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Comment nous avons sous-estimé l’importance des forces d’Al Qaida

Selon un rapport d'experts de l'ONU, les deux organisations que sont l'Etat Islamique et Al Qaida conserveraient d'importantes capacités d'action.

Terrorisme

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Comment nous avons sous-estimé l’importance des forces d’Al Qaida

Atlantico : Alors que l'attention médiatique, mais également des gouvernements, semble s'être focalisée sur l'Etat Islamique au cours de ces derniers mois et dernières années, n'a-t-on pas sous-estimé la menace que représentait Al-Qaida ?

Alain Rodier : La menace représentée par Al-Qaida « canal historique » n’est pas citée par les autorités françaises mais elle reste bien connue dans la mesure où c’est cette organisation que l’armée française combat directement au Sahel. Plus exactement, la branche sahélienne d’Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) s’est alliée à plusieurs autres mouvements rebelles au sein d’une alliance baptisée le « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans » (GSIM). L’émir de cette coalition est Iyad Ghali, chef historique du mouvement Ansar Dine.

Les katibas Macina et al-Mourabitoune sont les deux autres formations membres de cette coalition. Menant de nombreuses actions offensives depuis sa création, il est vraisemblable que le GSIM soit à l'origine de l'attaque du restaurant Aziz Istanbul à Ouagadoudou (Burkina Faso) dans la nuit du 13 au 14 août. Le précédent dans la même ville remonte au 15 janvier 2016 (30 morts, 56 blessés) avait été revendiqué par Al-Qaida et al-Mourabitoune.

Hiérarchiquement, le GSIM reconnaît comme émir Abdelmalek Droukdel, le chef d’AQMI et bien sûr au-dessus de lui Ayman al Zawahiri, le leader d’Al-Qaida. A noter qu'idéologiquement et religieusement, ils font tous allégeance à Haibatullah Akhundzada, l’émir des talibans afghans.

Al-Zawahiri diffuse assez régulièrement des messages appelant au djihad mondial ce qui montre que son objectif d’établissement à terme d’un califat mondial est toujours d'actualité. Il appelle aussi ses partisans à commettre des attentats mais avec une différence avec Daech: il place en cible numéro un les Américains, une fixation depuis les attentats du 11 septembre 2001! Le dernier numéro de la revue de propagande Inspire (n°17) développe la méthodologie pour s'attaquer aux réseaux ferrés...

La deuxième différence fondamentale est qu’Al-Qaida accepte de nouer des alliances avec d’autres groupes rebelles n’exigeant pas leur allégeance. Parfois cette organisation se bat aussi sous un autre pavillon. Ainsi en Syrie, elle utilise celui de l’« Organisation de libération du Levant » (Hayat.Tahrir al-Sham -HTS-) qui tient la province d’Idlib au nord-ouest du pays d’où elle a chassé le Ahrar el-Cham, le mouvement islamique rebelle le plus important après Daech.

Afrique de l'Ouest, Afrique de l'Est, Yémen, Al-Qaida se maintient sur de nombreux territoires. Comment l'organisation a-t'elle évolué au fil des années ? L'organisation dispose-t-elle encore des moyens pour perpétrer des attentats comme ceux que le monde occidental a connu dans les années 2000 ?

Globalement, l’organisation Al-Qaida a son commandement en zone Afpak (Afghanistan-Pakistan) où elle a le soutien des taliban (pour les puristes: "un" taleb; "des" taliban sans "s"). Elle a ouvert une branche spécifique dite « Al-Qaida dans le sous-continent Indien » qui couvre l’Inde et le Bangladesh. Les autres branches sont AQMI (Sahel), les Shebabs en Somalie, le califat du Caucase (appellation partagée par Daech), Al-Qaida dans la péninsule arabique (AQPA) surtout présent au Yémen et de nombreuses katibas qui parfois changent de nom.

 
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  • Par assougoudrel - 14/08/2017 - 10:59 - Signaler un abus Dites-nous ce que nos gouvernants

    n'ont pas sous-estimé, car ce sera plus simple à énumérer.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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