption...et l'Amérique centrale, le socialisme vénezuelien, en décomposition avancée, et le socialisme cubain, fidel à lui-même...

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€