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Comment l’agriculture urbaine est en train de réussir son pari improbable de devenir rentable

Bien que n'étant pas encore reconnue comme une forme d'agriculture en tant que telle, l'agriculture urbaine connaît un certain succès depuis plusieurs années, soutenue par une forte demande dans les villes françaises.

Ça pour une surprise...!

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Comment l’agriculture urbaine est en train de réussir son pari improbable de devenir rentable

L'agriculture urbaine connaît un certain succès depuis plusieurs années. Crédit Reuters

Atlantico : L’agriculture urbaine est-elle un phénomène nouveau et en croissance ?

Christine Aubry : C’est une agriculture située dans la ville ou dans sa périphérie mais en lien fonctionnel fort avec la ville, notamment à travers ses produits. En suivant, cette définition, il existe déjà des types d’agriculture urbaine, qui sont rentables et fonctionnent sur des business models tout à fait classiques. Il s’agit, en particulier dans nos pays industrialisés, de tous les phénomènes de maraîchages péri-urbains, en particulier en circuit court. Aujourd’hui, une bonne partie des villes françaises ont d’ailleurs peu ou prou ce qui ressemble à une ceinture verte maraichère.
Et ce phénomène, qui existe depuis plusieurs décennies, est en croissance et se diversifie.
 

Toutes les formes d’agriculture urbaine sont-elles commercialement rentables ?

On observe désormais des formes plus émergentes d’agriculture intra-urbaine dans nos contrées, soit en plein sol, lorsque les villes sont suffisamment denses, comme dans les métropoles nord-américaines par exemple. Là encore, il s’agit de systèmes économiques de vente maraichère, le plus souvent en circuit court.
 
L’autre forme d’agriculture intra urbaine concerne les espaces bâtis, qui sont aujourd’hui un peu en ligne de mire, c’est-à-dire la colonisation du bâti urbain par des formes agricoles. Dans cette catégorie, on distingue les formes commerciales, essentiellement sous serres hydroponiques, et les formes de récupération de friches industrielles, pour y développer de l’agriculture. Si ces techniques ne sont pas nouvelles, elles permettent de récupérer chaleur et déchets urbains.
 
Enfin, il existe une troisième forme d’agriculture urbaine, qui elle, en revanche, n’est pas prioritairement orientée vers la vente de produits, et qui fonde donc son modèle économique plutôt sur une multifonctionnalité. Par exemple, on voit de plus en plus, surtout en région parisienne, des projets qui mixtent une petite partie productive, comme une vente en AMAP (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne), mais aussi et surtout, des services rémunérés, du type accueil pédagogique, insertion sociale ou même liés à la biodiversité.
 

La faible distance entre producteurs et consommateurs permet-elle de réduire les coûts ?

Oui, en théorie. C’est bien pour cela que, y compris chez les maraichers péri-urbains, ce sont plutôt ceux qui sont en circuit court et diversifiés qui survivent. Mais ce n’est pas forcément toujours le cas, en particulier en ce qui concerne les consommations d’énergies rapportées au kilo de matière produite. Des chercheurs allemands ont notamment pu montrer que, dans certains circuits courts, on arrivait à dépenser autant, voire plus d’énergie fossile que dans les circuits longs parce que la logique des circuits longs et de la grande distribution sont depuis très longtemps organisées, précisément pour limiter ces coûts-là. Alors que les circuits courts, pour partie d’entre eux, sont encore assez artisanaux. Le problème aujourd’hui est donc bien de réduire ces coûts énergétiques qui sont des coûts financiers. L’intérêt de faire de la culture hors-sol, ou hydroponie, en ville, bien que cela n'ait pas été encore totalement démontré, sauf peut-être au Canada, réside hypothétiquement dans la possibilité de produire d'autres produits, notamment des variétés plus anciennes, qui ne supportent pas le transport.
 
 
Commentaires

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  • Par yeneralobregone - 02/09/2014 - 20:56 - Signaler un abus l'agriculture urbaine

    n'est pas une nouveauté: au 19ième siècle, avant l'arrivée du train, qui permit de faire venir rapidement des zones de production traditionnelles, comme le val de loire, les fruits que convoitaient les parisiens, la banlieue abritait de nombreux vergers qui utilisait le sud des murs comme microclimat ensoleillé. à cette époque, le maraichage était très développé dans la ceinture des villes... il faut savoir que la culture hydroponique n'est pas du tout la mème que l'agriculture de plein champ : elle existe déja , il s'agit des tomates et concombre que les français achettent en hiver et qui viennent généralement de holland ... ce type de produit à très mauvaise réputation, pas de gout, artificiel, voire risqué pour la santé, c'est l'antithèse de l'agriculture biologique, il vaut mieux faire venir des mangues du pérou par avion que de manger ça ... la " nouvelle " agriculture urbaine, est surtout un concept de bobo, qui ont progressivement abandonné leur lubbies de retours à la terre qu'ils ont ( mal ) expérimenté à l'époque des hippies...

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Christine Aubry

Christine Aubry est agronome à l'AgroParisTech-INRA et spécialiste des agricultures urbaines et péri-urbaines.
 

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