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Comment la Chine est devenu l’acteur clé du marché du pétrole

La Chine serait désormais le premier importateur mondial de pétrole, devant les États-Unis.

Pékin dans le baril

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Comment la Chine est devenu l’acteur clé du marché du pétrole

Atlantico : Selon les données les plus récentes, la Chine serait désormais le premier importateur mondial de pétrole, devant les États-Unis. Dans quelle mesure l'évolution de la conjoncture chinoise est-elle déterminante pour le marché pétrolier ? Quelles sont les conséquences d'un tel "bouleversement" sur le marché ?

Stephan Silvestre : Cette position est la résultante de plusieurs tendances, pas toutes concordantes. La première est l’augmentation régulière de la production américaine de pétrole de schiste qui a entraîné la chute des importations des USA. La seconde est la croissance continue de la consommation chinoise. Il faut toutefois nuancer ces deux tendances : après avoir baissé entre 2008 et 2012, la consommation américaine est repartie en hausse légère depuis 2013, frôlant les 20 millions de barils par jour ; quant à la consommation chinoise, elle est restée orientée à la hausse, mais moins rapide depuis 2013 (près de 12 millions de barils par jour).

Les efforts de ces deux pays pour modérer leur consommation devraient conduire à une stagnation dans les prochaines années. Mais la production chinoise étant assez limitée (à peine 4,3 millions de barils par jour), il est certain que les pays producteurs continueront de se tourner davantage vers ce marché, d’autant plus que le marché européen est déjà déclinant. Dans un contexte où l’offre reste toujours très abondante, le prix du pétrole aura du mal à remonter à des niveaux élevés.

Tout au long de ces dernières décennies, les États-Unis ont suivi de très près les zones de production pétrolière, notamment au Moyen-Orient. En quoi le remplacement des États-Unis par la Chine, comme premier client mondial change-t-il la donne ? Quelle est l'approche chinoise par rapport aux pays producteurs ?

Cela fait déjà plusieurs années que l’Asie est devenue la première destination de la production du Golfe persique. Aujourd’hui plus des 3/4 des 20 millions de barils qui quittent le Golfe chaque jour partent vers l’Asie (Japon, Chine, Inde, Corée et les autres pays). De fait, les USA et l’Europe ne sont plus la priorité de ces producteurs. L’un des aspects de ce changement est le regard beaucoup plus distant de ces clients sur les équilibres géopolitiques de cette région. D’une part parce qu’ils ne sont pas impliqués par leur passé politique dans cette région, et d’autre part parce qu’ils ne s’émeuvent guère de la nature des régimes au pouvoir. Contrairement à l’Occident la Chine n’a que faire de la couleur du gouvernement pour peu qu’il lui garantisse ses livraisons, comme on a pu le voir au Soudan, par exemple. Ce qui préoccupe davantage Pékin, c’est la continuité des routes maritimes. En effet, la route entre le Golfe et la côte chinoise est jalonnée d’embûches : le détroit d’Ormuz, toujours sous tension, la mer d’Arabie, toujours quadrillée par les pirates somaliens, le détroit de Malacca, lui aussi grand spot de la piraterie et enfin la mer de Chine, à la sûreté aléatoire. Or, la Chine ne dispose pas de la même couverture militaire navale que les États-Unis et n’est pas en mesure d’assurer la sécurité du fret sur tout ce parcours. C’est l’une des principales raisons qui ont poussé Pékin à développer son projet de nouvelle Route de la Soie, reliant l’Empire du Milieu à l’Europe par la terre, même si cela concerne encore peu le pétrole.

Quelles sont les conséquences pour l'Europe de ce changement de tendance ? En quoi le mouvement des États-Unis vers la Chine peut-il modifier les rapports entre pays européens et pays producteurs de pétrole ?

Pour l’Europe, ce mouvement n’est qu’une nouvelle manifestation de sa perte d’influence sur la scène mondiale. L’Europe ne représente plus que 10% des exportations du Golfe persique. Les relations commerciales, diplomatiques et militaires sont de plus en plus développées entre pays émergeant et ceux-ci se désintéressent de plus en plus des positions occidentales, surtout lorsqu’elles sont empreintes de considérations moralisatrices, même si ces dernières nous apparaissent bien légitimes. Il va falloir nous accoutumer à un monde dans lequel nous ne sommes plus qu’une voix parmi d’autres.

 
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  • Par moneo - 02/07/2017 - 11:03 - Signaler un abus on s'en fout

    nous on a Hulot et les verts donc assez de ce combustible nocif pour la planète nous on aura du vent et du soleil et..des nanas ladiradada

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 02/07/2017 - 11:29 - Signaler un abus C'est bien pépère de

    C'est bien pépère de redécouvrir le "fil à couper le beurre" ...... Mais il y a surtout des négociations qui vous échappent ....car si les USA ont choisi l'Arabie saoudite contre l'Iran et le Qatar c'est uniquement pour faire remonter le prix du brut et rendre le gaz de schiste made in usa compétitif........ et c'est pour cela que les américains en vendent au lieu d'en acheter..... Quand à l'Europe, moins elle dépendra des émirats mieux elle se portera..... Et c'est pour cela qu'il ne reste que la chine, mais plus pour très longtemps, avant que les bedoins qui nous font chier depuis 1974 ne retrouvent leurs chameaux et le sable de leur désert

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 02/07/2017 - 14:48 - Signaler un abus Acteur clef..... Mon cul !

    En résumé la Chine est devenue l'acteur n•1, uniquement parceque les américains l'ont bien voulu...!

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Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.

Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de Gaz naturel : la nouvelle donne ?(2016, PUF).

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