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Clause Molière : et si l’on parlait plutôt de préférence locale ?

Alors que l'Union européenne elle-même préconise une révision de la directive sur les travailleurs détachés, le débat s'intensifie en France au sujet de la "clause Molière".

Débat

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Clause Molière : et si l’on parlait plutôt de préférence locale ?

La préférence nationale reste un gros mot. Mais le patriotisme économique d’Arnaud Montebourg fait de plus en plus d’adeptes, un patriotisme économique qui prend aujourd’hui la forme de la "clause Molière" mise en place par Laurent Wauquiez dans les appels d’offre de sa région. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : l’obligation faite au personnel des chantiers publics de parler français a pour évident objet de donner un coup de pouce à l’emploi local.

Et pourtant, assez bizarrement, elle provoque une levée de boucliers parmi les syndicats. Il est en effet surprenant que ceux qui se disent les défenseurs des ouvriers n’applaudissent pas à une mesure qui vise à protéger les salariés français contre la concurrence déloyale d’une main d’œuvre à bas coût, autrement dit à empêcher les employeurs de se livrer à une sous-enchère qui tire l’ensemble des salaires à la baisse, à lutter aussi, au moins par ricochet, contre l’exploitation des travailleurs étrangers sur les chantiers français.

Qu’elle ait un petit côté protectionniste n’enlève rien à ses vertus sociales.

Ces indignations qui se multiplient sont d’autant plus malvenues que l’Union européenne elle-même admet que la directive sur les travailleurs détachés doit être revue, et que sa réforme est en cours de négociation.

Les vertus du principe de proximité

Mieux vaudrait s’interroger sur la pertinence de l’objectif recherché et se demander s’il est anormal qu’un président de conseil régional cherche à développer l’emploi sur son territoire. N’est-ce pas justement dans les compétences de la collectivité territoriale qu’il dirige ? N’est-il donc pas de son devoir de le faire ? N’en est-il pas de même à l’échelle départementale, communale ou intercommunale ? Et, question subsidiaire, est-il admissible qu’il faille, pour y parvenir, utiliser des moyens détournés ?

L’emploi, d’ailleurs, n’est pas seul en cause en cette affaire. Qu’on me permette de citer un exemple personnel pour le faire comprendre. L’an passé, dans la petite commune d’un millier d’habitants où je passe mes loisirs d’été, il a fallu complètement reprendre le réseau d’adduction d’eau. Le chantier a été confié à une entreprise du canton. Eh bien, je n’en ai jamais vu d’aussi bien conduit au profit des habitants. Le conducteur des travaux, demeurant sur place, connaissait parfaitement les lieux, était disponible instantanément pour programmer ses interventions avec chaque propriétaire, avait à cœur d’obtenir le meilleur résultat avec le minimum de dégâts, était d’autant plus prévenant qu’il s’adressait à ses proches concitoyens.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 20/03/2017 - 08:07 - Signaler un abus "Je veux faire du patriotisme économique!"

    contrairement à ce qu'affirme cet article, cette phrase est celle prononcée par Marine Le Pen, dans le cadre du Salon des Entrepreneurs 2017 à Paris (Palais des Congrès). Arnaud Montebourg n'est pas candidat à la Présidentielle, j'espère qu'Atlantico l'aura noté...

  • Par vangog - 20/03/2017 - 08:17 - Signaler un abus "Une directive allant dans le sens du patriotisme

    économique"??????...il faut être un peu con-con pour vouloir faire pondre un œuf carré par l'UE. Et si on allait plutôt dans le sens de la liberté?...pas de directive europeiste du tout? Laisser faire et décider les élus locaux en toute liberté... Ça serait quand même plus intelligent, non? ah oui, mais la liberté fait peur aux europeistes...alors, "directive!" Na!...

  • Par Jean-Benoist - 20/03/2017 - 09:29 - Signaler un abus Bravo Wauquiez et tous ceux

    Qui veulent defendre notre langue au nom de l'assimilation, la sécurité et la richesse de la langue française. .. Quand on entend sur les chaines des "punch line, befire, after etc...titres des émissions, on se demande le role du Csa, du ministère de la culture, entités chargées de proteger ET promouvoir cette langue..

  • Par ikaris - 20/03/2017 - 11:53 - Signaler un abus Molière contre La sainte alliance

    des syndicats, de la bienpensance .... et de la "grande entreprise" grand consommatrice de main d'oeuvre et de sous traitance importée de tous les pays. Le plus honteux c'est encore d'entendre tous les gauchos "idiots utiles" se lever contre toute "préférence nationale" déguisée ... pour se faire instrumentaliser de la sorte il faut aligner plusieurs erreurs de raisonnement énorme qui les disqualifient d'entrée sur n'importe quel sujet : 1) penser que notre pays à une vocation universelle à attirer la misère du monde et à l'apaiser à coup de revenu universel 2) ne pas faire le lien entre emploi national (un peu) abrité de la concurrence étrangère et bien être des citoyens 3) continuer à penser que les immigrés qui ont la nationalité sont exclu de la préférence nationale. Quand on est journaliste de Libération on semble avoir une immense solidarité avec les populations au chômage qui habitent à 10km à vol d'oiseau de chez soit (par contre on ne veut surtout pas travailler ni habiter dans le 9-3) ... mais par contre on en a aucune avec les travailleurs des chantiers qui se font concurrencer par de la main d'oeuvre étrangère ce qui alimente le moins disant salarial et le chomage

  • Par lasenorita - 20/03/2017 - 14:30 - Signaler un abus Les immigrés..

    Au siècle passé, les immigrés européens(qui venaient travailler en France) cherchaient à apprendre la ''langue de Molière'' le plus rapidement possible! A l'école: tous les élèves s'efforçaient de bien apprendre ''le français'' mais, actuellement, ce sont les ''vrais'' Français qui doivent apprendre la langue des nouveaux arrivants et s'adapter à leurs coutumes!.. Les enfants d'immigrés européens aiment la France et les Français.. et ils sont fiers d'être ''Français''!

  • Par Anguerrand - 20/03/2017 - 14:50 - Signaler un abus L'apprentissage du francais peut être vital

    sur les chantiers en particulier, ou un ordre non compris peut compromettre la sécurité des ouvriers. De plus le chef de chantier et l'entreprise, peuvent être rendu responsables. Problème la majorité des chômeurs français ne veut pas faire ce type de travail trop fatigant !

  • Par 2bout - 20/03/2017 - 15:17 - Signaler un abus Vomir sur ceux qui impose la clause Molière …

    où ils le peuvent pour faire face aux dangers que représentent à terme cette directive européenne est aussi absurde que de défendre les ingénieurs employés en Finlande pour Areva ou ceux de Total employés au Nigéria au détriment d'autres salariés et leurs employeurs, ceux du bâtiment.

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Francis Choisel

Ancien conseiller général des Hauts-de-Seine, Francis Choisel est historien, auteur de Comprendre le gaullisme (L’Harmattan, 2016). 

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