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Comment le revirement de position de la BCE sur son soutien à l’économie pourrait sérieusement déstabiliser l’agenda européen du nouveau couple Merkel-Macron

Le gouverneur français de la BCE, Benoît Coeuré, a indiqué que l’institution monétaire ne devrait pas tarder à retirer son soutien à l'économie de la zone euro, notamment lorsque la situation de l'inflation sera normalisée. Un revirement qui apporte son lot de conséquences sur l'agenda européen du couple franco-allemand.

Quantitative easing

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Comment le revirement de position de la BCE sur son soutien à l’économie pourrait sérieusement déstabiliser l’agenda européen du nouveau couple Merkel-Macron

Atlantico : A terme, quelles seront les conséquences d'une telle action sur l'économie européenne ?

Frederik Ducrozet : Dans l’immédiat, la BCE va s’engager dans un exercice délicat de rééquilibrage de sa communication. Ce n’est que la première étape d’un processus de normalisation de la politique monétaire qui s’annonce long et périlleux. Le nouveau cycle de politique monétaire qui s’ouvre après une décennie de crise représente un point d’inflexion crucial pour les marchés, mais les effets sur la croissance européenne ne se feront pas nécessairement sentir à court terme, ne serait-ce que parce qu’on observe en général un délai de transmission de la politique monétaire à l’économie réelle de plusieurs trimestres.

A terme, un changement radical d’orientation de la politique monétaire, s’il se confirme, peut toutefois produire des effets réels très importants, même si la BCE reste prudente dans ses ajustements – en clair, même si elle réduit son programme de rachats d’actifs (QE) très progressivement en 2018 et si elle retarde au maximum la hausse de ses taux directeurs. Le principal canal de transmission est financier : si les marchés réagissent de façon excessive initialement, comme on a pu l’observer aux Etats-Unis en 2013 ou au cours d’autres phases de retournement de cycles, des tensions peuvent apparaître. Le risque principal est celui d’un retournement radical des anticipations de taux et de change, qui entraînerait un durcissement des conditions monétaires de nature à fragiliser la croissance, le crédit, l’emploi. La BCE a conscience de ces risques, mais sa crédibilité dépend également de sa capacité à ajuster sa communication et son réglage monétaire à la réalité des conditions économiques. C’est en substance ce qu’ont redit le chef économiste de la BCE, Peter Praet, et Benoît Coeurécette semaine, même si ce dernier a effectivement tenu des propos plus « hawksih » en évoquant la possibilité de changements dans le choix des instruments monétaires et leur séquence, y compris une possible hausse des taux avant la fin du QE.

Alors que Emmanuel Macron vient d'être élu Président, que change cette annonce à son programme économique et à ses ambitions européennes ? La BCE aura-t-elle un impact sur sa réussite, ou sur son échec ?

Avant même que le nouveau président français ne prenne ses premières décisions, la BCE lui aura grandement facilité la tâche. Pendant toute la période d’après-crise, la politique monétaire ultra-accommodante de la BCE a largement bénéficié à la France, qui n’était pourtant pas le pays membre qui en avait le plus besoin, ni celui qui en a le plus profité. Quoi qu’il en soit, avec du retard, la France bénéfice à plein des taux bas, notamment pour le secteur immobilier et l’investissement des entreprises.

Dans les mois à venir, la situation pourrait changer, mais probablement pas au point de contrarier les projets du gouvernement. Une normalisation de la politique monétaire pourrait certes entraîner une hausse des taux français, mais à 0,80% sur une OAT à 10 ans, le seuil de douleur est encore très éloigné. Il est probable que la croissance française soit davantage influencée par les développements extérieurs, aux Etats-Unis ou en Asie notamment, surtout si une forme de rééquilibrage se produit en faveur des exportations.

 
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Frederik Ducrozet

Frederik Ducrozet est économiste senior chez Pictet Wealth Management, en charge de l'Europe, depuis septembre 2015. Auparavant, il était économiste chez Credit Agricole CIB entre 2005 et 2015. Spécialiste de l'économie européenne, et de la politique monétaire de la BCE en particulier, ses travaux portent notamment sur le cycle du crédit, les politiques monétaires non-conventionnelles et leurs conséquences pour les marchés financiers.

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