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Chimiothérapie : comment des centaines de malades atteints d’un cancer meurent d’un traitement censé les sauver

Un article du Daily Mail explique que des centaines de personnes sont tuées par la chimiothérapie destinée à les sauver. En cause, une maladie génétique inoffensive qui fait que le foie ne produit pas d’enzyme appelé dihydropyrimidine déshydrogénase - ou DPD - et l'empêche de traiter le médicament de chimiothérapie, la capécitabine.

Le comble

Publié le - Mis à jour le 12 Octobre 2018
Chimiothérapie : comment des centaines de malades atteints d’un cancer meurent d’un traitement censé les sauver

Atlantico : Quelle est cette maladie génétique et comment expliquer qu'elle ne soit pas détectée avant que les patients ne commencent une chimiothérapie ?

Stéphane GAYET : La capécitabine (XELODA et génériques) est un agent cytostatique ou anticancéreux. Elle se transforme en 5 fluoro-uracile ou 5-FU après activation enzymatique dans notre corps. La capécitabine est donc un précurseur du 5-FU, considérée comme son analogue. Ce médicament de chimiothérapie est largement utilisé dans les cancers solides (pas dans les cancers des cellules sanguines ou immunitaires). Il est en particulier employé dans les formes avancées de cancer gastrique, dans le cancer du côlon et celui du rectum à un stade déjà avancé ou avec des métastases, ainsi que dans le cancer du sein également à un stade avancé ou avec des métastases.

Tous les médicaments quels qu’ils soient sont interprétés par l’organisme comme toxiques et devant donc être éliminés le plus vite possible. Les deux principales voies d’élimination ou d’inactivation des substances étrangères sont la voie rénale ainsi que la voie hépatique par la bile (ces organes sont des émonctoires). En cas d’insuffisance rénale chronique sévère, les médicaments qui sont normalement éliminés par les reins le sont difficilement et avec beaucoup de retard, d’où une accumulation dans le corps qui peut être dangereuse. C’est la même chose avec les médicaments normalement inactivés par le foie et éliminés par la bile.
 
Le 5-FU est inactivé par le foie grâce à une enzyme, la dihydropyrimidine déshydrogénase ou DPD, qui est l’enzyme clef de son catabolisme (inactivation). Or, la DPD est présente de façon inégale chez les individus. Certains ont en effet un déficit en DPD : il peut s’agir d’un déficit partiel (jusqu’à 10 % de la population générale) ou même d'un déficit complet, ce qui est assez rare (il concerne au maximum 0,5 % de la population générale, soit une personne sur 200). En cas de déficit partiel, la toxicité d’une dose donnée de capécitabine ou de 5-FU est augmentée de façon significative ; en cas de déficit complet, elle est tellement accrue que le risque de décès est majeur.
 
Or, les résumés des caractéristiques du produit (RCP) officiels des médicaments dont la formulation contient de la capécitabine ou du 5-FU ne comportent pas à l’heure actuelle de recommandation explicite concernant la recherche d’un éventuel déficit en DPD chez les patients devant être traités par ces produits. Pourtant, les cas de décès en raison de ce déficit se multiplient aujourd’hui.
 
On ne peut pas parler véritablement de maladie génétique, mais d’un trouble génétique de la production d’une enzyme. Pourquoi n’est-ce pas une maladie ? Parce qu’en dehors de la prise de capécitabine ou de 5-FU, ce déficit enzymatique n’altère pas la santé des sujets qui ont ce déficit, d’où sa découverte uniquement en cas de cancer traité par chimiothérapie.
 
Pour maitriser ce risque, avant tout traitement par capécitabine ou 5-FU, il est recommandé d’effectuer une détection de déficit en DPD dans un laboratoire de pharmacologie (car les laboratoires d’analyses médicales ou LAM n’ont pas cette possibilité). S’il existe un déficit partiel, on réduira la dose de 25 à 50 % ; s’il existe un déficit complet, ces produits sont bien sûr contre-indiqués. Mais cette détection n’est pas systématique et même pas courante. Alors, une association des victimes du 5-FU s’est constituée en mai 2017 dont le site est à l’adresse www.association-victimes-5-fu.com. Cette association est parvenue à obtenir de l’Agence nationale de la sécurité du médicament et des produits de santé ou ANSM la publication le 28 février 2018 d’une recommandation concernant la recherche de déficit en DPD, systématiquement avant chaque administration de 5FU. Le ministère chargé de la santé a relayé cette recommandation dans un message d’alerte sanitaire. Pourtant, cette recherche de déficit en DPD n’est toujours pas pratiquée de façon systématique, loin de là
 
 
Commentaires

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  • Par cloette - 11/10/2018 - 11:43 - Signaler un abus Ce qui est angoissant

    C'est que le malade dépend du médecin qui le soigne, car les médecins sont ils tous bien informés des dernières découvertes ou de nouveaux choix de traitement ou de remises en cause de certaines thérapies ? Je garde cet article .

  • Par Stéphane Gayet - 11/10/2018 - 12:15 - Signaler un abus Les médecins sont-ils à jour dans leurs connaissances ?

    Il est malheureusement impossible de répondre oui à cette question. Tous les praticiens ne peuvent pas être hélas excellents. C'est comme dans la plupart des professions. D'où l'intérêt des systèmes informatiques experts d'aide au diagnostic et au traitement. Mais si au moins ils acceptaient d'écouter leurs patients qui ont des choses importantes à leur apprendre, cela pourrait contribuer à élever le niveau de qualité et de sécurité des soins.

  • Par adroitetoutemaintenant - 11/10/2018 - 17:24 - Signaler un abus C'est toujours les mêmes qui se renseignent !

    Je me souviens d'un congrès médical français oû j'ai l'habitude d'aller, habitude rare car je fréquente énormément plus les congrès anglo-saxons. Il y a certaines sessions où je vais toujours car elles m'intéressent particulièrement. J'étais donc à cette session et la collègue qui présidait démarra la séance en déclarant qu'elle était tellement contente que sa session ait tant de succès. Je me suis levé et lui ai fait remarquer que pour l'étranger que j'étais, car j'exerçais à l'étranger, cela faisait 4 ans que je venais et que je voyais toujours les mêmes tronches, c'est à dire environ 60 personnes sur un congrès comprenant 1400 personnes ! Donc le taux de diffusion était limité ! Ce sont toujours les memes qui bossent et se renseignent pendant que les autres se plaignent qu’ils n’ont rien appris. Que voulez-vous faire rentrer dans une tête vide ?

  • Par adroitetoutemaintenant - 11/10/2018 - 17:29 - Signaler un abus @Gayet

    Le grand Dr William Osler disait :" Listen to your patient he is telling you the diagnosis" Ecoutez votre patient, il vous donne le diagnostic !

  • Par Anouman - 11/10/2018 - 17:57 - Signaler un abus Traitement

    "S’il existe un déficit partiel, on réduira la dose de 25 à 50 % ; s’il existe un déficit complet, ces produits sont bien sûr contre-indiqués" Finalement l'important est de savoir si on peut utiliser d'autres produits: s'il n'y en a pas le patient meurt dans tous les cas.

  • Par Stéphane Gayet - 11/10/2018 - 18:35 - Signaler un abus "Ecoutez votre patient, il vous donne le diagnostic"

    C'est très souvent vrai, mais beaucoup de médecins ne savent pas ou ne veulent pas écouter leurs patients, car ils suivent leur idée et ils trouvent que le discours du patient les égare. Pourtant, le Dr William Osler était dans le vrai : "Bonne clinique, économie de moyens", le dialogue avec le patient faisant bien sûr partie de la clinique. Oui, ce sont presque toujours les mêmes médecins qui se forment et les mêmes qui ne se forment que le strict minimum. Les patients doivent dès lors bien se renseigner et faire preuve de discernement pour choisir leur médecin (mais quand ils le peuvent).

  • Par Stéphane Gayet - 11/10/2018 - 19:16 - Signaler un abus Traitement des formes avancées ou métastasées de cancers

    On n'est jamais totalement démuni pour traiter un cancer. Il existe le plus souvent plusieurs molécules de chimiothérapie utilisables. Quand bien même ce ne serait pas le cas, cela ne signifierait pas pour autant un arrêt de mort. On cite fréquemment le cas d'un homme âgé de 70 ans chez lequel on a découvert un cancer du côlon déjà métastasé. Il a refusé tout traitement et a vécu neuf années avant de décéder.

  • Par aristide41 - 12/10/2018 - 07:20 - Signaler un abus Le Nobel de médecine

    est allé cette année à des médecins prônant l'immunothérapie face aux cancers. Encourageant.

  • Par walchp - 12/10/2018 - 10:29 - Signaler un abus Et voilà tout les commentateurs devenus médecins !!!

    Les chimiothérapies ne sont pas décidées au petit bonheur et selon la fantaisie du praticien !!! Il y a des protocoles validés au niveau mondial qui sont appliqués en fonction des tumeurs, de leur état d’avancément et du type histologique.

  • Par clclo - 12/10/2018 - 13:02 - Signaler un abus combien

    de malades sont morts pour avoir préféré la magie aux chimiotherapies

  • Par adroitetoutemaintenant - 12/10/2018 - 15:24 - Signaler un abus Les faits

    Complications médicales + Erreurs médicales = autant de morts que le cancer !### Type histologique des cancers = 70% d’erreurs.### Protocoles chimio = Desiderata des entreprises pharmacologiques.

  • Par Olivier62 - 12/10/2018 - 15:25 - Signaler un abus Raids sur laboratoires guérissant le cancer

    Cela paraît incroyable, mais il s'est produit à plusieurs reprises des raids de la police contre des laboratoires proposant des médicaments (trop ?) efficaces contre le cancer - le 28/01/2015 la police, sur réquisition du ministère anglais de la santé (MHRA), fait irruption dans les locaux de la société Biotech Ltd, saisit le matériel et menace le personnel. Leur crime : produire du GcMAF, dont les résultats étaient prometteurs. - le 09/10/1996, raid au domicile du Pr. Beljanski, ramené menottes aux poignets par le GIGN (façon arrestation de dangereux terroriste). Son crime : production de produits contre le cancer, qui ont notamment été administrés à F. Mitterrand alors qu'il était encore en fonction, et qui lui ont permis de terminer son second mandat. Le but de ces violences ? Conserver aux grandes entreprises pharmaceutiques le juteux commerce de molécules de chimiothérapie notoirement inutiles et dangereuses dans la plupart des cas, mais facturées parfois 6000 € par mois pour un même malade.

  • Par cloette - 12/10/2018 - 16:09 - Signaler un abus cap sur la prévention

    huile d'olive et régime crétois !

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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