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Clémentine Autain, Danièle Obono : 2 manières de s’écarter de la ligne et 2 traitements différents qui en disent long sur la France insoumise

La députée Insoumise Clémentine Autain a donné une interview au magazine Politis, qui lui vaut une volée de bois vert de la part de ses amis, comme le raconte Le Monde. Elle propose en effet un dialogue avec le parti communiste, où elle laisse entendre la faible inclination de Jean-Luc Mélenchon pour le pluralisme d’opinion. So parti l’a même effacée d’une photo officielle… une rudesse très stalinienne qui tranche avec l’indulgence de Mélechon pour les écarts indigénistes de Danièle Obono.

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Clémentine Autain, Danièle Obono : 2 manières de s’écarter de la ligne et 2 traitements différents qui en disent long sur la France insoumise
La France Insoumise préfère-t-elle les indigènes et autres pourfendeurs de l’identité française à nos bons vieux communistes ? L’affaire de l’interview donnée par Clémentine Autain au magazine Politis en dit long sur les tropismes politiques de Mélenchon et de ses adeptes, en tout cas.
 

Un appel au pluralisme

Dans son interview, Clémentine Autain prend bien garde de ne pas attaquer Mélenchon frontalement, et fait même beaucoup pour ménager sa susceptibilité. Elle soutient par exemple qu’il a donné un sens au mot « gauche » dans la France d’aujourd’hui.
On trouvera pire, donc, en matière de fronde interne. 
 
Mais il est vrai qu’elle exprime des « nuances » par rapport au gourou. Elle préconise en particulier d’ouvrir un dialogue avec le parti communiste sans « humilier ou mépriser ». Elle fait aussi l’éloge du pluralisme politique. Là encore, il ne s’agit pas d’invoquer l’ouverture de la France Insoumise à des opinions divergentes, mais simplement de tolérer de relatives divergences politiques dans le monde de plus en plus restreint de la gauche de la gauche. 
 

L’inquiétante sur-réaction des Insoumis

Il n’en fallait pas plus, selon Le Monde, pour nourrir un feu roulant de critiques vis-à-vis de cette figure qui avait, en son temps, fait alliance avec Bertrand Delanoë pour gravir les premiers échelons de sa carrière. L’appel de Clémentine Autain à une évolution de la stratégie mélenchonienne est vécu comme une véritable dissidence qui pourrait contribuer à la marginalisation grandissante de la députée de Seine-Saint-Denis. 
 
En particulier, les députés insoumis à l’Assemblée Nationale auraient très mal pris cette expression publique qui laisse apparaître une divergence d’appréciation avec Jean-Luc Mélenchon. On a beau être pour la Révolution prolétarienne, le chef, c’est sacré. 
 

Le syndrome de la forteresse assiégée

Sur le fond, on comprend les raisons de l’inquiétude exprimée par Clémentine Autain. Après un été triomphant où les éclats des députés insoumis leur ont permis d’apparaître comme la principale force d’opposition, le mouvement de Mélenchon subit le retour à la normale du paysage politique. L’élection de Laurent Wauquiez à la tête des Républicains remet peu à peu la droite en position d’intervenir dans le débat public. Et aucun des mouvements sociaux contre Macron promis par Mélenchon n’a vu le jour. Pire même, tout semble indiquer que le gouvernement passera en force sur des sujets brûlants comme la SNCF, et rien ne prouve qu’il se heurtera à une résistance populaire. 
 
Clémentine Autain a donc bien compris le danger qui la guette. Ni totalement insoumise par son passé politique, ni plus tout à fait communiste, elle pourrait payer très cher les ambiguïtés de son engagement en cas de contre-performance (prévisible) de son parti aux prochaines municipales. A la différence de beaucoup de ses camarades insoumis, sa situation deviendrait alors compliquée, faute d’avoir bâti une vie professionnelle en dehors de la politique. 
Clémentine Autain fait donc partie de ce personnel politique qui a besoin vital de rassembler pour assurer au mieux ses arrières. Voilà qui n’est guère compatible avec la logique de forteresse assiégée que Mélenchon maintient vivante pour tenir son parti d’une main de fer. 
 

Autain – Obono, deux poids deux mesures

La réaction virulente contre Clémentine Autain tranche avec l’aide qu’une autre députée insoumise avait reçue du gourou. Danièle Obono avait subi une tempête, lors de son élection, pour ses affinités avec le Parti des Indigènes de la République. Mélenchon avait alors publiquement apporté son soutien à sa consoeur en difficulté. 
 
La différence de traitement entre ces deux députées insoumises, au-delà du caractère personnel du conflit, en dit long sur le déplacement des plaques tectoniques à la gauche de la gauche. Même si Mélenchon n’hésite pas à revendiquer l’héritage marxiste-léniniste à l’Assemblée Nationale, on voit combien celui-ci est progressivement passé au second plan au profit d’une vision ethnique de la société. 
 
Le poids de l’électorat issu de l’immigration dans le fonctionnement de la France Insoumise n’y est pas pour rien. Clémentine Autain, élue en Seine-Saint-Denis, le sait elle-même. Il est plus facile de dégager une majorité, dans certains quartiers, en dénonçant le colonialisme et l’islamophobie française qu’en annonçant la dictature du prolétariat. 
 
C’est probablement l’enseignement principal à retenir de cet épisode anecdotique. La base sociologique de la France Insoumise s’intéresse moins à Marx qu’à la lutte identitaire. Et Mélenchon est prêt à sacrifier beaucoup au tribalisme qu’au marxisme. 
 
 
Commentaires

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  • Par vangog - 23/02/2018 - 08:54 - Signaler un abus La photo effacée...

    comme dans les très vieilles dictatures socialistes, les visages des hérétiques à la doxa socialiste étaient gommés...en réalité, ils avaient simplement appliqué le socialisme à la lettre, aboutissant à un échec prévisible...mais le socialisme ne peut faillir! alors, pendant un siècle, des cretins ont gommés d’autres cretins...même punition pour C.Autain

  • Par Deudeuche - 23/02/2018 - 09:18 - Signaler un abus Islamo-gauchisme

    De moins en moins gauchiste et donc....anti koufars ! Normal on ne peut pas être Halal-haram et le gauchisme c’est haram!

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 23/02/2018 - 22:34 - Signaler un abus Pas fou Mélanchouille, il

    Pas fou Mélanchouille, il sait par qui il a été élu à Marseille, et par qui ses potes ont été élus dans le 9.3 . Il sait aussi qu'il n'y a aucune nécessité à flatter le PC dont une grande partie de l'électorat est passé au FN, le reste viendra naturellement chez lui ! Son problème dans les années qui viennent tient plus à l'émergence d'un parti des démocrates musulmans qui lui fera concurrence et l'assèchera.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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