Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 15 Octobre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Conseil de déontologie de la presse : pourquoi il s’agit d’une fausse bonne idée

Françoise Nyssen a donné son accord au lancement d'une mission de réflexion sur la création d'un « conseil de déontologie du journalisme », une proposition portée par Jean-Luc Mélenchon en décembre dernier. Un projet qui inquiète et fait resurgir le spectre d'un journalisme sous surveillance.

Encore une !

Publié le
Conseil de déontologie de la presse : pourquoi il s’agit d’une fausse bonne idée

Atlantico : Qui choisirait les membres de cet organisme ? Comment garantir une indépendance idéologique avec une définition aussi floue ?

 

Jean-Marie Charon : Au stade où nous en sommes l’annonce de la ministre reste très générale et reprend les principes qui se retrouvent dans nombre de pays, soit trois collèges : journalistes, éditeurs, société civile. La ministre annonce confier une mission à Emmanuel Hoog, ancien dirigeant de l’INA, puis de l’AFP, afin que celui-ci préfigure les moyens « d’aboutir à une solution opérationnelle ». Parmi les sujets les plus délicats va se poser la question du choix des membres. Si dans l’idéal il est possible d’imaginer que journalistes et éditeurs soient désignés par leurs pairs, au travers de leurs organisations professionnelles - ce qui est déjà le cas dans un certain nombre d’instances paritaires, à commencer par la Commission de la carte de presse - les choses se compliquent à propos de la « société civile » ou du « public » des médias.

La question des instances et des conditions de désignation seront d’autant plus sensible qu’il s’agit d’une démarche initiée par l’Etat et les politiques, comme l’illustre assez bien le tweet de « victoire » de Jean-Luc Mélenchon.

Une question encore plus décisive concernera les moyens par lesquels l’Etat entend convaincre les journalistes et les éditeurs de créer un tel Conseil de presse. Jusqu’ici toutes les initiatives ont échoué, y compris la démarche initiée dans le cadre des Assises du journalisme faisant suite aux Etats généraux de la presse écrite. La ministre qui dit ne pas pouvoir mener à bien ce projet sans la « participation » des journalistes et des éditeurs, ira-t-elle jusqu’à déposer une loi pour la création d’un tel Conseil. Si c’est le cas qui peut dire aujourd’hui quelles seront les prérogatives (avis, blâmes, suspension de la carte de presse,…) que le parlement conférera à cette instance dans l’ambiance de surenchère des politiques, y compris du Président de la République à l’égard des médias et des journalistes.

 

  1. Alors que la défiance envers les médias se généralise, créer un superviseur du journalisme ne risquerait-il pas d'ajouter du grain à moudre à ceux qui pointent du doigt des médias sous influence ?

  2.  

Il y a déjà nombre d’années que la question de la création d’un conseil de presse est évoquée comme remède à la crise de confiance de la société française à l’égard des médias. Déjà en 1999, la question m’était posée par Catherine Trautmann dans la mission qu’elle m’avait confié concernant les propositions d’action en faveur de la déontologie. Dans mon rapport remis alors [« Réflexions et propositions sur la déontologie de l’information… »] j’insistais sur le fait que les sujets pointés par le public (manque de fiabilité, excès de faits divers, respect des personnes, hiérarchie des sujets, refus de la critique, etc.) relevaient d’une crise de la responsabilité qui traversait toute la profession de journaliste de la base au sommet de celle-ci. Toute la question est de savoir si le moyen le meilleur pour réactiver cette responsabilité dans un domaine en permanence dominé par l’urgence et le caractère inattendus de sujets qui surgissent inopinément est de le surplomber d’une instance de jugement. Ce sont des milliers de situations et de gestes professionnels, mettant en cause des exécutants et des décideurs, qui sont en jeu. Quelle instance peut prétendre s’en acquitter en évitant un certain arbitraire dans le choix des faits examinés. Quels seront d’ailleurs les moyens dont disposerait un tel comité pour examiner des situations souvent complexes, mettant en jeu des chaînes de commandements.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Poussard Gérard - 11/10/2018 - 12:56 - Signaler un abus Cessons de subventionner les organes de presse

    car ils sont complaisants avec le pouvoir en place ..et pour cause.. L'humanité est maintenue artificiellement alors que les communistes ont disparu..Quant à Libé et Le monde ils sont tellement soumis qu'ils en donnent la nausée

  • Par assougoudrel - 11/10/2018 - 15:54 - Signaler un abus Nouvelle missions pour

    quelques copains et copines pour un poste de haut fonctionnaire avec voiture et chauffeur, repas, hébergement et habillement gratuits sur le dos du contribuable.

  • Par pasdesp - 11/10/2018 - 17:50 - Signaler un abus La censure en marche!

    .

  • Par Anouman - 11/10/2018 - 18:02 - Signaler un abus Conseil

    Encore un conseil "machin" qui viendrait s'ajouter aux autres. Et dont l'analyse de ce qui n'est pas déontologique sera conforme à la façon de voir les choses de ses membres. Or, si un journal enfreint la loi, on doit le condamner, mais dans le cas contraire il n'y a pas à lui dicter sa conduite.

  • Par tubixray - 11/10/2018 - 19:00 - Signaler un abus Liberté de penser

    La plus menacée en France entre la pensée unique distillée par les médias, les actions judiciaires engagées contre les mal pensants, les "droits de l'homme" qui sont appliqués au mépris du droit des citoyens honnêtes, les procès en islamophobie contre toute critique de l'islamisme (je n'ai pas écrit islam NDLR) ....

  • Par vangog - 11/10/2018 - 21:00 - Signaler un abus Qu’est-ce qu’elle a l’air con cette Nyssen!

    Elle fait semblant, ou c’est naturel?...

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Marie Charon

Jean-Marie Charon est sociologue, spécialiste des médias et chercheur au CNRS. Il a notamment co-dirigé avec Arnaud Mercier l'ouvrage collectif Armes de communication massives : Informations de guerre en Irak 1991-2003  chez CNRS Éditions

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€