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Comment les conflits font fleurir le business de la mendicité (et pourquoi on ne sait plus toujours à qui donner)

Si certains mendiants s’organisent pour se répartir les quartiers à couvrir, ceux appartenant à un réseau criminel ne seraient que minoritaires. Et face à l'exploitation des enfants pour apitoyer les passants, les forces de l'ordre fermeraient les yeux, faute de moyens.

Exploitation de la misère

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Comment les conflits font fleurir le business de la mendicité (et pourquoi on ne sait plus toujours à qui donner)

Atlantico : A t-on une idée du nombre de mendiants à Paris ? Est-il en augmentation ?

Julien Damon : Non. Il est impossible d’avoir une idée précise du nombre de mendiants. D’une part, c’est une population très fluctuante, d’autre part il n’y a pas de caractérisation juridique de la mendicité (qui, soit dit en passant, n’est plus un délit depuis 1994, à moins d’être exercée avec agressivité). Mais il faudrait être aveugle pour ne pas observer dans de nombreuses rues, pour ne pas dire à chaque coin de rue, un nombre croissant, depuis quelques années, de personnes faisant la manche. Et souvent avec des enfants, parfois eux-mêmes très jeunes, ce qui n’est pas seulement choquant et inacceptable, mais totalement interdit.

L’incitation des mineurs à la mendicité et l’utilisation d’enfants les mettant en danger sont, en théorie, très lourdement condamnés par la loi.

Nicolas Clément : Il n’y aucun chiffre là-dessus. Néanmoins, nous pouvons avoir l’impression d’en voir beaucoup, car les personnes qui mendient font en sorte de s’installer dans des endroits avec beaucoup de passage. Par exemple, ils auront tendance à se mettre à la sortie de boulangerie, de supérette ou à côté de distributeur. Leur nombre peut varier aussi en fonction des saisons. Ils fonctionnent par vague, sans que nous sachions vraiment ce qui peut motiver ces flux. 

Quel crédit accorder aux discours selon lesquels une proportion considérable des personnes qui mendient dans la rue serait liée à des réseaux criminels et contrainte de leur redonner l'argent récolté ? Est-ce un mythe ou une réalité ? 

Julien Damon : "Une proportion considérable" me semble très exagéré. Une proportion, disons, importante me semblerait plus juste. Encore une fois nous n’avons pas idée des volumes, donc on ne peut pas avoir d’informations précises sur les proportions. En tout état de cause il n’y a pas là un mythe, mais une réalité faite de cas très lourds, de traite d’êtres humains. De fait c’est au juge, informé et saisi par les services de police, de prendre des décisions. Certaines sont parfois prises, avec démantèlement retentissant de réseaux mafieux. Je pense, pour ma part, que la plupart des gens conduits, individuellement, à tendre la main, à poser un gobelet par terre, ou à déclamer leur misère dans le métro, ne sont pas intégrés à des réseaux criminels. Ils doivent cependant composer avec ces réseaux et souvent lutter, sans que ceci soit forcément féroce, pour des places et des lieux. Je pense aussi que la police et les travailleurs sociaux ne sont pas assez durs et pas assez systématiques face aux réseaux, en particulier dans les cas d’enfants utilisés pour faire pitié. 

Nicolas Clément : Il est évident que toute misère engendre des dérives. Il est ainsi certain que des bandes existent. Mais peu. Les médias auront tendance à exagérer de manière outrancière le nombre qu’elles représentent. Cependant, tout dépend de la définition que nous donnons à la "bande" et si nous considérons que cette dernière est forcement criminelle. Par exemple, dans le cadre des tournées de rue auxquelles je participe, nous rencontrons de nombreuses familles roms. Il est vrai que peu d’entre elles travaillent à leur compte. Souvent, les Roms travaillent en famille au sens large. Cela peut ainsi rassembler près de 25 personnes qui s’organisent dans certains quartiers pour faire la manche. Il s’agit d’un business familial, avec parfois un dominant dans la bande. Pour autant, peut-on vraiment parler de réseaux criminels ?

Peut-on mesurer quelle part des mendiants sont réellement sous la coupe de ces réseaux ? Que sait-on de leurs origines ? (Roms, Europe de l'est ..?)

Julien Damon : Deux mots. D’abord, je répète que l’on ne sait pas ce que sont ces proportions et, d’ailleurs, il n’est peut-être pas intéressant de le savoir. Ensuite, les forces de l’ordre sont informées de l’existence des réseaux. Il existe d’ailleurs un office central de lutte contre la délinquance itinérante (sic) très solide, dirigé par un colonel de gendarmerie. Pour les cas les plus durs (et ils sont très durs), la force peut être mobilisée. Pour d’autres cas, moins visiblement organisés, moins denses, il y a manque de moyens et de volonté. Je pense que le sujet essentiel est celui des enfants, utilisés par des gens – parents ou non – qui les exploitent de façon ignoble. Le droit français est, en théorie, intraitable. Pour punir ces oppresseurs et protéger ces enfants. Qu’ils soient Roms, chinois, français ou péruviens, ne change rien ou, plutôt, ne devrait rien changer.

Nicolas Clément : Il y a quelques années, nous avons entendu parler du réseau Hamidovic qui sévissait sur la ligne 1 du métro. Il envoyait des jeunes filles mineurs pour voler. A l’époque, elles représentaient une centaine de filles - sur environ 6 000 enfants de cette communauté à Paris. Cela reste donc extrêmement marginal.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 27/02/2016 - 09:30 - Signaler un abus Article larmoyant sans aucun intérêt!

    "On ne sait pas", "on ne comprend pas", "on n'est jamais certains de rien!", "la mendicité c'est terrible!"...pourquoi laisser rédiger des articles par ceux qui n'ont pas le courage de parler, peut-être parcequ' ils sont partie intégrante du business de la pauvreté'? Mais "je ne sais pas si c'est vrai..."

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Julien Damon

Julien Damon est professeur associé à Sciences Po, enseignant à HEC et chroniqueur au Échos

Fondateur de la société de conseil Eclairs, il a publié, récemment, Les familles recomposées (PUF, 2012), Intérêt Général : que peut l’entreprise ? (Les Belles Lettres),  Les classes moyennes (PUF, 2013)

Il a aussi publié en 2010 Eliminer la pauvreté (PUF).

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Nicolas Clément

Bénévole au Secours catholique auprès des sans-abri depuis 1993, il a aussi dirigé Emmaüs Solidarité et l’Uniopss. En 2014, il prend la direction de l'association Un Ballon pour l'Insertion. Depuis 2015, il est également président du Collectif des Morts de la Rue. Il est l'auteur du libre "Une soirée et une nuit presque ordinaire" en novembre 2015 aux éditions du cerf.

 

 

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