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​Croissance, la décennie perdue : comment la France en est arrivée à sacrifier 75% de sa croissance sur les 10 dernières années

Pendant que le gouvernement semble se préoccuper d'un écart de 0.3 point entre sa prévision de croissance initiale pour l'année 2006, et le résultat publié par l'INSEE, il semble oublier un peu vite que c'est une décennie entière qui a été perdue sur le front de la croissance. Sur les 10 dernières années, la croissance française a été amputée de 75% par rapport à la décennie précédente.

Clap clap clap

Publié le - Mis à jour le 3 Février 2017
​Croissance, la décennie perdue : comment la France en est arrivée à sacrifier 75% de sa croissance sur les 10 dernières années

Atlantico : selon les derniers chiffres publiés par l'INSEE, la croissance française n'aurait été que de 1.1% pour l'année 2016, soit un chiffre plus bas que celui annoncé par le gouvernement, soit 1.4%. Plus globalement, ne peut-on pas considérer que la France vient de vivre une décennie perdue sur le terrain de la croissance ?

Nicolas Goetzmann : Entre le premier trimestre 2008 et le dernier trimestre 2016, la croissance française a été de 4.47% sur une durée de 9 ans. À titre de comparaison, la croissance totale des 9 années précédentes, c’est-à-dire entre le deuxième trimestre 1992 et le premier trimestre 2008, a été de 20.29%, et ce chiffre de 20% de croissance sur une période de 9 ans a été plutôt stable entre le début des années 80 et la fin des années 2000. Et soudainement, cette croissance a été divisée par 4.5. C’est-à-dire que la France n'a "eu" que 22% de la croissance qu'elle avait l'habitude de connaître sur une période aussi longue.

Il s'agit donc bien d'une décennie perdue, et la pire performance de l'économie française depuis les années 30. Ce qui est essentiel ici, c'est d'observer une chute vertigineuse à partir de 2008, c’est-à-dire qu'elle est la conséquence d'une situation précise, et non pas une dégradation lente qui pourrait s'expliquer par un essoufflement.

En resserrant un peu la période d'observation, on peut scinder la période 1999-2007 et 2008-20116, soit 72 trimestres en tout. Au cours des 36 premiers trimestres, la croissance moyenne annuelle a été de 2.26%, puis, au cours de la seconde période, cette croissance moyenne annuelle a été de 0.56%, soit un rapport de 1 à 4. Nous aurions perdu 75% de notre croissance en chemin, juste "comme ça" ? Cette question ne semble pas être abordée dans les débats politiques actuels, comme s'il s'agissait d'un phénomène naturel, une fatalité, et sans se rendre compte qu'il existe bien une cause précise à cette décennie perdue. La responsabilité en incombe à la politique monétaire qui a été poursuivie en Europe. Il suffit de constater simplement l'indicateur le plus pertinent, c'est à dire la progression du PIB nominal (qui est le PIB "brut", dont l'inflation n'a pas été retranchée). Le rôle d'une banque centrale est de parvenir à stabiliser cette croissance nominale dans le temps, ce qui correspond aux tirets noirs dans le graphique ci-dessous, et la ligne rouge correspond au résultat obtenu. La décennie perdue est donc, sans ambiguïté, la conséquence de la mauvaise gestion de la politique monétaire européenne 2008. 

France - PIB à prix courants (ligne rouge) comparé à sa tendance longue (1999-2007 - tirets noirs)

Et c'est cette "cause", qui est à l'origine des conséquences que nous connaissons ; chômage de masse, déficits publics importants, forte hausse de l'endettement de l'État, écroulement de l'investissement. Le malheur du pays, c'est que les dirigeants n'ont tenté de répondre à cette crise qu'en se prenant aux conséquences, endettement, déficit, investissements etc…mais n'ont jamais réellement affronté la cause, d’où l'incapacité de sortir du marasme. Les États Unis en sont sortis par la voie monétaire, tout comme le Royaume Uni, et tout comme nous sommes sortis d'une crise de même nature au cours des années 30. En 1931 pour le Royaume Uni, en 33 aux États Unis, en 36 pour la France. Et toujours par la voie monétaire.

 
Commentaires

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  • Par Deneziere - 01/02/2017 - 08:55 - Signaler un abus Ce n'est pas que monétaire...

    Il y a en France une résistance culturelle au concept même de croissance. Elle vient de partout. Vieillissement, écologie, désabus, scepticisme vis à vis de l'avenir, éloge de la paresse, certitude philosophique que le bonheur n'est pas fait de cela. Le monétaire, je veux bien, mais si de la monnaie hélicoptère descendait du ciel, on la mettrait à la banque, même avec un taux négatif....

  • Par ajm - 01/02/2017 - 10:21 - Signaler un abus Explication partielle

    La politique de Draghi depuis trois ans est pourtant très expansionniste avec une politique massive d'achat de dettes de la zone euro qui pousse vers le bas les taux, actuellement plus bas qu'au USA. En outre, l'expansion de la France en 2016 (1.1%) est avec l'Italie la plus basse en Europe. Il y a des raisons spécifiques qui plombent la France et qui tiennent à la politique socialiste : 35 heures, fiscalité délirante, hystérie réglementaire et normative, imposition la plus élevée dans le monde des revenus du capital qui fait fuir l'investissement , environnement mediatico-politique hostile à la liberté d'entreprise et au respect du droit de propriété...

  • Par lemillanh - 02/02/2017 - 07:17 - Signaler un abus EXCELLENT

    ET PENDANT CE TEMPS LA HARO SUR FILLON CHERCHER L ERREUR LUI QUI VEUT BOULEVERSER LA DONNE ET ASSAINIR ON VA LUI PRÉFÉRER UN PRÉSIDENT NORMAL ET INCOMPÉTENT POUR UN CRIME QU IL N A PAS COMMIS

  • Par tubixray - 02/02/2017 - 08:42 - Signaler un abus Back to USSR

    La croissance étant par nature un concept capitaliste, comment la France qui repose sur le modèle soviétique peut y adhérer ???

  • Par vangog - 11/02/2017 - 22:56 - Signaler un abus Les normes écolo-réactionnaires de Bruxelles

    sont les premières responsables. Elles provoquent un surcoût de 10 à 20% des véhicules, bâtiments, voiries, énergie etc...et pour compenser ce surcoût, une baisse de 10 à 20% de la production de richesse et de l'entreprenariat. Voilà ou sont passés tous les effets qu'on aurait dû attendre des rachats de dettes pourries par la BCE et, a un moindre degré, du CICE...un quasi équilibre entre ce qui a été perdu à cause de l'ecologie punitive gauchiste et les bénéfices que la France aurait pu retirer de cette exceptionnelle conjonction de planètes...si elle n'avait pas été dirigée par des nuls (Macron-piège-à-cons inclus)

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Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr.

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