Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 19 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Le classement de Shanghai - mythes et réalités

Ce classement mondial des universités est l’objet de beaucoup de commentaires erronés. Voici, à l’occasion de la parution de l’édition 2018, quelques enseignements à retenir.

L'excellence de l'enseignement supérieur

Publié le
Le classement de Shanghai - mythes et réalités

 Crédit Thomas SAMSON / AFP

Depuis sa première parution, en 2003, le classement mondial des universités réalisé et publié chaque année au mois d’août par un centre de recherche basé à Shanghai et lié à l’Université Shanghai Jiao Tong, est l’objet de beaucoup de commentaires erronés. Voici, à l’occasion de la parution de l’édition 2018, quelques enseignements à en retenir. 

1. Le classement de Shanghai est méthodologiquement le plus objectif des grands classements économiques internationaux. Il se fonde essentiellement sur la production scientifique alors que d’autres classements, britanniques en particulier, incluent une part de réputation, dont le calcul est plus difficile à justifier. 
 
2.
Depuis sa création, le classement témoigne d’une stabilité fondamentale du paysage académique mondial. Rapporté à la production scientifique internationale, il conduit à placer dans les 100 meilleures universités du monde: 46 universités américaines, (50 nord-américaines si l’on ajoute les 4 canadiennes), 34 européennes (nous parlons de la Grande Europe, « de l’Atlantique à l’Oural »), 8 universités d’Extrême-Orient , 6 australiennes, 2 proche-orientales (israéliennes).  
Le monde anglophone représente 69 des 100 meilleures universités du monde. 
L’Europe, au sens historique, fournit un tiers des meilleures universités du monde. On insistera sur la relative faible performance, non seulement de la France mais aussi de l’Allemagne (seulement 4 universités dans les 100 meilleures) et, au contraire, les résultats remarquables de la Scandinavie (7 universités, 3 suédoises, 2 danoises, 1 finnoise et 1 norvégienne), de la Suisse (5), des Pays-Bas (4), de la Belgique (2). 
Enfin, on fera attention au classement extrême-oriental: trois japonaises, deux singapouriennes et seulement trois chinoises - la montée de ces dernières est spectaculaire ces dernières années mais, globalement, il faudra du temps avant que la Chine prétende faire jeu égal avec l’Europe. 
 
3. Stabilité française avec une performance qui reste décevante. Depuis quinze ans, ce sont les mêmes établissements qui figurent dans les 100 premiers: 
- la grande université scientifique Pierre et Marie Curie ( « Paris 6 », « Jussieu »), cette années à la 36è place, tout à fait stable après avoir absorbé l’université de lettres et sciences humaines Paris-Sorbonne (« Paris 4 »). Cette Sorbonne renouvelée relève fièrement la plus vieille marque universitaire française, la Sorbonne. 
- Puis vient, à quelques encablures, une autre.grande université scientifique, « Orsay », « Paris 11 »
- Enfin l’Ecole Normale Supérieure, à la 64è place, performance remarquable, qui rappelle, si besoin était, que, dans le classement de Shanghai, ce n’est pas la taille qui compte mais la puissance scientifique. 
 
4. On regrettera, dans le cas français, que les gouvernements successifs, depuis 2003, n’aient pas assez pesé pour opérer rapidement des fusions au sommet de la héiérachie scientifique française.  
- C’est seulement cette année qu’a été proposé au classement de Shanghai le consortium Paris Sciences et Lettres au coeur duquel se trouve l’Ecole Normale Supérieure. Les projections montrent que s’il était classé, cet ensemble entrerait dans les 30 premiers; mais le CRWU refuse de le classer (à la différence des classements britanniques THE et QS) tant que l’Ecole Normale Supérieure et ses prestigieux partenaires (Ecole des Mines, Ecole de Chimie de Paris, ESPCI, Ecole Pratique des Hautes Etudes, Observatoire de Paris, Institut Curie, Paris-Dauphine, Ecole des Chartes) n’auront pas présenté une gouvernance plus intégrée, compréhensible internationalement. 
- La fameuse université de Paris-Saclay, en constitution autour de Paris-Orsay, a toutes les chances de se hisser, également, parmi les trente meilleures du monde. On ne saurait qu’encourager le gouvernement français à en parachever rapidement la gouvernance, là aussi selon des standards internationaux. 
- Enfin, on attend beaucoup de la fusion à venir entre Paris-Diderot, classée parmi les 150 meilleures et Paris-Descartes, parmi les 200, qui inclura en particulier la première faculté de médecine d’Europe. 
On ne minimisera pas, bien entendu, l’impact des réformes françaises depuis une dizaine d’années: Aix-Marseille et Strasbourg ont, grâce à la fusion de leurs université, réussi à entrer dans les 150 meilleures et Grenoble dans les 200. Mais il est urgent de se donner les moyens de faire entrer ces trois universités dans les 100 meilleures du monde. Cela ne passe pas seulement par une nouvelle gouvernance; mais surtout par la concentration des moyens nécessaires, publics ou privés,sur la petite dizaine d’universités de recherche que le pays est en train de faire émerger. 
 
5. Le classement de Shanghai, tel qu’il révèle les forces et les faiblesses scientifiques dans le monde, fait douter de l’intérêt des universités européennes, aussi chères soient-elles à notre président de la République. 
- à moins qu’il s’agisse de réaliser de nouvelles universités fusionnées, transnationales, cela n’aura aucun impact sur les classements. 
- la réussite remarquable des petites nations (Danemark, Suisse, Israël, Singapour) montre bien qu’il s’agit moins de « faire taille » que d’être capable de concentrer les financements de recherche et d’éducation et de créer des écosystèmes d’innovation. Si nous voulons comprendre les clés de la réussite universitaire au XXiè siècle, il nous faut regarder vers le Technion, Nanyang Technological University ou les Ecoles Polytechniques Fédérales de Zurich et Lausanne. L’absence quasi-totale des écoles d’ingénieurs françaises d’un rapport récemment publié par le MIT sur l’avenir des écoles d’ingénieurs dans le monde est un signal d’alarme très fort pour notre pays, que l’on lit en creux, dans le calssement de Shanghai, où le MIT est 4è meilleure université au monde, l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich 19è et la TU Munich 49è, classée devant sa voisine de quartier, la Ludwig Maximilian Universität. 
N’absorbons pas trop d’énergie dans la création de conglomérats européens qui auront peu de retombées scientifiques alors qu’il faut en priorité: 
- renforcer le European Research Council et ses financements aux chercheurs, l’une des plus belles réussites de l’Union. 
- se demander comment doubler ou tripler, dans les années qui viennent, les budgets nationaux, publics et privés, consacrés à l’enseignement supérieur et à la recherche en Europe. Il y va de l’avenir de notre capacité d’innovation  et de l’affirmation de l’Europe dans la compétition économique mondiale. 
 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par vangog - 15/08/2018 - 11:02 - Signaler un abus Heureusement que les profs gauchistes de la Sorbonne...

    ont été « absorbés «  par les scientifiques de Paris 6, car les gauchistes qui ont enseigné aux khmers rouges comment lobotomiser leur peuple, n’y seraient jamais arrivé tous seuls...

  • Par gerint - 15/08/2018 - 12:32 - Signaler un abus Ce qu’il faudrait savoir

    Ce n’est pas seulement la situation de l’enseignement d’élite qui est une néssécité mais aussi le niveau moyen de formation de la population par l’enseignement de masse et son adaptation au travail moderne.

  • Par cloette - 15/08/2018 - 13:38 - Signaler un abus A gerint

    Ce que vous dites est surtout vrai pour les US .

  • Par kelenborn - 15/08/2018 - 14:37 - Signaler un abus Ah

    Encore un commentaire remarquable de Vangode! si Shanghaiï faisait un palmarès des imbéciles , Vangode aurait le prix de l'incontinence! Enfin merci Husson pour cet excellent exposé mais l'Europe elle peut pas tout faire: elle fait de l'écologie et du réchauffement climatique

  • Par Marie-E - 15/08/2018 - 14:44 - Signaler un abus en complement du tres bon article d'Edouard Husson

    voici celui d'Israel Valley qui relativise le classement par rapport aux domaines : http://www.israelvalley.com/2018/07/ledition-2018-classement-de-shanghai-paru/ ..... et la on se rend compte que la France progresse: en particulier l’université de Montpellier est classée première au monde pour ses recherches sur l’écologie (a la place de l’université d’Oxford). Les universités françaises restent bien représentées en mathématiques, avec seize établissements classés parmi les cent premiers dans le monde, dont l’université Paris-Sud (2e) et Sorbonne-Université (9e). Pour Israel peu de changements au general : le Technion (93ème place), l’Institut Weizmann (entre 101 et 150ème place), l’Université hébraïque de Jérusalem (entre 101 ème et 150ème place), l’Université de Tel Aviv (entre 151ème et 200ème place), l’Université Bar-Ilan (entre 401ème et 500ème place) et l’Université Ben Gourion du Néguev (entre 401ème et 500ème place). ....Ce palmarès est établi d’après un échantillon de plus de 4 000 universités dans le monde, évaluées principalement sur les critères : nombre d’articles publiés ou cités dans des publications académiques, Prix Nobel et Medaille Field

  • Par Liberte5 - 15/08/2018 - 17:19 - Signaler un abus Ce classement donne une idée de ce que chaque pays

    investit dans l'enseignement supérieur. La Suisse petit pays obtient des résultats remarquables , Israël également. La France aura du mal à progresser tant que le niveau scolaire sera aussi bas.Car dans une nation c'est toute la population qui doit avoir nu non niveau. Un pays ne peut pas s'en sortir avec seulement des chercheurs et des ingénieurs. Toute la chaîne doit-être au niveau pour réussir. La Suisse reste le modèle.

  • Par Liberte5 - 15/08/2018 - 17:20 - Signaler un abus Correction "qui doit avoir un bon niveau"

    Excusez moi.

  • Par Labarthe - 15/08/2018 - 17:47 - Signaler un abus Pas exact!

    Classement peu objectif! 1º Les publications sont celles retenues à partir d’indices d’impact dominés par les Universités anglo-saxonnes. Par exemple la revue trimestrielle de droit civil française avec plus de 100 ans d’existence ou la revue critique de droit immobilier espagnol tout aussi prestigieuse ne sont pas retenues dans les indices d’impact international. Les Anglo-saxons retiennent dans l’indice qui elles veulent. 2º Les Anglo saxons travaillent en équipe. Un tas de stagiaires, boursiers etc..participent à la rédaction d’une publication. Il se répartissent le travail ces « équipes » preparent dix Articles pour le même professeur américain sans que le fond soit meilleur que l’ article pondu par un professeur français solitaire. 3º Presque toujours la recherche est financée par des intérêts privés pour avoir un résultat pré défini. Le seul avantage est que ces recherches sont souvent sans limites financières, et pourtant elles sont guère meilleures que les nôtres. Et les nôtres sont beaucoup plus honnêtes. Une fois de plus au lieu de copier, l’Europe ferait mieux de créer ses propres indices, rankings et de financer brutalement les Universités européennes.

  • Par Marie-E - 15/08/2018 - 17:48 - Signaler un abus a Kelenborn

    Certes l'Europe peut pas tout faire: elle fait de l'écologie et du réchauffement climatique. Il n'empeche que l'universite de Montpellier a remplace l'universite d'Oxford au 1er rang dans le monde pour ses recherches sur l'ecologie

  • Par kelenborn - 15/08/2018 - 19:22 - Signaler un abus Labarthe

    La revue française de droit civil...ah oui..intéressant...L'arabie saoudite produit un nombre considérable de diplômés universitaires mais majoritairement en ...théologie! C'est certainement ça qui va permettre de trouver un remède contre le cancer !!!!!!!

  • Par Marie-E - 15/08/2018 - 19:44 - Signaler un abus Kelenborn

    on ne peut pas etre bon dans tous les domaines. Il faut choisir... La specialisation a du bon ... et si on n'est pas premier dans les mathematiques, et bien la recherche sur la vie amoureuse des morpions c'est peut etre l'avenir !!!! Treve de plaisanterie, je ne veux pas le crier sur les toits mais la France a une palanquee d'accords avec le Technion de Haifa : CNRS, Saclay, universite Cote d'Azur, Ecole Polytechnique .... Tant que BDS (et Mogherini ?) l'ignore, tout va bien ... Le Technion se place en 8ème position en ingénierie aérospatiale, ainsi que dans le top 50 en électricité et en automatisation.

  • Par Labarthe - 15/08/2018 - 20:06 - Signaler un abus Kelenborn

    Sans entrer dans une polémique stérile, Je parlais du droit civil car je connais, mais c’est la même chose dans toutes les matières. Par ailleurs nous sommes en plein dans une guerre entre le droit continental et le droit Anglo Saxon. Pour vous donner un petit exemple, En Chine, grâce à l’influence des civilistes français, les contrats se passent selon les règles du droit continental et non du droit Anglo Saxon à la grande fureur des Américains. Vous imaginez les conséquences à tous les niveaux.

  • Par ajm - 15/08/2018 - 20:14 - Signaler un abus l'argent , nerf de la guerren

    Pour être bien classé il faut attirer des chercheurs et professeurs nobelisables du monde entier. C'est ce que font les universités US, Suisses...avec des conditions de travail, un environnement de recherche et des salaires que n'offrent pas les universités Françaises, sauf exceptions , grâce à des chaires financées par des sponsors privés. Ceci dit , ce classement reflète imparfaitement le niveau scientifique réel des pays. La GB est très haut dans le classement par rapport à des pays comme l'Allemagne ou le Japon ( sans parler de la France, l'Italie, la Russie , la Corée etc..) dont les contributions réelles en sciences et en technologie ne sont évidemment pas inferieures à la contribution Britannique ou à celle des pays scandinaves.

  • Par kelenborn - 15/08/2018 - 20:24 - Signaler un abus oui labarthe

    Mais ce n'est pas avec le droit civil qu'on gagne la guerre économique...J'ai moi même une licence en droit (entre autres) et n'ai jamais eu l'impression que mes compétences apportaient une plus value considérable au pays

  • Par 2bout - 15/08/2018 - 21:26 - Signaler un abus Question "impression"

    En effet, nous non plus.

  • Par kelenborn - 15/08/2018 - 23:24 - Signaler un abus tiens ah2bouh

    Cela m'étonne guère ! tu as la clairvoyance d'une bernique mais on était persuadé que ton amant indien t'avait dépecé

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Edouard Husson

Edouard Husson est spécialiste d’histoire politique contemporaine, en particulier de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne. Il est professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (Université de Cergy-Pontoise). Il a été membre du cabinet de Valérie Pécresse, avant d’être vice-chancelier des universités de Paris puis directeur général d’ESCP Europe et, enfin, vice-président de l’université Paris Sciences et Lettres. Il est membre du conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle. 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€