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Comment les neurosciences remettent en cause ce qu'on pensait savoir sur la culpabilité

La neuro-imagerie découvrait récemment que le cerveau du chien et le cerveau humain ont des zones similaires. Cette application est néanmoins loin d'être la seule : il nous est également possible de savoir quand quelqu'un ment, par exemple. Des découvertes qui bousculent la Justice et le droit.

C'est pas moi, c'est mon cerveau !

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Comment les neurosciences remettent en cause ce qu'on pensait savoir sur la culpabilité

Il est devenu possible de savoir quand quelqu'un ment.

Atlantico : Un homme a étranglé sa femme dans son sommeil, alors qu'il faisait un cauchemar, en 2008, au Pays de Galles. Pour autant, il n'avait conscience de ce qu'il faisait... Finalement, qu'est-ce qui appartient vraiment au domaine de l'inconscient, dans l'action ? Peut-on faire quelque chose sans réaliser qu'on le fait ? 

Michel Bénézech : Il y a un certain nombre de pathologies neurologiques qui font que, effectivement, certaines facultés s'exercent sans que l'on en soit pleinement conscient. Cela reste néanmoins des cas particulièrement rares.

Quand on parle de comportement criminel, en dehors de quelques affections neurologiques, que l'on rencontre exceptionnellement en pratique criminologique, ou d'expertise et de psychologie, les problèmes qui se posent concernent les soubassements inconscients du comportement.

C'est un sujet immense, en lui même. Au regard de Freud, on tue parce qu'on est coupable. Ce n'est pas parce qu'on tue qu'on le devient. On trouve donc toute une théorie traitant d'une absence de sur-moi des psychopathes, qui ne seraient donc pas refrénés. Ce sont de vieilles théories, battues en brèches, auxquelles je ne crois pas beaucoup. Joue aussi le niveau moral atteint par un individu, un sujet étudié par des collègues israéliens.

Tout ceci se fait, évidemment, selon la maturation de l'individu. Comme toujours, en psychologie et en psychiatrie ; criminelle ou non, on est le résultat à la fois de sa biologie – de son hérédité et des événements fondamentaux de la vie utérine, ainsi qu'après la naissance – et évidemment de l'éducation. Tout cet enveloppement affectif que nous avons (ou n'avons pas) autour, et qui, suivant les circonstances comme la présence ou l'absence des parents, leurs caractères et la façon dont ils nous ont éduqués, les potentielles carences affectives et éducatives (qu'on retrouve souvent chez les criminels chroniques)...

Notre cerveau, qui élabore la pensée, est le produit de toutes ces choses-là. Il y a une interaction extrêmement forte, étroite et unique, entre le fonctionnement de nos structures cérébrales (qui sont extrêmement complexes et inter-connectées) et notre façon de fonctionner. Le problème de l'inconscient, selon Freud, ne se prête pas à l'étude scientifique.

En revanche, via la neuro-imagerie, on peut aujourd'hui confirmer et objectiver la présence de certains troubles mentaux. Nous sommes capables, à titre individuel — ça n'est pas nécessairement vrai à l'échelle d'une population, de déterminer si un homme présente des connexions typiques d'un trouble de la personnalité. On peut également objectiver les relations entre la violence et les fonctionnements cérébraux, en particulier ceux du lobe pré-frontal et du système limbique. Le lobe pré-frontal est parfois incapable de freiner le système limbique, qui correspond aux émotions. On peut désormais, grâce aux travaux de neuro-imagerie fonctionnelle, comprendre comment certains individus peuvent être violents et comment ça s'exprime sur le plan neurophysiologique.

 
Commentaires

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  • Par Ory-Nick - 10/03/2014 - 14:40 - Signaler un abus Ah bon ?

    "Au regard de Freud, on tue parce qu'on est coupable." C'est surtout au regard de la médecine. "on est enrhumé parce qu'on est malade". Au yeux de la loi, en France notamment, on est coupable lorsqu'on tue quelqu'un. La présomption d'innocence, tout ça... (revoir le film Minority Report à ce sujet)

  • Par Descartes - 11/03/2014 - 11:19 - Signaler un abus L'utopie du libre-arbitre

    "Le problème de l'inconscient, selon Freud, ne se prête pas à l'étude scientifique." C'est surtout la psychanalyse qui ne se prête pas à l'étude scientifique : cette pseudo-science nocive pour les patients a été discréditée dans le monde entier sauf en France et en Argentine. Dans le reste du monde moderne on essaie d'être pragmatique au lieu d'essayer d'en mettre plein la vue. L'article mélange allègrement les références scientifiques avec les sophismes freudiens, une drôle d'impression en ressort. Les questions que pose l'article tournent autour du libre-arbitre, de la culpabilité. Je trouve votre avis bien trop manichéen (soit on est complètement coupable, soit on l'est pas du tout). A mon avis, dans l'immense majorité des cas, on est coupable entre 10 et 90%, dans une vision qui permet un fonctionnement optimal de la société. Bien entendu c'est compliqué à déterminer, encore plus avec des outils psychanalytiques anachroniques. Alors on fait des paris, appelés expertises psychiatriques.

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Michel Bénézech

Michel Bénézech est psychiatre, légiste et criminologue. Il est chargé du service médico-psychologique régional des prisons, à Bordeaux.

Il a co-écrit avec Christiane de Beaurepaire et Christian Kottler, en 2007, Les dangerosités : De la criminologie à la psychopathologie, entre justice et psychiatrie (John Libbey Eurotext).

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