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François Heisbourg : "On ne peut pas parler de ‘guerre’ contre le terrorisme, on ne va pas bombarder Molenbeek ni Saint Denis"

Suite à la sortie de son livre "Comment perdre la guerre contre le terrorisme", François Heisbourg revient sur les défaillances de la France dans l'exploitation du renseignement et la gestion de la crise au moment des attentats du 13 novembre. L'occasion également d'évoquer les problèmes soulevés par la thématique guerrière exploitée par le gouvernement.

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Publié le - Mis à jour le 29 Avril 2016
François Heisbourg : "On ne peut pas parler de ‘guerre’ contre le terrorisme, on ne va pas bombarder Molenbeek ni Saint Denis"

Atlantico : Dans votre dernier livre "Comment perdre la guerre contre le terrorisme", vous dressez un bilan accablant de l'action des services de renseignement et de la gestion de crise des autorités françaises avant, pendant, et après les attentats de 2015. Quelles ont été les principales erreurs commises selon vous ?

François Heisbourg : Je ne dresse pas un bilan accablant de l'action des services de renseignement. Je note au contraire qu'à peu près tous les auteurs d'actes terroristes en 2012 ou en 2015 avaient été dûment fichés.

Le radar avait à peu près bien fonctionné. En revanche, ce qui a été fait par la suite du renseignement, c'est à dire la façon dont il a été entretenu et exploité, pose problème. 

La gestion de la crise n'a pas été ce qu'elle aurait pu être notamment au Bataclan. Quant à la communication de crise, elle a été extraordinairement défaillante au moment des attentats et après. 

Comment la France devrait-elle ajuster, voire réformer, son dispositif d'anticipation et de gestion des attentats terroristes ? De quels pays pourrait-elle s'inspirer ?

Il ne s'agit pas vraiment de s'inspirer d'un pays X ou Y mais de faire le travail le mieux possible. On peut regarder les bonnes et les mauvaises pratiques des pays voisins mais chaque état est différent : l'Allemagne a un système fédéral, le Royaume-Uni est composé de plusieurs pays, les Etats-Unis de 50 états. Il est difficile d'extrapoler d'un pays à l'autre des modèles d'organisation. 

Revenons à ce qu'il conviendrait de faire. Tout d'abord, il faut remonter le dispositif de renseignement dit "de proximité" que Nicolas Sarkozy a supprimé. D'autre part, il faut intégrer la gendarmerie, qui est une machine à collecter du renseignement très impressionnante, dans le premier cercle de la communauté du renseignement. Il faut également  accroitre très fortement les moyens du renseignement intérieur (humains et financiers). Le cas échéant, il faut revoir les moyens de droit en fonction des évolutions de la technique. A cet égard, la récente loi sur le renseignement est bien faite et ce dernier aspect est probablement le moins urgent. 

Pour ce qui est de la gestion, il faut d'abord essayer de comprendre ce qui s'est passé : ce qui n'a pas fonctionné comme ce qui a fonctionné le 13 novembre. C'est la raison pour laquelle j'ai demandé très tôt, dès le mois de décembre, la formation d'une commission nationale d'enquête, commission dont le gouvernement n'a pas voulu. Si on n'a pas une idée très claire de ce qui s'est passé au Bataclan, il sera difficile de mettre en place les réformes nécessaires. Cela vaut à tous les étages : à l'étage "exploitation du renseignement" comme à celui de la communication. Je mets l'accent sur la communication car le terrorisme est différent d'autres formes de la criminalité dans la mesure où il cherche la communication par la violence. Le succès ou l'échec des groupes terroristes se joue en grande partie à travers la bataille de la communication. Le soir du 13 novembre, il n'y avait aucune plateforme (télévisuelle, réseaux sociaux, Internet) pour donner aux populations (et notamment aux Parisiens) des consignes de comportement. Les populations ne pouvaient se référer à aucun centre de crise alors que c'est une chose très basique et qui se fait chez nos voisins y compris chez nos voisins belges que l'on se plaît pourtant à critiquer. 

Enfin, il faut se focaliser sur des mesures de lutte contre le terrorisme et non pas sur des mesures de gesticulation politique. Des mesures comme celle de la déchéance de nationalité répondent à d'autres préoccupations que la lutte contre le terrorisme. 

 
Commentaires

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  • Par abracadarixelle - 27/04/2016 - 10:42 - Signaler un abus Et pourquoi....

    ..ne pourrait-on pas bombarder Saint-Denis ? Suffirait d'épargner la basilique ??? Je plaisante mais à peine

  • Par AvecNS - 27/04/2016 - 11:07 - Signaler un abus Il y a des affirmations quelquefois

    qu'il vaudrait mieux ne pas tenir devant une population qui en a ras le bol des salafistes et autres joyeusetés.... Moi aussi, je demande que l'on épargne la dernière demeure des rois de France.

  • Par Ex abrupto - 27/04/2016 - 11:20 - Signaler un abus Front intérieur

    Autant dans les pays en guerre (syrie,irak,...) on peut "taper", autant à St Denis (et autres...), c'est plus problématique. mais on peut quand même y agir avec force, par exemple via des camps éducatifs de mise à niveau en français, histoire, laïcité, morale civique etc (participation obligatoire avec obligation de résultats)

  • Par Ganesha - 27/04/2016 - 12:22 - Signaler un abus Humour… volontaire ou involontaire ?

    Voilà un article réaliste et intelligent… et trois premiers commentaires qui sont tellement débiles qu'ils sont probablement une forme d'humour… volontaire ou involontaire ? Ex abrupto, dans une ville qui bat des records de pauvreté et de chômage des jeunes, si on leur proposait plutôt un emploi ?

  • Par Camtom - 27/04/2016 - 12:48 - Signaler un abus Ganesha

    Vous passez votre temps à dénigrer les commentaires. Pas un de vos posts sans insulte...ne les lisez plus vous vous porterez mieux! quant à la débilité des commentaires, relisez le vôtre, il est profondément débile puisqu'il n'y a assurément aucun humour... Du travail à St Denis?...lol!!! ce n'est pas du travail qu'ils veulent, seulement l'argent qui va avec!

  • Par AvecNS - 27/04/2016 - 12:57 - Signaler un abus @ Camtom

    Ne vous fatiguez pas à lui répondre.... Il doit passer ses nuits place de la République.

  • Par Pourquoi-pas31 - 27/04/2016 - 16:27 - Signaler un abus En effet, nous ne sommes pas en guerre

    on envoie seulement le Charles de Gaulle et nos avions pour faire du service d'ordre auprès de quelques délinquants.

  • Par ikaris - 27/04/2016 - 18:25 - Signaler un abus Encore un faux expert et un vrai politicard

    ... mais ça n'est qu'un bien pensant ! Exemple : "La déchéance de nationalité a profondément divisé" .... il sait que 80 % des français sont pour ? Et "servir la soupe au FN" ... ça a quoi comme rapport avec le schmilblick ? Si il se veut technicien, qu'il ne se décrédibilise pas en faisant de la politique à 2 sous.

  • Par Delacote - 27/04/2016 - 18:49 - Signaler un abus Dites le avec des fleurs

    Vous avez raison, on peut très bien leur jeter des fleurs ou leur chanter des chansons d'amour. Ils vont certainement mourir de rire.

  • Par Atlantica75000 - 29/04/2016 - 18:06 - Signaler un abus Très, très déçue par ce

    Très, très déçue par ce monsieur que j'entends régulièrement le samedi matin sur BFM Radio : je l'ai entendu sur une radio dire (en gros) que l'un des problèmes venait qu'on n'avait pas assez aidé les immigrés des banlieues et mettait en exergue son "ami" Keppel qui tient le même discours ! Hors de question que j'achète son livre avec es arguments aussi spécieux

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François Heisbourg

François Heisbourg est président de l’International Institute for Strategic Studies (IISS), basé à Londres, et du Centre de politique de sécurité de Genève (GCSP).

Il est conseiller spécial à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS).

Il a été membre du Centre d'Analyse et de Prévision du ministère des affaires étrangères (1978-79), premier secrétaire à la représentation permanente de la France à l’ONU (1979-1981. 

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