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Comment le Portugal a réussi à sortir du gouffre économique dans lequel il était tombé

Durement touché par la crise, le Portugal a réussi à relever la tête, notamment en opérant un virage (graduel) anti-austérité au bon moment.

Bon élève ?

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Comment le Portugal a réussi à sortir du gouffre économique dans lequel il était tombé

Il y a quatre ans seulement, le Portugal était sous le coup des créanciers internationaux. Ses banques se balançaient, le chômage était proche de 18% et des dizaines de milliers de Portugais quittaient le pays. Le mois dernier, S&P Global Ratings a rehaussé la note de crédit du Portugal passant de BB+/B à BBB-/A-3. Comment le Portugal a-t-il réussi à redevenir "fréquentable" d'un point de vue économique ?

Rémi Bourgeot : Le Portugal a effectivement été durement touché par la crise dans le sillage de son voisin espagnol et de l’explosion de sa bulle immobilière. Le pays, après avoir du faire appel à un programme d’aide financière européenne a mis en place les lourdes mesures d’austérité qui lui ont été imposées sans broncher. Le Portugal a ainsi été mis en avant par les créditeurs, en particulier par les responsables allemands comme le bon élève des réformes structurelles dictées dans le cadre des « bailout ». L’Irlande, qui a connu une déflagration financière d’un autre ordre, a aussi été présentée comme un bon élève des réformes et de la reprise.

Dans la réalité, l’Irlande a, très judicieusement fini par restructurer sa dette héritée des sauvetages bancaires et étalant les paiements dus par le gouvernement à la banque centrale irlandaise.

L’austérité, dans sa forme aiguë, a durement essentiellement de 2010 à 2012, environ trois ans. Cela a été suffisant pour faire des dégâts considérables et détruire les chances d’insertion professionnelle stable de toute une génération. Néanmoins cela fait déjà cinq ans que cette stratégie a été décrédibilisée, après notamment que le FMI a changé de position en la matière. Par ailleurs, alors même que l’on renonçait aux mesures d’austérité les plus dures (en dehors du cas grec bien sûr) pour les pays présentés comme s’étant réformés, la BCE a mis en place un soutien monétaire massif, qui a créé des déséquilibres certes, mais a entraîné un effondrement des taux d’emprunt des Etats périphériques, leur permettant de refinancer leur dette en sortant progressivement de la spirale infernale de l’austérité et de l’explosion des dettes publiques.

D’une façon quelque peu comparable à l’Espagne, le Portugal a fondé son rebond économique sur une réorientation vers les exportations. Notons que cette stratégie est liée à la compression salariale, associée naturellement à la recherche de nouvelles cibles d’exportation comme le Brésil de façon assez naturelle pour le Portugal lorsque ce pays connaissait une forte croissance. La reprise économique au Portugal a donc reposé sur la transition vers un modèle d’exportation reposant sur l’abaissement des coûts plus que sur des gains de productivité substantiels. Au contraire le Portugal comme tous les pays du Sud de la zone euro et la France sont engagés dans la voie d’une véritable relégation technologique et n’ont manifestement pas pris la voie d’une croissance très stable.

 
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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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