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L'or (vraiment) noir :
la hausse du pétrole va-t-elle tuer
la reprise économique ?

Lorsque les économistes étudient la croissance économique, ils négligent souvent l'importance du prix du pétrole. Et pourtant...

Cercle vicieux

Publié le
L'or (vraiment) noir :
la hausse du pétrole va-t-elle tuer
la reprise économique ?

La demande de pétrole est étroitement liée à la croissance économique mondiale. Crédit Reuters

Dès 2009, il y avait débat sur la forme de la reprise : certains économistes annonçaient une reprise en V, d’autres, plus prudents l’annonçaient en W, les plus modérés n’y voyaient qu’un U et les plus pessimistes, un L. Enfin d’autres, l’imaginaient en √. Cependant, la grande majorité des analystes ne prenait pas en compte l’évolution d’un des piliers de la croissance : le prix du pétrole. Sans prise en compte de cette variable, l’ensemble des prévisions — qui sont d’ailleurs basées sur la reprise d’anciennes crises, à un moment où le prix du pétrole était bas — ne tient plus la route.

Dans la reprise de nos économies, le pétrole est la nouvelle inconnue de l’équation économique et nul ne connaît sa pondération dans la moyenne globale du système.

Malgré une augmentation de 15% du prix du baril depuis le début de l’année avec pour conséquence celle des carburants, malgré le montant record de la facture pétrolière mondiale (2000 milliards de dollars), certains, comme Ben Bernanke (Président de la FED), estiment toujours que certes la poussée des prix de l’essence « est un problème majeur pour beaucoup de gens » mais qu’il ne met pas « en danger la reprise économique » qualifiant le risque de « moyen ».

Pourtant le risque est bien réel et prend une dimension dynamique. Actuellement, ce risque est déjà fort car chaque hausse du prix de l’or noir pèse sur la croissance économique mais en cas de reprise économique des Etats-Unis et/ou de l’Europe, il deviendrait le risque principal.

Aujourd’hui, le prix du pétrole est un poids supplémentaire sur le pouvoir d’achat des ménages et sur les marges des entreprises s’ajoutant aux effets négatifs de la crise économique. Mais le pire reste encore à venir. Puisque, malgré ces freins, si une reprise économique arrivait à émerger, elle serait morte-né — et ce, pour plusieurs raisons.

Premièrement, la demande de pétrole est étroitement liée à la croissance économique mondiale. A chaque hausse de 1% de la croissance économique correspond une hausse de 1% de la demande de pétrole.

Deuxièmement, depuis la crise de 2008, le marché pétrolier est un marché tiré quasiment uniquement par la croissance de la demande des pays émergents. Et pourtant en 2011, le monde brûlait 90 millions de barils par jour contre 87,4 millions en 2010 et 85 millions en 2009. Donc si demain les États-Unis ou l'Europe connaissaient une reprise économique, il faudrait ajouter la croissance de leur demande de pétrole à la croissance de celle des émergents. Or, l’analyse actuelle du marché du pétrole semble indiquer qu’une reprise de la demande (même de force moyenne) risquerait de provoquer de fortes tensions sur les prix.

Dans ce contexte, une reprise économique américaine et/ou européenne pourrait créer un cercle vicieux, car elle augmenterait la demande de pétrole, provoquant une forte hausse des prix qui viendrait peser sur la reprise économique. La reprise pourrait donc être plus dure que prévue.

 
Commentaires

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  • Par cqoiqéqon - 01/04/2012 - 09:41 - Signaler un abus Aucune surprise. c'est pour

    Aucune surprise. c'est pour les raisons évoquées ci dessus, que nulle sortie de crise ne se fera par la croissance. Les émergeant ont la main (niv de vie plus faible, cout plus bas) et la garderont tant que leur demande intérieur pourra croitre jusqu’à nous. Quand à savoir si 2.5 milliard de brics peuvent vivre avec la consommation de pétrole presque trois fois supérieur d'un petit milliard d'occidentaux ......impossible. donc, faire de la politique, de la diplomatie, manger son pain blanc (technique européenne) ou faire la guerre...(technique impossible) bilan invariablement le même: nous travaillerons plus (production de matière grise et de services essentiellement) , consommerons moins et mieux (plus localement en tous cas), et seront amenés (si pas de fin du monde avant) à sortir de l'économie marchande les propriétés universelles et inaliénables de la terre à savoir, elle même, l'eau et l'air. Bref seule la transformation (avec des conditions de recyclage et de durabilité) aura un prix...mais ce monde idéal je ne pense pas qu'aucun des humains actuellement sur cette terre ne le connaisse un jour.

  • Par yt75 - 01/04/2012 - 12:00 - Signaler un abus Très probable oui

    Le pétrole restant la prémière source d'énergie actuelle, et encore plus pour le transport. Et à propos de pétrole, à signaler une tribune/"appel aux candidats" publiée jeudi 22 mars sur lemonde.fr 'mobiliser la société face au pic pétrolier" Signée par : Pierre René Bauquis – Ancien Directeur Stratégie et Planification du groupe Total Yves Cochet – Député Européen, ancien Ministre de l’environnement Jean-Marc Jancovici – Ingénieur consultant, Président de The Shift Project Jean Laherrère – Président ASPO France, ancien patron des techniques d’exploration du groupe Total Yves Mathieu – Ancien chef du projet Ressources pétrolières mondiales à l’Institut Français du Pétrole Texte de la tribune et possibilité de se joindre à l'appel en ligne ci-dessous : http://tribune-pic-petrolier.org/ Sujet important s'il en est un, ne pas hésiter à signer et relayer!

  • Par JO94 - 01/04/2012 - 12:31 - Signaler un abus gaz de schiste et huile de schiste

    Aux USA, les gens veulent rouler au GNV issus des gaz de schiste qui a permis de diviser le cours du gaz par quatre. Les huiles des schiste permettent aux USA de devenir exportateur net et donc de diminuer le déficit et l'endettement. Il faut faire pareil en France avec les gisements supposés de Seine et Marne et les vieilles mines de LORRAINE, où les gens ne peuvent pas vivre avec les problèmes de lézardes sur les maisons.

  • Par yt75 - 02/04/2012 - 09:01 - Signaler un abus @JO94

    Pour information les USA ne sont pas exportateurs net de pétrole (ni de gaz d'ailleurs), et de TRES loin, ils sont même toujours le premier importateur mondial. Ils sont devenuent exportateurs nets de produits pétroliers (essence diesel), ce qui n'a rien à voir bien évidemment, et montre juste que leur capacité de raffinage est en ce moment supérieure à leurs besoin domestiques, c'est tout. Pour ce qui est du pétrole en temps que matière premières, regardez donc un peu les chiffres par vous même pour vous faire une idée. http://tribune-pic-petrolier.org/

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Thomas Porcher

Thomas Porcher est Docteur en économie, professeur en marché des matières premières à PSB (Paris School of Buisness) et chargé de cours à l'université Paris-Descartes.

Son dernier livre est Introduction inquiète à la Macron-économie (Les Petits matins, octobre 2016) co-écrit avec Frédéric Farah. 

Il est également l'auteur de TAFTA : l'accord du plus fort (Max Milo Editions, octobre 2014) ; Le mirage du gaz de schiste (Max Milo Editions, mai 2013).

Il a coordonné l’ouvrage collectif Regards sur un XXI siècle en mouvement (Ellipses, aout 2012) préfacé par Jacques Attali.

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