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Coupe du monde 2018 : être fan de foot rend-il heureux ? Une étude sur 32 000 personnes a des réponses

Le ballon rond fait-il d'avantage tourner la tête qu'on ne le pense? Ce ne sont pas les fans de foot qui diront le contraire. Une étude récente tout à fait sérieuse du National Institute of Economic and Social Research démontre que la douleur de voir son équipe perdre est deux fois plus forte que celle de gagner. La peine est encore plus intense quand l'équipe adverse est réputée moins bonne que celle que l'on défend.

La balle au bond

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Coupe du monde 2018 : être fan de foot rend-il heureux ? Une étude sur 32 000 personnes a des réponses

Atlantico : Le soutien à une équipe fait partie de l'identité propre des fans. Perdre peut-il être ressenti comme un échec personnel?

Pascal Neveu : L'étude chiffre sur une échelle de 0 à 100 l'émotion de bonheur ressenti par les personnes sondées. Les effets du football sont comparables aux plus hauts de ces nombres.  Après une victoire, le pourcentage de bonheur dans l'heure qui suit est à 3,9 et baisse à 1,3 et 1,1 au cours de la deuxième et de la troisième heure.  En revanche, face à une défaite on chute de 7,8% dans la première heure à 3,1 et 3,2 % en deuxième et troisième heures.  Voir son équipe échouer lorsqu'on s'est rendu au stade est encore pire puisqu'on perd alors 14 points de bonheur.

Etre à la maison atténue la désillusion.

Afin de mieux comprendre ces chiffres, il est important de rappeler que nous sommes face à un phénomène de groupe, de masse, qui dépasse le « simple » match local.

C’est Gustave le Bon qui décrit le premier la psychologie des foules. Il précise, à travers un ouvrage qui reste fort discuté, que le comportement d’individus réunis n’est pas le même que celui d’un individu isolé, son discernement n’étant pas le même. Il écrit en 1895 « La personnalité consciente s'évanouit, les sentiments et les idées de toutes les unités sont orientés dans une même direction. Des milliers d’individus séparés peuvent à certains moments, sous l’influence de certaines émotions violentes, un grand événement national par exemple, acquérir les caractères d’une foule psychologique. Il suffira alors qu’un hasard quelconque les réunisse pour que leurs actes revêtent aussitôt les caractères spéciaux aux actes des foules. A certains moments, une demi-douzaine d’hommes peuvent constituer une foule psychologique, tandis que des centaines d’hommes réunis par hasard peuvent ne pas la constituer.»

Il pose la base de réflexions sur les mécanismes de foule, qui ont permis à des auteurs comme Hume et Freud de penser les problématiques d’empathie, de sympathie ou antipathie, mais aussi d’hypnose, de contagion.

Il est donc question du soutien d’un leader, d’un meneur capable de diriger, d’orienter des émotions et pensées.

Une effervescence, proche de l’hystérie collective, fait que nous sortons pleinement de notre raison émotionnelle.

Il s’agit d’autant plus de soutenir une identité nationale faisant écho à notre propre identité à la fois définie, mais toujours en recherche, car inconsciemment, notre être est en advenir, et donc en questionnement et besoin de se rattacher à des valeurs collectives. Les revécus de matchs de foot vécus et partagés avec des figures parentales ajoutent à cet échappement émotionnel qui nous dépasse.

J’en discutais avec un très bon ami, qui par ailleurs commente actuellement les matchs dans les médias… et il me disait « Avec mon père, c’était à la fois fusionnel, du registre de la transmission, mais quand je le voyais dans ses réactions avec ses amis… j’étais en union avec lui. »

 
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Pascal Neveu

Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre des Pupilles Orphelins des Sapeurs-Pompiers de France (ODP).

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