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Comment les printemps arabes ont signé l’échec de l’islam politique et enterré bien des espoirs, mais pas tous

Extrait de "Danser sur un volcan" de Nicolas Baverez, aux éditions Albin Michel 2/2

Bonnes feuilles

Publié le
Comment les printemps arabes ont signé l’échec de l’islam politique et enterré bien des espoirs, mais pas tous

Les révolutions qui affectèrent le monde arabomusulman à partir de 2011 partagent avec celle de 1989 de n’avoir été ni prévues ni anticipées. La chute de Ben Ali en Tunisie puis celle d’Hosni Moubarak en Égypte éclatèrent comme autant de coups de tonnerre dans un ciel que l’on pensait à tort serein. L’insurrection iranienne de 2009 avait pourtant montré, entre autocratie et islam radical, le réveil des sociétés musulmanes. 

Le Printemps arabe a éclos en Tunisie. Sous la direction de Ben Ali, le pays avait connu un développement économique régulier, fondé sur les services et le tourisme ainsi que sur l’émergence d’une classe d’entrepreneurs dynamiques. Au prix cependant d’un chômage massif des jeunes, notamment des diplômés, d’inégalités de plus en plus criantes, d’une corruption endémique qui faisait la part belle aux proches du Président, enfin d’une répression féroce des partis d’opposition et des islamistes. Le soulèvement, né de l’immolation par le feu d’un vendeur ambulant victime du racket policier, emporta en quelques semaines le régime qui tenait le pays d’une main de fer depuis 1987.

L’onde de choc gagna l’Égypte : véritable laboratoire des mutations du monde arabe, elle fut le berceau des Frères musulmans en 1928, du coup d’État de Nasser qui, en 1952, inventa le nationalisme arabe, du renversement des alliances au bénéfi ce des États-Unis puis de la paix en Israël réalisés par Anouar el-Sadate avant son assassinat. Les manifestants de la place Tahrir provoquèrent le départ d’Hosni Moubarak, le 11 février 2011, abandonné par l’armée et par l’Occident en raison de sa tentation dynastique et d’une corruption tentaculaire. La révolution, comme en Tunisie, fut confisquée par les fondamentalistes islamiques, seule force d’opposition organisée, à l’occasion des élections législatives (42 % des voix aux Frères musulmans), puis présidentielles (52 % des voix à Mohamed Morsi en juin 2012) ; ils furent à leur tour dévorés par la dynamique révolutionnaire. En 2011 pourtant, la chute successive de deux des autocraties les plus puissantes libéra de la peur les sociétés qui entrèrent en mouvement dans l’ensemble du monde arabo-musulman, du Maroc à la Turquie en passant par la Libye, la Syrie et le Yémen, l’Arabie Saoudite et Bahreïn. Seul le Qatar fit exception.

Le réveil des peuples arabes connut un destin très divers, sans parvenir à promouvoir une nouvelle donne plus favorable au développement économique, à la justice et à la dignité des hommes. La contestation fut désarmée par des signaux d’ouverture au Maroc, par le souvenir de la terrible guerre civile des années quatre-vingt-dix en Algérie, par une redistribution massive des réserves pétrolières dans les monarchies du Golfe. Elle fut violemment réprimée à Bahreïn. Elle déboucha sur la guerre civile en Syrie, où le régime de Bachar al-Assad survit au prix de 250 000 morts et de 11 millions de réfugiés, en Libye, où le renversement du colonel Kadhafi , dû à l’intervention des forces occidentales conduites par la France, a débouché sur le chaos, et au Yémen, où les milices houthis, soutenues par l’Iran, affrontent le camp présidentiel appuyé par l’Arabie Saoudite.

 
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  • Par de20 - 13/03/2016 - 19:23 - Signaler un abus Islam et Arabes ne font qu un

    Islam et Arabes ne font qu un pour abjurer le tout au profit du peu. Depuis le sacage la bibliothėque d Alexandrie à nos jours rien n est sorti de ce peuple primaire. Tant pis pour polifico correct dont dailleurs tout le monde se fiche hormis ses chantres aux émotions tarifées.

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Nicolas Baverez

Nicolas Baverez est docteur en histoire et agrégé de sciences sociales. Un temps éditorialiste pour les Echos et le Monde, il analyse aujourd'hui la politique économique et internationale pour Le Point.
 
Il est l'auteur de "Lettres béninoises" aux éditions Albin Michel, essai où il projette en 2040 une France devenue "le symbole des puissances décadentes" où l'extrême pauvreté et l'insécurité sont devenues la norme. A la manière des "Lettres persanes" le pays est décrit par le regard désenchanté d'Allassane Bono, directeur général du FMI venu du Bénin pour réaliser un audit d'une situation économique devenue catastrophique. Il vient de publier "Danser sur un volcan" (Albin Michel).

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