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Coup dur pour l’antiterrorisme : ce que la France va perdre à ne pas réorganiser ses services de renseignement

La France ne fera pas sa révolution du renseignement comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne l'avaient fait après 2001. Le 14 janvier dernier, le président de la République l'a confirmé lors du Conseil national du renseignement, dont le contenu est resté secret. Des mesurettes, mais rien de révolutionnaire. Pourtant, une telle réforme est vitale.

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Coup dur pour l’antiterrorisme : ce que la France va perdre à ne pas réorganiser ses services de renseignement

Atlantico : Quelles sont les grandes décisions prises par François Hollande dans le cadre de l'amélioration du renseignement et pourquoi sont-elles trop limitées ?

Eric Dénécé : Pour l'instant, il n'y a eu que des effets d'annonce suite aux attentats de janvier 2015. Certes, le recrutement et la formation de nouveaux membres des services prendront du temps. Toutefois, trop peu a été fait pour corriger les effets pervers de la réforme du renseignement intérieur de 2008.

Hollande a renoncé à réorganiser le renseignement français alors qu'on ne compte plus les experts qui pensent que c'est une solution dont on ne peut pas se passer. En quoi cette réforme de fond est-elle vitale ?

Pourtant les moyens actuels ne sont-ils pas nettement insuffisants et la machine trop bureaucratisée ?

Comparé à ses alliés occidentaux, la France souffre toujours d'un problème de sous-effectif en matière de renseignement. Nos moyens humains et notre budget sont inférieurs à ceux des Britanniques, des Allemands, des Américains et des Israéliens. La Grande-Bretagne a plus de 20 000 personnes qui travaillent dans le renseignement, elles sont plus de 18 000 en Allemagne alors qu’on en compte seulement 14 000 chez les Français, soit autant qu'en Israël. Mais comparé à notre population et à notre responsabilité sur le plan international, ce chiffre place les services français à un rang secondaire. Les Allemands qui n’ont pas nos implications internationales, ont plus d'effectifs que nous et Israël, qui compte moins de 9 millions d'habitants, a les mêmes effectifs que nous.

Sur le fond, il n’y a pas d'urgence criante à améliorer le renseignement extérieur parce que la lutte anti-terroriste qui est globale, se mène en priorité sur le territoire national où ont lieu les attentats. La nature du terrorisme auquel nous sommes confrontés est domestique, notamment puisqu'il est en partie issu de nos banlieues. Notre renseignement extérieur fonctionne globalement bien, la DGSE sert à neutraliser les menaces en menant des actions préemptives tandis que le rôle de la DRM est de fournir du renseignement pour assurer le succès de nos interventions militaires. 

Quant au renseignement intérieur, les réformes de 2008 montrent leurs limites. Le système actuel souffre d’une trop grande centralisation entre les mains de la DGSI qui fonctionne avec une culture héritée de la DST, très cloisonnée et surtout adaptée pour lutter contre l’espionnage et contre un terrorisme étranger, de nature étatique (Iran et Syrie au cours des années 1980), mais pas contre un terrorisme des banlieues. Il faudrait s’inspirer de deux modèles : celui des services de sécurité allemandS (BFV) ou de la DRPP, la direction du renseignement de la préfecture de Paris dans les deux cas, c'est le terrain qui commande. Il faut sortir du centralisme de la DGSI et passer à une démarche bottom-up en redonnant de l’importance au service de renseignement territorial, à savoir les anciens RG.

Puis, il faut améliorer la formation dispensée dans tous les services car elle est aujourd'hui insuffisante. Il faut aussi accroitre globalement les effectifs des forces de sécurité (police, gendarmerie, douanes et administration pénitentiaire) pour lutter contre la menace terroriste, notamment ceux de la police judiciaire chargée des investigations et des enquêtes et de la sécurité militaire (DPSD). Ensuite, il faut rétablir les contrôles aux frontières pour gêner la mobilité des terroristes et en éliminer tous les pôles de diffusion de l’idéologie islamiste en France.

Enfin, il faut développer la cyber-sécurité pour protéger les systèmes d’information mais aussi le cyber-renseignement. Nous avons besoin de bons experts, capables de créer des avatars pour infiltrer les forums sur internet et les réseaux sociaux, et non pas uniquement pour surveiller des sites islamistes. A titre de comparaison, Les Britanniques viennent d’annoncer qu’ils vont recruter 2 000 personnes de plus rien que dans le cyber-sécurité et le cyber-renseignement alors que leur communauté du renseignement est déjà 50% plus nombreuse que la nôtre. 

Il faut bien sûr renforcer la coopération interne entre les services, c'est-à-dire entre la police, la gendarmerie, la sécurité militaire, les douanes, etc. Et il est nécessaire de veiller à diminuer le dédain de la DGSI à l’encontre des autres administrations. En dépit de sa qualité, ce service a trop tendance à se croire seul compétent et à mépriser toutes les informations qui émanent d’ailleurs. Résultat : on a eu l’affaire Merah.

 
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  • Par Texas - 05/02/2016 - 11:48 - Signaler un abus L' Union Soviétique..

    ...a implosé de trop d' investissements dans la Défense et la Sécurité . L' Etatisme Français , très préoccupé d' être présent dans tous les secteurs de la vie politique , est menacé d' imploser pour la raison inverse .

  • Par Pig - 05/02/2016 - 13:49 - Signaler un abus "Nous sommes en guerre"

    "Nous sommes en guerre" ? Vraiment ? Le président ne croit pas ce qu'il dit, ce ne sont que des mots. S'il croyait ce qu'il dit, il aurait déjà fait voter une loi de finances rectificative pour que les services bénéficient de tous les financements nécessaires. "Nous sommes en guerre" ? Vraiment ? Modifie-t-on la constitution lorsqu'on est en guerre pour y faire figurer une déchéance de nationalité qui existe déjà ? Non, si l'on croit vraiment qu'on est en guerre, on fusille ceux qui sont passés à l'ennemi.

  • Par vangog - 06/02/2016 - 00:44 - Signaler un abus Il faut réhabiliter les RG...

    détruits par la gauche, comme tout ce qui fonctionnait bien, augmenter les effectifs et disperser les moyens sur le territoire, plutôt que ces structures très bêtement centralisées qui ne permettent aux gauchistes que l'écoute et la répression de leurs opposants politiques! si les UMPSECOLOCOCOS n'avaient pas importé autant d'éléments potentiellement terroristes, l'augmentation des moyens ne serait pas nécessaire, mais il faudra bien faire face à ces nouveaux dangers créés artificiellement par la gauche. Autre impératif: en finir avec les zones de non-droit que gauche et droite archaïques ont laissé prospérer dans les banlieues. Et là, les Francais savent que seul le Front National aura le courage de rendre ces quartiers aux citoyens, après l'avoir extirpé des mains des caïds... il y a urgence pour la France!

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Eric Denécé

Eric Denécé, docteur ès Science Politique, habilité à diriger des recherches, est directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

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