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Comment Irma est devenu Irma : les 6 mois qui ont généré la tempête monstre

L'ouragan Irma qui déferle sur les Antilles et va atteindre la Floride dimanche est le fruit de plusieurs paramètres. D'une part, la température élevée des océans, secondement,la direction des vents dominants. Le tout a conduit au désastre.

La bête

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Comment Irma est devenu Irma : les 6 mois qui ont généré la tempête monstre

Atlantico : Harvey et Irma, deux ouragans se sont succédés au large des Etats-Unis et sur les Antilles ces derniers jours causant des dégâts évalués à plusieurs millions d'euros. Quelles sont les conditions nécessaires qui ont été réunies et qui ont expliqué ce tel niveau de violence lors de leurs passages respectifs ?

Frédéric Decker : Contrairement à ces dernières années, 2017 réunit des conditions météo très favorables à la formation d’ouragans plus fréquents et potentiellement violents. En 2015 et 2016, El Nino, cette anomalie thermique positive au niveau du Pacifique équatorial, a eu pour effet d’annihiler ces conditions comme c’est le cas à chacune de ses apparitions, perturbant le climat mondial, y compris l’activité cyclonique dans l’Atlantique qui chute. En prime, ces deux années étaient marquées par des tempêtes de sable fréquentes dans le Sahara occidental.

Ainsi, des particules de sable ont gagné la haute atmosphère avant d’être portées par les courants d’altitude vers l’Atlantique équatorial et tropical. Cet écran de particules de sable est suffisant pour légèrement diminuer le rayonnement solaire, limitant ainsi le réchauffement des eaux de surface, ainsi que la convection, donc la formation d’orages, de tempêtes tropicales et de cyclones.

Cette année, rien de tout ça : la phase est neutre dans le Pacifique, ne perturbant plus le climat mondial. On note peu de tempêtes de sable ces derniers mois dans l’ouest du Sahara, d’où une haute atmosphère plus limpide, propice à un fort rayonnement. Ce dernier a permis à l’Atlantique de nettement se réchauffer avec 26°C et plus sur plus de 50 mètres d’épaisseur de l’Atlantique équatorial jusqu’au Golfe du Mexique. Les alizés sont soutenus qui plus est sur le bassin Atlantique, alimentant les phénomènes tropicaux en air chaud et humide. Un cocktail détonnant, une véritable marmite d’eau chaude et d’humidité permettant l’éclosion et le développement de tempêtes tropicales et d’ouragans cette année. Et la saison des ouragans s’étend jusqu’en novembre, voire parfois décembre… Nous n’en avons sans doute pas encore terminé !

Dans quelle mesure est-il possible de lier ces deux phénomènes météorologiques au réchauffement climatique ? Est-ce que ce dernier a eu une incidence directe ou indirecte sur leur avènement ? N'y a-t-il pas une prise de conscience qui peut en être faite ? 

Il est toujours délicat de lier un phénomène météorologique, aussi extrême soit-il, à un changement climatique. La climatologie nous apprend déjà que le réchauffement des dernières décennies, bien que marqué et rapide, n’a pas provoqué de hausse du nombre de cyclones à travers le monde. Les chiffres restent très stables. 

En revanche, un monde plus chaud, une atmosphère plus chaude et des océans plus chauds peuvent contenir davantage d’humidité, car plus l’air est chaud et plus il peut contenir de vapeur d’eau. Et la vapeur d’eau, c’est de l’énergie pour les phénomènes météorologiques violents, tels que les orages, les tempêtes et bien sûr les cyclones. Nous manquons encore de recul pour être affirmatifs, et le passé climatique reconstitué par la paléoclimatologie notamment indique des résultats parfois controversés. Le nombre de cyclones violents (catégories 3 à 5) était, selon certaines études, beaucoup plus important il y a 1000 ans, dans un monde pas plus chaud qu’aujourd’hui a priori, mais sans doute plus contrasté en terme de températures entre les océans et l’atmosphère. Difficile donc d’être catégorique à ce jour concernant la hausse du nombre de cyclones puissants, mais cela paraît logique dans un monde plus chaud.

 
Commentaires

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  • Par Florence.Amouyal - 09/09/2017 - 17:35 - Signaler un abus En remontant dans le temps

    En remontant dans le temps, on s'aperçoit en lisant certaines correspondances que la température moyenne en IDF dans les années 1870 était plus élevée qu'actuellement puisque les vergers d'IDF regorgeaient d'abricotiers et que l'été 1869 a été particulièrement chaud. Par ailleurs, la plage de Deauville a été créée en 1874 par une vague particulièrement puissante qui a créé une barrière de sable et de galets. Celle-ci a isolé les villas pieds-dans-l'eau d'alors, de la mer !

  • Par Le gorille - 09/09/2017 - 20:48 - Signaler un abus Machines à refroidir

    Les cyclones sont une réponse des océans pour se refroidir : ils évacuent la chaleur emmagasinée sur au moins 60 m de profondeur. Il est vrai que l'on voudrait bien s'en passer... mais qui voudrait d'un océan qui chauffe sans arrêt ? Pas les poissons d'abord, qui vont chercher la fraîcheur très profondément, ni les humains ensuite : pas agréable de se baigner dans des eaux trop chaudes !

  • Par Florence.Amouyal - 11/09/2017 - 19:29 - Signaler un abus Spéculations

    En continuant à remonter le temps : Qui sait si la Bible n’inscrit pas dans la mémoire collective le souvenir magnifié de catastrophes naturelles majeures ? Le déluge, la disparition de certaines espèces animales (d’où la préoccupation d’un Noé à préserver celles restantes), des ouragans avec effet de souffle et aspiration, comme en Floride et aux Bahamas actuellement, permettant aux flots marins de s’entr’ouvrir et de traverser, etc. Il ne s’agit bien sûr que de spéculations en relation avec les événements actuels, puisque rien ne permet de vérifier de telles assertions. Pensée pour les victimes et urgence de la prévention.

  • Par Florence.Amouyal - 11/09/2017 - 20:37 - Signaler un abus Auto-régulation des températures

    Dans le même ordre d'idées que le précédent intervenant, je me demandais, entre autres, dans un blog à Frontiers (groupe Nature) en novembre 2013, après les puissants tremblements de terre au Japon en 2011 et aux Philippines, si les séquences violentes de pluie observées dans les phases de réchauffement, ne participaient pas d'un phénomène d'auto-régulation, après que des oscillations anormalement importantes et rapprochées de température, aient été observées.

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Frédéric Decker

Météorologue - Climatologue à MeteoNews et Lameteo.org

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