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Comment le jeu dangereux d'Angela Merkel vis-à-vis de la Russie et de la Turquie est en train de se retourner contre elle

En prétendant négocier au nom des intérêts européens lors de ses rencontres avec Poutine et Erdogan, Angela Merkel fait en réalité valoir ses propres intérêts. Elle paie désormais le prix de son imprudence diplomatique et de ses positions inconsidérées sur les réfugiés. L'inconsistance de l'UE face à la crise des réfugiés est quant à elle le signe que le projet européen n'existe plus.

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Publié le - Mis à jour le 4 Mars 2016
Comment le jeu dangereux d'Angela Merkel vis-à-vis de la Russie et de la Turquie est en train de se retourner contre elle

Atlantico : Comment Angela Merkel en négociant au nom de l'Europe avec la Turquie et la Russie s'est-elle trouvée à la merci de Poutine et d'Erdogan ?

Didier Billion : Tout d'abord, on ne peut pas dire que Merkel en tant que telle, négocie ou discute avec ses interlocuteurs Poutine ou Erdogan au nom de l'Union européenne (UE). Aucun conseiller européen ne lui a donné un mandat à ce propos. Angela Merkel prétend représenter l'Europe sans aucune décision collective. Cette ambiguïté sur le rôle qu'elle se donne est pour le moins critiquable. Elle le fait parce qu'elle considère qu'elle est en capacité d'initiative et que, sur la question des réfugiés, ses déclarations un petit peu imprudentes du mois de septembre dernier lui valent quelques difficultés intérieures en Allemagne.

Lorsqu'Angela Merkel négocie avec Erdogan et son Premier ministre ou avec Poutine, c'est bien au nom des intérêts allemands et non des intérêts européens. Il n'existe aucune coïncidence entre les intérêts allemands et les intérêts européens.

En ce qui concerne la crise des réfugiés, vu l'ampleur des difficultés, l'Europe est en position de faiblesse. Les Turcs ont parfaitement compris que l'UE avait besoin de la Turquie pour négocier sur la question des réfugiés. De ce point de vue-là, ils sont en position de force, pas seulement vis-à-vis d'Angela Merkel, même si ça se concentre sur elle parce qu'elle était à Ankara il y a quelques jours,  mais vis-à vis de l'UE qui à cause de son manque d'unité est dans l'incapacité de gérer humainement mais aussi efficacement la crise des réfugiés et a donc plus que jamais besoin de la Turquie. On ne peut même pas dire qu'Erdogan soit cynique, il est simplement dans un rapport de force et il essaie d'en profiter comme tout Etat le ferait. Ce n'est pas moral mais on sait que la morale dans les relations internationales n'est pas toujours présente, c'est le moins qu'on puisse dire.

Au niveau du dossier syrien, Angela Merkel a pris il y a quelques mois l'initiative de rencontrer Poutine. Cette rencontre bilatérale visait à discuter du dossier syrien. Mais l'évolution de la situation et notamment la décision russe de procéder à des bombardements massifs depuis le mois de septembre ne donnent plus sur ce dossier à Angela Merkel le rôle qu'elle avait pu escompter obtenir avant le début des bombardements. On ne peut pas dire qu'il y ait une politique particulière d'Angela Merkel à l'égard de Poutine sur le dossier syrien. Au passage, il n'y a pas non plus de position européenne à l'égard de Poutine ou de tout autre dossier. 

Peut-on encore espérer une coopération avec ces deux pays ?

Au niveau de la crise des réfugiés, avec la Turquie il y a aura une coopération mais il est impossible de prévoir à quel rythme ni avec quels résultats. C'est absolument indispensable, qu'on le veuille ou non, la Turquie continuera à avoir un rôle central sur ce sujet. D'ailleurs, j'aimerais souligner que les positions des autorités européennes et notamment de la Haute Représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini qui a déclaré que la Turquie avait une obligation légale sinon morale d'accueillir les réfugiés tout en demandant aux Turcs de fermer leurs frontières pour que les réfugiés syriens ne puissent pas partir vers l'Europe sont absolument insupportables et absurdes. On se moque de la Turquie. Même si la Turquie est très critiquable en de nombreux aspects, c'est un grand pays qui ne peut être considéré comme le marchepied des Européens.

En ce qui concerne le dossier syrien, je ne suis pas très optimiste. La Russie reste un interlocuteur incontournable pour tenter tant que faire se peut de résoudre la crise syrienne, qu'on le veuille ou non et même si les méthodes de Poutine peuvent être critiquables. Mais, comme on l'a vu, la vaine tentative de mettre en place des négociations la semaine dernière s'est soldée par un échec absolu.

 
Commentaires

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  • Par Liberte1776 - 11/02/2016 - 17:12 - Signaler un abus Assez des sultaneries !!

    La Turquie n est pas en position de force. Il suffit de renvoyer toutes les embarcations sur les cotes turques, avec les forces combinées des garde-cote des pays méditerranéens de l UE, sans faille. Et la, Erdogan verra qu il sera bien oblige de contrôler le flux en amont, dans son pays. Il faut renvoyer le problème de la frontière européenne, a la frontière Turquie-Syrie. Sans faille, avec l armée s il le faut. Un peu de courage et d organisation. On sait exactement qui envoie ces "réfugiés" (les autorités turques) et ou elles arrivent (quelques iles grecques). Du nerf, bande de mou-dirigeants !

  • Par de20 - 12/02/2016 - 00:19 - Signaler un abus Quelle minaret l a piquée

    Quelle minaret l a piquée cette rose de l est. Le Neron de l Europe se cache dans ce corps.

  • Par Liberte5 - 12/02/2016 - 18:54 - Signaler un abus Très bon article équilibré qui montre la faillite de l'EU

    Rien d'étonnant , cette Europe technocratique , coupée des peuples, n'est plus à même de régler les problèmes. Elle apparaît fonctionner lorsqu'il n'y a pas de problèmes. C'est une UE à bout de souffle sans idées, sans projet. C'est définitivement un constat d'échec. Cette construction était une vue de l'esprit. Confrontée aux dures réalités, elle est comme un navire sans capitaine, sans équipage pour la conduire. Ceux qui continuent à dire "ça ne marche pas, mais il faut plus d'Europe", sont des dogmatiques irresponsables.L’Europe fédérale est morte.Seule porte de sortie par le haut :une Europe confédérale.

  • Par vangog - 12/02/2016 - 21:47 - Signaler un abus Le traité de Lisbonne est mort...

    La PESC ne signifie rien, Moguerrini est une bécasse sans vision. Les manettes ont été données à des impuissants et des veules. L'UE est en pleine décadence, comme le fut l'empire romain...tant mieux, car cette dictature europeiste ne mérite que la décomposition!

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Didier Billion

Directeur-adjoint de l’IRIS.

Spécialiste de la Turquie, du monde turcophone et du Moyen-Orient, Didier Billion est l’auteur de nombreuses études et notes de consultance pour des institutions françaises (ministère de la Défense, ministère des Affaires étrangères) ainsi que pour des entreprises françaises agissant au Moyen-Orient.

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