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Chronique d’un échec annoncé : pourquoi Jean-Luc Mélenchon ne sera pas celui qui récupèrera les voix des déçus de Hollande à gauche

Alors que Jean-Luc Mélenchon a annoncé son intention de se présenter à l'élection présidentielle de 2017, la situation politique dans laquelle il se trouve actuellement, couplée à la perte de ses anciens soutiens (Parti communiste, électorat populaire), n'incite clairement pas à l'optimisme pour le tribun de la gauche.

Candidat cherche peuple

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Chronique d’un échec annoncé : pourquoi Jean-Luc Mélenchon ne sera pas celui qui récupèrera les voix des déçus de Hollande à gauche

Atlantico : Jean-Luc Mélenchon a annoncé mercredi 10 février son intention de se présenter à l'élection présidentielle de 2017, une déclaration qui n'engage aucune formation politique pour le moment. Peut-on imaginer le Front de Gauche le soutenir dans sa démarche ? Si tel n'était pas le cas, pourra-t-il se présenter à la présidentielle et y réaliser un bon score sans l'appui d'un parti ?

Yves-Marie Cann : A bien des égards, le Front de gauche s’apparente aujourd’hui à une coquille vide, compte-tenu des relations tendues entre ses deux principales composantes, le Parti communiste et le Parti de gauche.

Or, si l'on observe les règles en vigueur pour participer au premier tour de l’élection présidentielle, il n’est pas acquis que Jean-Luc Mélenchon soit en mesure d’obtenir les 500 parrainages requis pour se présenter à l’élection présidentielle sans l’apport du Parti communiste et de son réseau d’élus, certes déclinant mais numériquement très supérieur à celui du Parti de gauche.

Sa capacité à réaliser un bon score au premier tour de l’élection présidentielle mérite elle aussi d’être questionnée, sachant qu’un bon résultat pour Jean-Luc Mélenchon devrait nécessairement être supérieur à celui qu’il avait obtenu en 2012, soit 11,1% des suffrages exprimés. Les premières enquêtes d’intentions de vote réalisées dans la perspective de la prochaine présidentielle témoignent de la persistance d’un socle électoral assez proche. Toutefois, force est de constater que celui-ci ne progresse pas, dans un contexte pourtant marqué par le mécontentement et la déception suscités par le quinquennat de François Hollande. Autrement dit, à ce jour, Jean-Luc Mélenchon, pas plus que l’ensemble de la gauche de la gauche, ne capitalise pas sur les infortunes du président de la République et son impopularité élevée.

Jean-Luc Mélenchon a toujours ciblé les classes populaires. Cet électorat voterait-il pour lui aujourd'hui ? Alors que le Front national a fait une percée électorale remarquable au sein de cette population, le discours de Jean-Luc Mélenchon n'est-il pas plutôt partagé par une classe moyenne plus urbaine et "bobo" ?

Jean-Luc Mélenchon n’a de cesse de s’adresser aux catégories populaires dans ses discours et de disputer publiquement cet électorat à Marine Le Pen et au Front national, mais avec un succès très relatif. Si les catégories populaires étaient bien surreprésentées parmi les électeurs de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle en 2012,  celui-ci a toutefois été très largement devancé par François Hollande et Marine Le Pen au sein de ce segment stratégique. Si l’on raisonne en termes d’image, l’on constate également que Marine Le Pen recueille aujourd’hui davantage de bonnes opinions que Jean-Luc Mélenchon parmi les catégories populaires. Ainsi, dans le dernier Observatoire politique Elabe pour Les Echos et Radio classique, 35% des employés et des ouvriers répondent avoir une bonne image de Marine Le Pen contre 27% pour Jean-Luc Mélenchon. Signe que ce dernier est loin de faire l’unanimité au sein des couches populaires, ces dernières sont davantage séduites par Emmanuel Macron et Alain Juppé qui y recueillent respectivement 30% et 40% d’image positive ! Au final, les principaux soutiens à Jean-Luc Mélenchon se recrutent plutôt chez les jeunes et les étudiants habitant les grandes agglomérations, au premier rang desquelles l’agglomération parisienne. De tels résultats valideraient l’hypothèse d’un socle politique plus "bobo" que "prolo", même si cette approche me semble quelque peu grossière, voire caricaturale.

Au premier tour de l’élection présidentielle de 2012, Jean-Luc Mélenchon a réalisé ses meilleurs résultats chez les plus jeunes (16% chez les 18-24 ans selon un sondage CSA / L’Humanité) et les ouvriers (14%) ainsi que les professions intermédiaires à forte proportion d’enseignants ou d’individus officiant dans le secteur public (14%), ses électeurs ayant fréquemment voté pour Olivier Besancenot et Marie-George Buffet en 2007. Etant donné la relative stabilité de son socle électoral dans la perspective de 2017, cette structure électorale pourrait se vérifier à l’occasion de la prochaine élection présidentielle. Lors des récents scrutins, par exemple à l’occasion des élections régionales, les anciens électeurs se Jean-Luc Mélenchon se seraient majoritairement abstenus (55% au premier tour selon l’Ifop), ceux ayant voté restant largement ancrés à gauche (à hauteur de 81%, dont 54% pour des listes Front de gauche), le vote à droite ou à l’extrême-droite étant assez marginal.

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 12/02/2016 - 08:38 - Signaler un abus Le candidat des déçus de Hollande

    est Juppé.

  • Par langue de pivert - 12/02/2016 - 09:50 - Signaler un abus "Hollande pire que Sarko" qui disait ! ☺

    500 signatures ? Il doit y avoir du rab Chez "les Républicains" Non ? ☺

  • Par guillorette - 12/02/2016 - 10:32 - Signaler un abus La véritable équation...

    Encore un politologue à côté de la plaque en justifiant le rejet de l'immigration par la situation économique. L'équation est beaucoup plus simple, en particulier chez les classes "populaires" parce elles vivent, elles, cette situation au quotidien : un voile islamique dans la rue = un vote Front National. Est-ce si difficile à comprendre, même pour un politologue ??

  • Par REVERJOVIAL - 12/02/2016 - 10:49 - Signaler un abus A coté de la plaque

    L'essence de l'idéologie de gauche et fondé sur 2 grands postulats historiques, l'universel et la lutte contre la religion, et que voit on de la gauche dans son ensemble, la défense du multiculturalisme et du fait religieux surtout musulman, une trahison de l'héritage des lumières et des luttes révolutionnaires.

  • Par Malaparte - 12/02/2016 - 11:51 - Signaler un abus Mauvaise pioche

    Dans la famille Loser, je demande le fils prodigue.....

  • Par cloette - 12/02/2016 - 12:44 - Signaler un abus score

    Il fera 2% , peut être 3% ?

  • Par Liberte5 - 12/02/2016 - 19:27 - Signaler un abus JL Mélenchon bien soutenu par les médias

    ne peut exister que grâce à ce soutien. L'extrême gauche très présente dans les médias permet, à celui qui a bien profité de ce système, de rester sur la scène médiatique et politique. Mais au fait pourquoi Y.M. Cann nomme-t-il l’extrême gauche , la gauche de la gauche. Personne ne dit la droite de la droite en parlant du FN, mais de l’extrême droite.On voit bien le politiquement correct vouloir masquer et maquiller le vrai visage de l'extrême gauche, dont on connaît historiquement le rôle criminel.Ex : Robespierre, l'ex URSS, la Chine de Mao, Castro, Che Guevara, La Corée du nord etc, etc.

  • Par Anguerrand - 13/02/2016 - 06:49 - Signaler un abus Il y a longtemps que les électeurs du FDG

    Votent FN ,et c'est bien ce qui m'inquiète car en plus avec Philippot le FN est devenu un authentique parti de gauche. MLP élue elle serait bien obligée de suivre son électorat et Philippot.

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Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann est politologue, spécialiste de l’Opinion publique. Il a dirigé les études d'opinion (Politique, société et affaires publiques) au sein de l'Institut CSA. Il est désormais Directeur des études politiques chez Elabe, cabinet d'études et de conseil.Twitter : @yvesmariecann

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