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Conférence de Vienne sur la Syrie : l’échec annoncé d’un sommet à contretemps qui fait comme si Daech n’existait pas

Ce week-end se tient à Vienne le deuxième tour des pourparlers sur la Syrie. Cette conférence internationale réussit l'exploit de réunir autour de la même table des rivaux farouches comme l'Iran et l'Arabie saoudite. Pourtant il y a peu de chances qu'y soit résolu le conflit qui ravage l'Irak et la Syrie.

Palabres

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Conférence de Vienne sur la Syrie : l’échec annoncé d’un sommet à contretemps qui fait comme si Daech n’existait pas

Atlantico : Alors qu'un deuxième tour de pourparlers est organisé ce week-end à Vienne sur la Syrie, sur quelles bases vont repartir les discussions ? Le dernier sommet n'a-t-il pas été une légère avancée en ce qu'il a réussi à réunir l'Iran et l'Arabie saoudite autour de la même table ?

Hadrien Desuin : Vienne est la poursuite des négociations engagées sous l'égide de l'ONU à Genève.

La Russie de son côté a toujours cherché une solution politique en recevant les uns et les autres à Moscou. Elle semble une nouvelle fois à l'initiative en Autriche. La dernière réunion n'a toutefois rien donné. Il s'agissait d'un tour de chauffe en quelque sorte, où chacun a pu prendre ses marques après l'offensive militaire russe et l'entrée de l'Iran sur scène.

Bien sûr la prise en compte de l'Iran dans les négociations diplomatiques est une bonne chose pour l'équilibre de la région car elle est partie prenante au conflit. Cela dit mettre face à face saoudiens et iraniens ne doit pas être de tout repos.

Quels sont les grands enjeux de ce tour de négociation ?

La Russie cherche à mettre en place cette fameuse transition politique mais elle voudrait une opposition syrienne plus représentative des forces en présence que les actuels représentants du Conseil National Syrien. La Russie voudrait aussi établir une distinction plus nette entre groupes terroristes et "rebelles modérés" pour forcer les occidentaux à lever le voile sur leurs troublants alliés. Face à eux, saoudiens, turcs et européens exigent en retour des garanties d'un départ fixé dans le temps de Bachar Al Assad. Bref en quatre ans de guerre civile les positions n'ont pas beaucoup évolué. Cette rigidité diplomatique est inquiétante; personne ne semble en mesure de faire des compromis comme cela avait été le cas sur le dossier nucléaire iranien.

Une des raisons qui peut expliquer cette impasse c'est que l'issue de la guerre semble encore indécise. Chaque camp pense que la victoire est encore possible comme sur le front européen de 1918 et donc personne ne veut faire de concessions. Par ailleurs, il y a un aspect tragi-comique à négocier une transition électorale alors que le pays est en ruine, ravagé par des katibas djihadistes. Concrètement, il sera difficile d'organiser un scrutin tant que le territoire ne sera pas réunifié sous une seule autorité. Autre aspect burlesque de la négociation, c'est de voir des régimes aussi démocratiques que la Russie, la Turquie, l'Arabie saoudite, l'Iran ou l'Egypte donner des listes d'opposants avec qui négocier. Chose qu'ils ne sont pas capables de faire chez eux.

Bref, les négociations de Vienne portent donc sur une transition démocratique à Damas comme si on vivait quatre ans en arrière dans l'euphorie des printemps arabes. Pourtant l'enjeu principal de 2015 c'est bien la victoire contre Daech qui est le grand absent et le grand oublié de cette conférence avec Al Qaeda. Certains pensent qu'une issue de la guerre ce n'est pas possible avec Assad, pourtant la plupart des experts de la vie politique syrienne pensent à raison que si le clan Assad s'effondre, l'Etat syrien s'effondrerait avec lui. Comme ce fut le cas en Irak et puis en Libye. Voulons-nous vraiment réitérer les erreurs commises en 2003 et 2011?

 
Commentaires

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  • Par zouk - 14/11/2015 - 10:05 - Signaler un abus Conférence de Vienne

    Point de vue bien informé, assez désespérant. Solution ??? Quand ??? Comment ??? Qu'attendre de l'Iran , de l'Arabie Saoudite, de B. Obama ou ....?

  • Par zouk - 14/11/2015 - 10:13 - Signaler un abus Conférence de Vienne

    Relisant cette excellente contribution, il est clair pour moi, au risque de me répéter encore et encore que Bachar El Assad est indispensable à une solution, il en fait partie. Cessons enfin de tout faire pour le chasser, au prix d'un effondrement total de la Syrie, càd une Lybie ou Somalie de plus. Est-ce vraiment un objectif souhaitable?

  • Par Gré - 14/11/2015 - 20:22 - Signaler un abus Une analyse convaincante

    "La partie d'échec jouée par les russes à Vienne ne trompe pas grand monde. La transition politique qu'il propose est une façon de remporter la mise sans humilier ses adversaires" -------------- Pourquoi devrait-elle nous tromper ? Je trouve que, sur ce point, la ligne politique défendue par la Russie est pragmatique. Elle est, de toute façon, la seule qui ménage toutes les parties. Alors ?

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Hadrien Desuin

Ancien élève de l'École spéciale militaire de St-Cyr puis de l'École des officiers de la Gendarmerie nationale, Hadrien Desuin est titulaire d'un master II en relations internationales et stratégie sur la question des Chrétiens d'Orient, de leurs diasporas et la géopolitique de l'Égypte, réalisé au Centre d'Études et de Documentation Économique Juridique et social (CNRS/MAE) au Caire en 2005. Il a dirigé le site Les Conversations françaises de 2010 à 2012. Aujourd'hui il collabore à Causeur et Conflits où il suit l'actualité de la diplomatie française dans le monde.

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