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Comment gérer les perturbations du trafic aérien générées par les drones ?

Dimanche 7 décembre, un rapport a révélé qu'un drone a manqué de percuter un A320 à l'aéroport d'Heathrow en juillet dernier. En France, ce sont les survols de centrales nucléaires qui posent problème. Dans les deux cas, une loi d'encadrement s'avère nécessaire pour catégoriser les drones en fonction de leur poids, comme il en existe déjà pour les avions et autres appareils.

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Comment gérer les perturbations du trafic aérien générées par les drones ?

Atlantico : L'explosion de la vente de drones va-t-elle entraîner in fine une perturbation du trafic aérien, en sachant qu'amazon et d'autres projettent aussi leur utilisation à des fins commerciales ou de secourisme ?

Jean-Vincent Brisset : La multiplication des drones et l'irresponsabilité de certains de leurs utilisateurs pose un vrai problème.

L'une des toutes premières règles du vol est de "voir et éviter". Ce n'est pas toujours possible, surtout pour les avions de transport. En présence de vols de drones non contrôlés dans une zone à risque, typiquement à proximité d'un aéroport, on pourrait voir les responsables locaux interdire tous les mouvements et dérouter l'ensemble du trafic. On assiste aussi à l'éclosion d'un nouveau type de risque dans le domaine militaire. Les unités des forces terrestres sont de plus en plus souvent dotées de petits drones permettant d'aller reconnaître leur environnement immédiat.

La tentation est grande d'utiliser ces drones sans en référer à une autorité de contrôle gérant l'ensemble de l'espace, au risque de provoquer des collisions avec des aéronefs évoluant en basse altitude dans une zone qui leur est théoriquement réservée.

L'envie d'utiliser des drones pour de livraisons commerciales semble relever, pour le moment, de l'utopie. C'est coûteux et complexe. Cela nécessiterait aussi la création de "tubes" à sens uniques réservés à ce type de drones, avec des garanties techniques de respect des tubes, impliquant l'emploi de matériels onéreux. Par contre, l'utilisation ponctuelle de drones "d'urgence", capables d'apporter très vite un défibrillateur ou des médicaments peut se gérer en bloquant ponctuellement la circulation aérienne dans la zone concernée.

Michel Nesterenko : Effectivement un développement et une utilisation anarchique des drones causera certainement des perturbations du trafic aérien en particulier dans les phases critiques du vol qui sont le décollage et l'atterrissage.

Le plus grand danger viendra certainement moins des grands opérateurs commerciaux tels qu'Amazon et autres, que des opérateurs privés et les jeunes en mal d'émotions fortes. En effet les grands opérateurs seront obligés de souscrire des assurances substantielles ce qui imposera un certain professionnalisme. Certains opérateurs privés chercheront à se faire peur en jouant à la console video dans le monde réel en mettant à risque réel des personnes humaines.

Qu'en est-il en France ?

Michel Nesterenko : Dans ce domaine la France ne sera pas de reste ni en retard comme le démontre déjà les survols de Centrales Nucléaires aujourd'hui, et, demain pourquoi pas les rassemblements et manifestations publiques.

Concrètement, la collision d'un appareil de vol commercial avec un petit drone présente-il un réel danger pour la sécurité aérienne ? Et celle des pilotes et passagers ? Peut-elle entraîner un crash ?

Jean-Vincent Brisset : On donne le nom de "drone" à tout ce qui vole sans un pilote à bord. Alors que la différence entre les différents types de machines non pilotées est très importante. Les plus petites pèsent quelques grammes, les plus grosses une vingtaine de tonnes. Il y a aussi une différence entre celles qui volent seules, en fonction d'un programme introduit avant le décollage, et celles qui sont radiocommandées et donc en permanence contrôlées par un humain.

Les petits drones, pesant au maximum quelques kilogrammes, sont les plus répandus, et ils sont généralement radiocommandés et restent à porte de vue de leurs opérateurs. N'importe qui peut s'en procurer un et il est très difficile d'empêcher leur utilisation. Les risques de collision avec un appareil piloté, qu'il soit militaire ou civil, avion de transport ou d'aéroclub, sont réels, sachant toutefois que les petits drones ne peuvent pas voler très haut et que ces risques sont donc limités au voisinage des aérodromes.

La sécurité peut être mise en jeu, mais de façon très aléatoire. Suivant le moment où intervient la collision, le point d'impact, le régime de vol, les conséquences peuvent être radicalement différentes. Le pire qui puisse arriver, probablement, est l'ingestion d'un drone par le réacteur d'un avion. Sur un avion de ligne en phase d'atterrissage ou de décollage, cela peut entraîner un crash.

Michel Nesterenko : La collision entre un petit Drone de quelques kilos de présente pas un vrai Danger pour la sécurité aérienne. Il faut savoir que tous les avions et moteurs en circulation ont été testés pour absorber les collisions avec de très gros oiseaux. Il est certain qu'un atterrissage en urgence sera nécessaire mais sauf cas très rare il ne devrait pas y avoir de danger particulier pour les passagers et encore moins de crash.

Les collisions avec des oiseaux posent des problèmes graves quand plusieurs volatiles sont ingérés en même par les moteurs ce qui est très rare. Il ne faut pas s'attendre dans un futur proche à des attaques de Drones en escadrille constituées ce qui changerait la donne.

La problématique est différente pour les grands drones de 20 Kg à 100 Kg voire beaucoup plus. Là il y a un risque réel et la potentialité non négligeable d'un crash. Cependant ce type d'engin, compte tenu du coût d'achat très conséquent, sera surtout utilisé par des opérateurs commerciaux beaucoup plus responsables.
 
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Jean-Vincent Brisset

Le Général de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset est directeur de recherche à l’IRIS. Diplômé de l'Ecole supérieure de Guerre aérienne, il a écrit plusieurs ouvrages sur la Chine, et participe à la rubrique défense dans L’Année stratégique.

Il est l'auteur de Manuel de l'outil militaire, aux éditions Armand Colin (avril 2012)

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Michel Nesterenko

Directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

Spécialiste du cyberterrorisme et de la sécurité aérienne. Après une carrière passée dans plusieurs grandes entreprises du transport aérien, il devient consultant et expert dans le domaine des infrastructures et de la sécurité.

 

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