Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 02 Août 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

Coup de tonnerre monétaire : l'Allemagne reconnaît officiellement une nouvelle monnaie, le bitcoin

L'euro n'est plus la seule monnaie à pouvoir circuler en Allemagne, le bitcoin est désormais officiellement reconnu comme "monnaie privée", selon le Frankfurter Allgemeine, et peut être librement utilisé.

Ni sonnante ni trébuchante

Publié le - Mis à jour le 23 Août 2013
Coup de tonnerre monétaire : l'Allemagne reconnaît officiellement une nouvelle monnaie, le bitcoin

Rappelons rapidement que le bitcoin est une monnaie électronique née en 2009 et qui a pour caractéristique de circuler sur un réseau peer to peer, c'est à dire de ne pas dépendre d'un serveur unique. Autrement dit personne ne la possède ni ne peut mettre la main dessus, ni une société, ni un Etat. Sa valeur dépend de l'offre et de la demande, il n'existe pas de banque centrale qui fixe un taux d'intérêt ou fait tourner la planche à billets. On pourrait dire qu'il s'agit d'or numérique, une monnaie ayant une valeur intrinsèque et sur laquelle les autorités monétaires n'ont pas d'influence. Sa "valeur intrinsèque" étant ici le nombre croissant d'utilisateurs, la performance du réseau à traiter les transactions de façon sûre et rapide.

Créée par des geeks, elle commence à s'étendre largement au-delà de ce cercle. Il faut dire que l'anonymat et l'inviolabilité des comptes qu'elle offre représentent de sérieux avantages. Durant les événements de Chypre et la spoliation des comptes bancaires qui s'en est suivie, elle a connue un succès soudain ! Des coûts de transactions largement inférieurs aux virements et aux cartes bleues en font un concurrent sérieux du système bancaire dans le domaine des paiements.

Mais le succès du bitcoin inquiète beaucoup de monde : les banques qui y voient un concurrent sérieux, les banques centrales qui n'ont aucun contrôle sur cette monnaie, les Etats qui voient leur échapper un pan de leur souveraineté monétaire. "Qui veut noyer son chien l'accuse d'avoir la rage" et les articles orientés fleurissent dans la presse pour dénoncer une monnaie qui favorise l'évasion fiscale et les transactions illicites, comme s'il avait fallu attendre le bitcoin alors que les places offshores (dans lesquelles nos banques ont toutes des filiales) y pourvoient depuis longtemps et pour des montants gigantesques...

Les Etats adoptent globalement une attitude attentiste et suspicieuse. Il ne peuvent pas interdire purement et simplement le bitcoin, alors ils lancent des enquêtes et font un "forcing" réglementaire. Le département des services financiers de l’Etat de New York convoque les principaux acteurs et leur met la pression : "si les devises virtuelles restent un Far West virtuel pour les trafiquants et criminels, notre sécurité nationale est menacée tout comme cette industrie en tant qu’activité légitime" (Les Echos). L’avertissement est d’une grande mauvaise foi, mais il est lancé.

Dans ce cadre, la décision de l'Allemagne de libéraliser l'usage du bitcoin sans autre forme de procès sonne comme un coup de tonnerre. Bien sûr il y a quelques arrières pensées, notamment celle consistant à soumettre cette devise à la fiscalité en usage (les gains issus d’une vente en bitcoins seront ponctionnés de 25% sur les bénéfices, mais il y aura exonération au bout d´un an, c'est le régime de la taxation sur les plus-values immobilière, et les entreprises paieront la TVA sur une transaction en bitcoin, c’est normal).

Sur ce terrain, comme d'autres dans le domaine monétaire, l'Allemagne se distingue radicalement des Etats-Unis. Il faut dire que le bitcoin est une monnaie "saine" et ce pour une raison bien simple : la planche à billets, la création débridée de bitcoins, y est strictement impossible. La quantité de bitcoins en circulation augmentera jusqu'à un certain nombre (21 millions) et ce sera fini. Et cela est prévu par l’algorithme lui-même, c’est incontournable. On peut parler d'une "monnaie-matière première", comme l'or justement. De ce fait sa valeur sera garantie, et l'inflation impossible. Voilà qui ne peut que plaire aux autorités allemandes, et déplaire à peu près partout ailleurs !

Assiste-t-on au premier pas d'un retour à une certaine souveraineté monétaire de l'Allemagne ? Il est encore trop tôt pour le dire mais le pays favorise aussi activement les monnaies complémentaires locales, plusieurs dizaines de projets sont en cours. Et si le bitcoin peut circuler librement, pourquoi pas l'or un jour ? Un Mark-or par exemple... On le sait, la confiance de l'Allemagne en l'euro est, disons, mesurée. Le traumatisme de l'hyperinflation de 1923 s'avère encore présent et si ce cataclysme devait survenir à nouveau, les Allemands pourront au moins se reporter sur le bitcoin. C'est à l'aune de ce contexte qu'il faut bien prendre la mesure de cette décision d'importance.

Pour en savoir plus sur le bitcoin, retrouvez le livre de Philippe Herlin : La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires : une solution pour échapper au système bancaire et à l'euro ? Vous pouvez acheter ce livre sur Atlantico Editions.

 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par lin - 21/08/2013 - 11:12 - Signaler un abus Bitcoin 2

    La quantité émise du bitcoin est plafonnée, que se passe t il si nait un bitcoin 2 puis un bitcoin 3...

  • Par gn9 - 21/08/2013 - 14:03 - Signaler un abus Très bon article !

    Qui tranche tellement avec les poncifs malhonnêtes bricolés en 5 minutes qui pullulent frénétiquement sur les site "d'information" Cet article sonne tellement juste d'ailleurs qu'il a été expulsé de la première page d'Atlantico en moins de deux : c'est bon signe, quelque part ! Bravo M. Philippe Herlin !

  • Par vangog - 21/08/2013 - 14:04 - Signaler un abus Lin a raison. Plus les monnaies traditionnelles vont perdre

    leur crédibilité ( création monétaire, règles de change bafouées, bulle obligataire, incertitude sur les dépôts, taxation des transactions, créances douteuses...), plus la tentation sera grande de créer des monnaies de remplacement, qui résistent à l'inflation et à la création monétaire. et grande sera la tentation des gouvernements de s'approprier ses transactions internet, pour ne pas perdre les jolies taxes qui échappent au troc à l’échelle planétaire! Imaginez un échange d'une centrale atomique contre six années de production de blé, tout cela monnayé en bitcoin et réalisé sur deux lignes informatiques...

  • Par mbo22 - 21/08/2013 - 15:01 - Signaler un abus Rien de nouveau sous le soleil...

    M. Herlin ne nous apprend rien de nouveau, ce type de monnaie d'échange existe depuis longtemps et sous de multiples appellation. Quant à affirmer que "De ce fait sa valeur sera garantie, et l'inflation impossible", il s'avance un peu notre bonhomme. Chacun sait que si la masse monétaire peut générer de l'inflation, l'augmentation du prix de revient d'un produit influe aussi sur son prix et donc crée de l'inflation ou alors il faut rester uniquement dans le service qui ne comporte pas de prix de revient lié à l'achat de matière première...Encore un article pour rien!!!

  • Par laïcité - 21/08/2013 - 15:24 - Signaler un abus Après le cataclysme financier qui nous attend

    il y aura un nouveau départ sur des bases saines et le fonctionnement des planches à billets ou la fabrication de fausse monnaie sera alors interdite. Les Etats unis en tête, ne pourront plus se comporter comme de grands faux-monnauyeurs et donc en malhonnête vis à vis des autres pays qui ne manipulent pas leur monnaie. C'est d'une malhonnêteté évidente d'aller acheter des biens réels venant de pays honnêtes avec des dollars dont une bonne partie ont été fabriqués à partir de rien. Notre Obama avec ses grands airs de père la vertu, l'action de son grand faux monnayeur, le dénommé Ben Bernanke, n'a pas l'air de le déranger. Curieuse conception de l'honnêteté chez Obama !

  • Par cpamoi - 22/08/2013 - 07:58 - Signaler un abus Je prévois le pire.

    Croyez-vous réellement que les banquiers privés de la FED, qui engrangent des milliards chaque année, en prêtant au peuple US de l'argent que celui-ci pourrait - et devrait - fabriquer, vont accepter de perdre la source de leur revenu ? Leurs affidés politiques feront passer des mesures réglementaires au nom du "combat contre la délinquance et le blanchiment d'argent sale". La France - vous et moi - paie chaque année 50 milliards d'intérêts aux capitalistes internationaux. Que seriez-vous disposé à faire pour ne pas perdre 50 milliards de revenus quand vous avez autant de moralité qu'un coupe-jarret dans une cours des miracles ?

  • Par star974 - 22/08/2013 - 16:40 - Signaler un abus L'avenir est aux bitcoins !

    Vous voulez un t-shirt payable en bitcoins ? C'est possible : http://www.fauteursdetroubles.com/boutique

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Philippe Herlin

Philippe Herlin est chercheur en finance, chargé de cours au CNAM.

Il est l'auteur de L'or, un placement d'avenir (Eyrolles, 2012), de Repenser l'économie (Eyrolles, 2012) et de France, la faillite ? : Après la perte du AAA (Eyrolles 2012) et de La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires : une solution pour échapper au système bancaire et à l'euro ? chez Atlantico Editions.

Il tient le site www.philippeherlin.com

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€