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Compétitivité : François Hollande croit-il sérieusement aux vertus de la tergiversation ?

Jean-Marc Ayrault a annoncé cette semaine ce qu'il compte mettre en place pour améliorer la compétitivité française. Complexes, contreproductives, tardives et insuffisantes, les mesures du gouvernement ont toutes les chances d'échouer.

Flip-Flop

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La montagne aurait-elle accouché d’une souris ? Voilà la question qu’on est en droit de poser à la lecture, et du rapport Gallois sur le problème de la compétitivité de l’industrie française, et des mesures prises par le gouvernement suite à ce rapport.

Vingt-deux recommandations y sont égrenées, dont on ne retiendra qu’une : baisser de 30 milliards d’euros les charges qui pèsent sur les entreprises et qui réduisent à néant les marges d’investissement et de promotion de celles-ci.

Le rapport souligne que pour être efficace, la baisse des charges devrait se mettre en place rapidement, « sur un ou deux ans, pas plus », et être accompagnée, entre autres, d’une réduction des dépenses publiques.

Le reste des recommandations n’a rien de très méchant, ni, d’ailleurs, de très nouveau non plus[1]. Il s’agit d’un catalogue de mesures visant à soutenir la recherche et le développement, à faciliter la formation au sein de l’entreprise, à introduire la représentation du personnel dans les conseils d’administration. Déjà le rapport préparé en 2010 par Jacques Attali à l’intention de l’ancien président Sarkozy avançait ce type de mesures[2]. Tout se jouera donc autour de la proposition phare, celle de la baisse des charges.

Le président Hollande, comment a-t-il géré cette proposition ? Eh bien, il aura suivi la voie qui lui avait tant réussi quand il était premier secrétaire du Parti socialiste. Autrement dit, il aura fait de la « synthèse ».

Son Premier ministre, toujours soucieux de ne pas désespérer la gauche, s’abstiendra d’entériner la baisse demandée par le rapport Gallois, préférant en lieu et place octroyer un crédit d’impôts aux entreprises pour un montant de 20 milliards (pas 30) à réclamer dès 2014, c’est-à-dire pas tout de suite – des crédits qui, d’ailleurs, seront indexés sur la masse salariale de chaque entreprise.

Le gouvernement crée de cette façon une procédure encombrante. Les entreprises devront faire des démarches bureaucratiques, surtout attendre 2014 et au-delà, pour recouvrer le crédit promis. Mise en place donc d’une nouvelle usine à gaz.

Pis encore, indexer le crédit d’impôts sur le niveau de la masse salariale risque d’avoir un effet contreproductif. Il y a des entreprises travaillant à perte ou avec des marges exiguës qui, pour survivre dans l’économie mondialisée, ont besoin de se restructurer et procéder à des coupes de personnel. Pour elles, le dispositif Ayrault leur imposera une double peine, car à leurs problèmes de rentabilité s’ajoutera la réduction, voire la suppression, du crédit d’impôts du fait d’avoir dû réduire leur masse salariale.

Comme incitation à investir, avouons-le, la mesure sera moins efficace que la baisse de charges, sans contrepartie ni préalable, proposée dans le rapport Gallois. Mais pour des gens dont l’expérience se limite à composer avec les éléphants d’un parti, ou à travailler dans des cabinets ministériels, et qui ne connaissent pas le risque de faire faillite, pour ces gens-là, donc, la différence n’existe pas entre une baisse automatique de charges (rapport Gallois) et un crédit d’impôts conditionnel (plan Ayrault).

 
Commentaires

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  • Par carredas - 09/11/2012 - 09:38 - Signaler un abus Enfin un diagnostic...

    " Aussi, de par leur caractère complexe, contreproductif, tardif et insuffisant à la fois, les mesures du gouvernement Ayrault ont toutes les chances d’échouer. " C'est très exactement l'impression que j'ai mais faute de compétence en la matière, je préfère qu'un économiste le dise...

  • Par Ravidelacreche - 09/11/2012 - 10:51 - Signaler un abus remède arrivera trop tard et ne guérira pas le patient

    Alors qu'on aurait du mourir en bonne santé ! Le monde est mal foutu.

  • Par L'Impertinent - 09/11/2012 - 11:04 - Signaler un abus @Ravidelacreche

    Oui. A la nuance près que, hélas, les entreprises françaises ne sont pas en bonne santé. La preuve: a. la part de la France dans les exportations mondiales s'est réduite de moitié en 20 ans (de 6,3% en 1990 à 3% en 2011); b. même au sein de l'Europe, les exportations françaises ne cessent de reculer; c.tout naturellement, le déficit commercial de la France ne cesse de se creuser.

  • Par Epsilon - 09/11/2012 - 12:51 - Signaler un abus Baissons les loyers

    On pourra baisser les salaires...

  • Par roudoudou - 09/11/2012 - 14:36 - Signaler un abus Les hollandais n'y comprennent RIEN

    Le problème des hollandais est non seulement un dogmatisme à tout crin et des promesses électorales irréalistes mais une incompétence crasse en matière économique. Ils n'y comprennent tout simplement rien. Et Flamby, pour ne pas partager trop son pouvoir a mis dans les pattes de Moscovici, son ministre des finances, un bolchévique (Hamon), une allumée (Pellerin) et une baudruche bouffie d'orgueil (Montebourg). Ils en sont maintenant à emprisonner les entreprises françaises, en violation de tous les traités européns !!! A quand le contrôle des changes et l'étatisation des bas de laine ?

  • Par Benvoyons - 09/11/2012 - 15:34 - Signaler un abus roudoudou 09/11/2012 - 15:36 L'étatisation de ton bas de laine?

    Mais c'est fait puisqu'ils vont prendre dans ton livret d’épargne pour financer la BPI. La BPI achètera des actions dont les dividendes sont taxés par le même État. Moins les 10 milliards d'impôts supplémentaires. Pour le moment le retour sur investissement sera sécurisé par l’État mais comme l’état , c'est toi bonjour les lendemains qui chantent.

  • Par ccompagnon - 09/11/2012 - 16:05 - Signaler un abus Otez-moi d'un doute

    On trouve bien faire "une demande de crédit" dans les administration et services de l'Etat ! Ce qui signifie que si une entreprise doit faire une demande de crédit, c'est un peu comme si elle était partiellement nationalisée. Trop fort !

  • Par Benvoyons - 09/11/2012 - 16:30 - Signaler un abus ccompagnon - 09/11/2012 - 17:05 En effet Caton 1°il joue avec

    sa console de jeu. Le crédit d'impôt de fait est une virtuelle nationalisation sans l'achat du capital. Le crédit d’impôt sera obtenu suivant la stratégie de l'entreprise donc l'état veut orienter la stratégie de l'entreprise pour des convenances électorales mais pas pour le bien de la France comme indiquer dans l'article ci-dessus. Le rapport Gallois qui est une synthèse demande une action immédiate et forte. Caton fait d'une grande synthèse économique une bouillie de synthèse de basse politique.

  • Par Vinas Veritas - 09/11/2012 - 18:52 - Signaler un abus bonne cuisine

    comment faire un bon repas hollandais ! prendre un peu de soupe de légume rehausée aux épices, ajouter un steak grillé au poivre, adjoindre des frites salées puis lier avec de la glace bien sucrée. et si cela est digeste crier au miracle

  • Par Babeux - 09/11/2012 - 19:59 - Signaler un abus Effet Positif

    Enfin tout ça a néanmoins un effet très positif... Le gros Depardieu va aller faire obelix chez les Belges; Bon debaras. Si les autres stroumphs de cet trempe pouvaient en faire autant...

  • Par Messaline - 09/11/2012 - 21:44 - Signaler un abus @Babeux

    Vous avez raison. Qu'ils partent tous, les Depardieu, analystes financiers, ingénieurs et médecins. Qu'ils aillent en Belgique, en Suisse, à Londres ou en Australie. Comme ça, on restera entre nous, chez nous, fonctionnaires et assistés. Des patriotes, quoi.

  • Par fms - 10/11/2012 - 03:49 - Signaler un abus le crédit d'impôts est une procédure complexe...?

    10 millions de ménages francais y ont recours chaque année lorsqu'ils payent une nounou pour leurs enfants ou réalisent certains travaux d'amélioration dans leur maison... Comme quoi, 10 millions de contribuables qui utilisent un crédit d'impôts sont moins crétins qu'un économiste déclinologue assis sur sa chaise croyant expliquer le pourquoi du comment ca ne marchera pas !

  • Par gabbrielle - 10/11/2012 - 07:17 - Signaler un abus "La marche lente de la chenille"

    Un billet d'humeur sur le Point http://www.lepoint.fr/invites-du-point/hollande-la-marche-lente-de-la-chenille-09-11-2012-1526941_420.php sans doute une chenille processionnaire, celle qui est urticante, car il semble que Lou François donne des boutons à certains!

  • Par gabbrielle - 10/11/2012 - 16:53 - Signaler un abus Lou François vu par les psys

    http://www.lefigaro.fr/politique/2012/11/09/01002-20121109ARTFIG00518-le-diagnostic-des-psys-sur-francois-hollande.php et aussi "Encore un effort , M. Hollande!" http://www.lefigaro.fr/politique/2012/11/09/01002-20121109ARTFIG00352-encore-un-effort-m-le-president.php

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Fabio Rafael Fiallo

Fabio Rafael Fiallo est économiste et écrivain, ancien fonctionnaire à la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement). Il est diplômé d’économie politique de l’université Johns Hopkins (Baltimore).  Son dernier ouvrage, Ternes Eclats - Dans les coulisses de la Genève internationale (L'Harmattan) présente une critique de la diplomatie multilatérale.

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