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Comment l’Etat Islamique est-en train de se remettre d'aplomb en Syrie et en Irak

L'organisation terroriste est toujours présente à moins d'une heure de Bagdad.

Retour vers le futur

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Comment l’Etat Islamique est-en train de se remettre d'aplomb en Syrie et en Irak

 Crédit STR / AFP

Atlantico : Le 9 novembre dernier, lors d'un déplacement à Abu Dhabi, Emmanuel Macron déclarait "les prochaines semaines et les prochains mois nous permettront, je le crois profondément, de gagner complètement sur le plan militaire dans la zone irako-syrienne". Près de 10 mois après cette annonce, la réalité du terrain semblerait montrer un retour en force de l'Etat islamique "dans la zone irako-syrienne". Comment expliquer un tel retour, et quelle est la réalité des forces en présence ? La menace a-t-elle réellement évoluée ? 

Alain Rodier : Le président Macron a fait preuve du défaut commun à tous les responsables politiques qui ne connaissent la guerre qu’à travers les films ou les bandes dessinées.

Je ne pense pas qu’il ait jamais vraiment étudié un livre de mémoires de guerres ou d’Histoire militaire, vraisemblablement parce que le sujet ne le passionnait pas. Je le comprends très bien car, moi, je ne me suis jamais intéressé à l’économie. Mais, au moins, je n’ai jamais eu à prendre de décisions dans ce domaine, fort heureusement d’ailleurs, cela aurait été une catastrophe ! En effet, même si l’Histoire ne se répète jamais, on peut tout de même tirer des réflexions de conflits précédents. Pour résumer, notre président s’est trompé dans son pronostic - comme bien d’autres avant lui (c/f Bush Jr. avec son célèbre « job is done » en 2003) -. Il aurait peut-être dû écouter des militaires de son entourage mais, depuis son coup de sang vis-à-vis du général de Villiers, je doute qu’un responsable militaire ose lui dire la vérité en face. C’est la terrible engeance de la condition militaire : "un militaire, ça ferme sa gueule ou ça s’en va". Pour la génération politique d’aujourd’hui, le militaire est un simple exécutant qui doit limiter sa réflexion aux moyens de mettre en œuvre efficacement - et avec le moins de casse possible - la politique définie par le pouvoir. Point final. Malgré toute l’estime et le respect que m'inspire le général Lecointre, je le vois mal déclarer, même en aparté : « M. le Président, vous venez de raconter des conneries »…

Pour revenir au président Macron, tout dépend de ses conseillers car, humainement, aussi intelligent soit-il, il ne peut traiter tous les problèmes lui-même. Encore faut-il que ces mêmes conseillers soient compétents, pas trop hommes de cour (« touchez ma bosse Monseigneur », le Bossu, de Paul Féval) et enfin qu’il daigne les écouter au moins un petit peu, mais pas trop comme Sarkozy avec l’inénarrable BHL.
 
Gouverner la France (presque 68 millions de râleurs dont l’auteur) est certainement une tâche surhumaine !
 
Au risque de froisser certains politiques (même le président Poutine y est allé de son couplet de victoire à la fin 2017 voulant sans doute concurrencer sur ce terrain son homologue américain), Daech et plus globalement les mouvements salafistes-djihadistes ne sont pas vaincus sur le front syro-irakien.
 
Certes leur stratégie a changé depuis que le proto-État Islamique a disparu (avec son gouvernement officiel - la choura -, ses ministères - les bureaux -, ses provinces et leur administration de type soviétique très pesante, etc.). Daech est repassé dans la clandestinité et, à l’inverse, pari risqué, les groupes peu ou prou liés à Al-Qaida "canal historique" se sont installés sur une entité géographique : la province d’Idlib située au nord-ouest de la Syrie. Ils ont pris la précaution élémentaire d’avoir des bases de soutien en Turquie voisine ; cela s’apprend aussi dans les livres d’Histoire : un mouvement insurrectionnel ne survit que s’il a des bases arrières à l’extérieur. Tous ces mouvements - et en particulier Daech - se livrent à des opérations meurtrières de type hit and run que les forces légalistes ont beaucoup de mal à contrer. De plus, Daech a repris ses anciennes méthodes de prises d'otages et de médiatisation de ses assassinats.
 
En Syrie, l’ONU pense que Daech devrait être fort de presque 30 000 activistes, chiffre déjà avancé en 2014 quand ce mouvement est né officiellement (avant, ce n’était qu’une branche d’Al-Qaida) ! Les estimations en Irak sont bien plus modestes et parlent de quelques milliers de combattants.
 
Petit détail mais pas des moindres, des membres des services secrets de Daech surnommés les « Amniyats » formés à la clandestinité et, plus grave, inconnus des autorités, seraient toujours actifs. Ils auraient même des réseaux en Europe. Est-ce vrai ou aime t’on se faire peur ? Sans négliger la menace objet de nombreux articles à sensations, le passé montre que nous l’avons souvent surestimée, parfois en se basant sur des "renseignements sûrs" fournis par nos amis américains.
 
Un exemple : selon les USA, la Russie est une menace prioritaire pour le monde en général et pour l’Europe en particulier… Lors de la Guerre froide, il nous a fallu du temps pour s’apercevoir que le Pacte de Varsovie - aussi menaçant et dangereux fut-il - n’était pas capable techniquement d’atteindre les ports de l’Océan atlantique en trois jours comme nous le susurrait Washington !
 
 
Commentaires

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  • Par assougoudrel - 21/08/2018 - 10:37 - Signaler un abus Savez-vous que dans tous les Régiments,

    les Bases et autres Services, il y a des fiché S en pagaille? Ils sont présents, prêts à passer à l'action. On verra ce que feront nos généraux qui sont sont plus nombreux en France que dans tous les autres pays du monde réunis.

  • Par Klaus02 - 21/08/2018 - 13:02 - Signaler un abus Analyse douteuse...

    "En Irak et encore plus en Syrie, les forces progouvernementales ne vont plus longtemps faire preuve d’une ardeur au combat démesurée tant elles sont épuisées sans parler de la corruption traditionnelle d’une partie des cadres". Cela fait 8 ans que les forces armées syriennes luttent contre les barbus. Je pense au contraire qu'elles sont hautement motivées et pas épuisées du tout pour reconquérir, avec l'appui des Russe, l'Idlibistan. On en reparlera après le début de l'offensive qui s'annonce pour bientôt...

  • Par Anouman - 21/08/2018 - 13:29 - Signaler un abus Syrie-Irak

    Je ne suis pas devin mais cela risque de faire comme en Afghanistan, les Talibans sont toujours là (et en plus il y a Daech en renfort). Avoir des principes moraux c'est bien mais pas très efficace contre cette engeance.

  • Par J'accuse - 21/08/2018 - 13:51 - Signaler un abus Il faut inverser nos stratégies

    Il serait certainement préférable que Daech ait son califat et un siège à l'ONU: serait-il pire que l'Arabie ou l'Iran ? A l'abri derrière des frontières reconnues, leurs chefs seraient trop occupés à défendre leurs intérêts et leur pouvoir contre leurs ennemis internes pour promouvoir des attentats chez nous. Accordons-leur un morceau d'Irak et de Syrie, où ils pratiqueront la charia à leur guise. Chez eux, ça ne me dérange pas; c'est chez moi que je veux pas. Plutôt que vouloir imposer nos vues partout en créant des catastrophes, laissons-les se débrouiller et recentrons nos moyens pour défendre nos pays, là où nous vivons. N'est-ce pas ça qui compte ?

  • Par LouisArmandCremet - 21/08/2018 - 14:55 - Signaler un abus Mossoul

    On peut ajouter que des région "libérées" comme Mossoul ou Hawija (et je ne parle même pas de ce qui s'est passé en Syrie), l'ont été moyennant un prix exorbitant : les villes ont été rasées. C'est notamment le cas pour la partie ouest de Mossoul, intégralement détruite par les bombardements de la coalitions, bombardement pendant lesquels plusieurs milliers (si ce n'est plus) de civils utilisés comme bouclier humain par Daesh, ont péri. Difficile de calmer les esprits et de ne pas les inciter à la revanche, quand dans une ville sunnite intégralement rasée, campent en tenant fièrement les check-points, des milices chiites, arborant haut et fort, leurs drapeaux avec en gros dessus les visages de Ali et Hussein. Pour un sunnite devant passer ces check- points tous le jours, comptant les morts et les exilés de sa famille dans d'immenses camps, avec un pouvoir central encore chiite et contemplant sa ville en ruine, difficile pour lui de se dire qu'il a été "libéré".

  • Par assougoudrel - 21/08/2018 - 17:50 - Signaler un abus Le Mali

    Personne n'en parle, mais c'est pire que dans les autres pays cités. Les militaires français disent qu'ils préfèrent aller en Opex en Afghanistan, car moins dangereux qu'au Mali qui ne s'est pas du tout amélioré, bien au contraire. Il ne se passe pas une semaine sans que des militaires français ne soient rapatriés pour cause de blessures suite à des accrochages, mais c'est tabou. Les islamistes sont encore plus virulents que jamais. Nos militaires sont seuls (à part quelques américains qui ne sont pas là pour combattre) et mal équipés et parmi eux, il y a des barbus pour qui on arrête tout pour qu'ils prient Allah. Cela se terminera mal et que dira "notre" cher président chef des Armées quand les malheurs arriveront? Il n'y a pas qu'un seul Benalla.

  • Par vangog - 22/08/2018 - 09:48 - Signaler un abus La morale de cette histoire...

    c’est que les peuples arabes sont affligés de cinq siècles de retard sur la civilisation occidentale, à cause d’une religion passéiste, barbare et déclinante, et qu’ils ne peuvent vivre et prospérer que sous le joug d’un homme fort. Cet homme fort existe en Syrie, soutenu par la Russie, et son intérêt bien compris devra être le partage de la Syrie avé ce lesautres vainqueurs des barbures, les Kurdes. La Syrie m’inquiete moins que l’Irak, où Daesh est moins puissant, mais où il trouvera probablement ses bases logistiques arrière, semblables à celles de la Turquie néo-fasciste...en bref, les Américains devraient abandonner rapidement ces histoires de partage du pouvoir entre communautés, et factions, qui ne fonctionnent pas, ni en Lybie, ni en Irak, et laisser re-émerger les hommes forts d’Orient, seuls capables de maîtriser des peuples rendus indociles par une politi-religion archaïque....

  • Par gerint - 22/08/2018 - 10:59 - Signaler un abus Macron n'a aucune vertu militaire

    Hélas, pas plus que la catastrophe Hollande. Les échos que je reçois sont les mêmes que ceux d'Assougoudrel venant du Mali

  • Par Benvoyons - 22/08/2018 - 14:56 - Signaler un abus Le problème est dans la non participation des musulmans

    contre leurs brebis galeuses. Car ils veulent profiter d'eux tout en disant nous ne sommes pas pour eux. Donc tant qu'eux même ils ne combattront pas sérieusement tous les Groupes Islamistes le problème restera récurent .

  • Par Gré - 22/08/2018 - 17:56 - Signaler un abus Même les musulmans modérés

    Même les musulmans modérés regardent avec réprobation l’évolution des mœurs dans nos pays dits civilisés ? Eh bien, je les comprends !

  • Par vangog - 22/08/2018 - 22:02 - Signaler un abus @assougoudrel je l’avais lu avant qu’il ne soit censuré...

    et il décrivait de façon brute et sincère la réalité que vous connaissez certainement mieux que le censeur imbécile qui vous a interdit...mais ils ont tellement peur de la réalité, ces peureux!

  • Par A M A - 23/08/2018 - 15:46 - Signaler un abus Il y a l'islam visible. Mais

    Il y a l'islam visible. Mais qu'en est-il de l'islam sous-marin? N'y a t'il aucune étude qui permette de le quantifier? Combien, parmi les prétendues élites se sont déjà convertis? Atlantico peut-il nous éclairer?

  • Par Motlibre - 23/08/2018 - 16:04 - Signaler un abus ""Même les musulmans modérés regardent avec réprobation..."

    "Même les musulmans modérés regardent avec réprobation l’évolution des mœurs dans nos pays dits civilisés. Alors pour les extrémistes… C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il se trouve des volontaires pour mener des attentats en Occident. Ils ont "la haine" de notre société..." Pour faire suite à cette affirmation, il serait peut-être temps que l'on nomme les choses par leur nom et leurs responsables par leur nom. J'imagine sans peine, par exemple, l'effroi et la colère de parents musulmans modérés apprenant que leur fille, au primaire, vient de subir un enseignement lui apprenant qu'elle aurait le choix d'être fille ou garçon. Ou que leur jeune fille adolescente se voit proposer des brochures l'instruisant des différentes manières de pratiquer la sexualité... Ou que leur fils en 4e au collège vient de voir passer Belkacem qui a vanté à la classe combien il était formidable que les homos puissent enfin se marier avec des personnes de même sexe. Etc. ! Pour ma part, si rien de tout cela ne doit être cause de discrimination parmi les adultes, rien de tout cela n'a à être enseigné au sein de notre école publique et contre le souhait de nombreux parents, pas seulement musulmans.

  • Par poil à gratter - 23/08/2018 - 16:32 - Signaler un abus J'accuse t'as l'air de vachement t'y connaître!

    Donc on donnerait un pays à ces tarés barbus... Ben voyons! Et tu penses vraiment que ça resolverait quoi que ce soit, et qu'ils resteraient sagement dans "leur"pays? Tu vis sur quelle planète??

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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