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Comment la criminologie a bouleversé le rapport aux victimes

Qu’est-ce que la criminologie ? Cet ABC répond pour la première fois de façon exhaustive et critique à cette question en offrant un panorama sans précédent de cette discipline en plein développement en France. Un guide dans lequel Alain Bauer livre les clés de cet univers dont il est l’un des pionniers. Extrait de "ABC de la criminologie", d'Alain Bauer, aux éditions du Cerf

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Comment la criminologie a bouleversé le rapport aux victimes

Les attaques qui ont visé la création de cette nouvelle section de criminologie furent nombreuses. Si « la contestation même d’une science est la condition de son renouvellement », à de rares exceptions près, elle participe présentement d’un excessif sens commun, affligeant, et demeure, presque toujours, d’un réductionnisme illégitime. Invoquer l’idéologie sécuritaire, se livrer parfois à des mises en cause ad hominem, s’inquiéter de l’instrumentalisation de l’Université, enlève toute pertinence aux propos qui nient la science.

Sauf à considérer qu’une discipline scientifique, autonome ou non, appartient forcément à un courant de pensée politique, quelle que soit la dimension universelle de son champ d’application.

Ce qu’une société peut attendre de la criminologie est une attention concrète, humaine, restaurative et thérapeutique, autant que scientifiquement éclairée et concrète, pour les souffrances endurées par les victimes d’infractions. Il est d’usage chez ceux qui appartiennent à certains courants de pensée, d’être très mal à l’aise avec les victimes, dès lors qu’ils se focalisent –  comme nous le faisons aussi  – sur les auteurs. Les victimes sont de la sorte perçues comme représentant autant d’obstacles quant à l’attention portée aux délinquants. Cela signifierait-­il qu’ils ne parviennent pas à ressentir une empathie égale pour les délinquants et pour les victimes ou qu’au contraire c’est parce qu’elles dérangent le procès pénal dans ses règles actuelles ?

Rappelons que les premiers criminologues eux-­mêmes, certes de manière incidente, ont attiré l’attention, dans leurs travaux, sur l’inévitable prise en considération de la victime dans la réponse pénale à l’acte criminel. Ainsi, parmi les fondateurs de la criminologie, Enrico Ferri a soutenu la nécessité d’appliquer la peine, entre autres objectifs, à la réparation du dommage de ceux qui ont souffert de l’acte criminel.

Ces perspectives amenaient la Conférence nationale de criminologie à proposer : « la criminologie est “l’étude scientifique du phénomène criminel et des réponses que la société apporte ou pourrait apporter”, prenant en compte les inadaptations, déviances et infractions pénales. Un triple objectif est circonscrit : la prévention, la répression, le traitement. Un contexte est donné en perspective  : les politiques publiques mises en œuvre. Chacun des objectifs donne à entendre un contenu et un axe propres : prévenir, que ce soit de façon primaire, secondaire ou tertiaire ; réprimer, au sens d’identifier et de caractériser, d’arrêter l’infracteur et les conséquences du crime (les aspects processuels, les expertises médico-légales et psychiatriques ou psychologiques, les alternatives aux poursuites) ; traiter au sens des droits des parties, de l’aide aux victimes, de resocialisation ou de réhabilitation, de réponses restauratives, de réparation, de médiation. Pour cela il faut des acteurs confirmés et spécialisés, “labellisés” ».

Plus de 120 ans après Durkheim, 60  ans après le Congrès de Paris, alors que la criminologie s’enseigne désormais aussi en France, officiellement dans le seul Conservatoire National des Arts et Métiers, elle devient une espèce en voie d’apparition. Elle n’a plus besoin de justification scientifique. Ni de reconnaissance par la réalité. Mais de la mobilisation de la société.

Extrait de ABC de la criminologie, d'Alain Bauer, aux éditions du Cerf, 10 novembre 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici

 
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Alain Bauer

Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, New York et Shanghai.

Il est notamment l'auteur de Les polices en France (Puf, 2010), Les politiques publiques de sécurité (Puf, 2011), Dernières nouvelles du crime (Cnrs, 2013) et Le terrorisme pour les Nuls" coécrit avec Christophe Soullez (First, 2014).

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