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Chiffres du chômage : le gouvernement n’a pas pu obtenir quatre victoires de suite

Mais on peut conclure à une stabilisation du chômage à un niveau élevé, un premier niveau de satisfaction au regard des hausses massives qu’a connu le pays pendant huit longues années (2008-2015). Il n’en reste pas moins un immense travail pour la prochaine équipe issues des échéances électorales de cette année pour sortir le pays de la malédiction économique et sociétale que constitue le chômage de masse.

Malédiction

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Chiffres du chômage : le gouvernement n’a pas pu obtenir quatre victoires de suite

Alors que le nombre de chômeurs connaissait un reflux au cours de ces derniers mois, les données relatives au mois de décembre 2016 sont décevantes, avec une hausse de 25 900 du nombre de chômeurs en catégorie A. Comment expliquer ce coup d'arrêt ? Faut il y voir un retournement de tendance ?

 
Pierre-François Gouiffès : En langage sportif on dirait que le gouvernement n’a pas pu obtenir quatre victoires de rang en ce qui concerne les demandeurs d’emploi de catégorie A (aucune activité professionnelle), une séquence qui n’est pas apparue depuis février 2008 – il y a près de neuf ans – ce qui en dit long sur la dégradation durable de l’emploi en France.
Les chiffres de décembre ne constituent toutefois pas un retournement de la tendance à la baisse des chômeurs sur cette catégorie A – qui attire à mon avis un peu à tort l’essentiel des commentaires -, puisque cette séquence de baisse s’est enclenchée en avril 2016. Il faut toutefois avoir à l’esprit la modestie du mouvement - environ cent mille chômeurs de moins sans aucune activité sur l’années 2016 (-3%) - à comparer avec la hausse de plus de 1,5 millions depuis septembre 2008 ou de 570 000 depuis l’arrivée de François Hollande à l’Elysée.
Les faiblesses structurelles demeurent en particulier avec l’horrible augmentation du chômage des plus de 50 ans (en augmentation encore de 5% par an après les saignées des années antérieures avec des hausses annuelles supérieures à 10%). L’amélioration réelle sur le front des jeunes doit être mise en regard de l’augmentation d’un facteur de 3,5 en 25 ans qui vient d’être rappelée par France Stratégie (17% des jeunes ni en emploi, ni en étude, ni en formation).
En comparaison internationale enfin, le benchmark entre la France et les pays de population comparable est soit défavorable en niveau (Allemagne, Royaume-Uni), soit en tendance (Espagne).
 

Malgré les efforts fournis par le gouvernement pour faire baisser le nombre de chômeurs, notamment en usant largement des formations, il apparaît que les personnes reviennent gonfler les chiffres du chômage après leur période de formation. Comment interpréter cette situation ? Les formations sont elles inadaptées aux besoins des entreprises, ou s'agit il plus simplement d'une erreur de diagnostic, mettant en avant le fait que la formation n'est pas le principal problème de la hausse du chômage ?

 
L’exécutif a en effet complété en janvier 2016 la boite à outils des politiques de l’emploi en ajoutant au traditionnel dispositif des contrats aidés la novation du plan de formation « 500 000 chômeurs ». On constate ainsi que le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie D (personnes inscrites à Pôle emploi sans être tenues de rechercher un emploi, sans emploi) a flambé en 2016 en augmentant d’un quart (71 000 de plus), tandis que les sorties des catégories ABC pour entrée en stage a quasiment doublé en un an.
Au final l’année 2016 se caractérise par une baisse de la catégorie A (-3%), une hausse à l’identique des catégories B et C conduisant à la stabilité des catégories ABC et une légère augmentation des catégories ABCD, un agrégat à regarder du près du fait des initiatives 2016 du gouvernement concernant la formation.
Les données fournies hier par Pôle Emploi ne permettent pas de pister facilement ce que deviennent les demandeurs d’emploi qui sortent de stage et de vérifier que cela a augmenté leur employabilité et leur probabilité de se réinsérer sur le marché du travail, une vraie et bonne question.
Le risque est que la solution de la formation ne soit qu’une réponse politique et budgétaire de court terme présentant sur le papier l’intérêt d’éluder une triple question pénible : la question du coût du travail, celle de la flexibilité du marché du travail (cf. les déboires du gouvernement avec la loi travail) et celle enfin de la destruction de capital humain du fait d’un chômage de longue durée massif (2,4 millions de personnes fin 2016).
 

Si la catégorie A voit ses effectifs augmenter, il est possible de constater une stabilisation du nombre de chômeurs dans les catégories A, B, C, ce qui semblerait indiquer que les bons chiffres du temps partiel subiraient une « accalmie ». Peut on incriminer l'incertitude relative au prochain scrutin présidentiel dans ces chiffres ?

 
Comme indiqué précédemment, il n’y a que la catégorie A qui baisse de façon significative sur un an tandis que les chômeurs avec activité réduite (B et C) ont augmenté à due proportion, ce qui semble constituer un jeu de vases communicants entre ces trois catégories.
La politisation des chiffres du chômage, forte depuis longtemps mais exacerbée depuis 2012 suite aux engagements successifs de François Hollande sur ce thème, pour à une certaine prudence. Mais on peut conclure à une stabilisation du chômage à un niveau élevé, un premier niveau de satisfaction au regard des hausses massives qu’a connu le pays pendant huit longues années (2008-2015).
Il n’en reste pas moins un immense travail pour la prochaine équipe issues des échéances électorales de cette année pour sortir le pays de la malédiction économique et sociétale que constitue le chômage de masse.
 
 
Commentaires

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  • Par horus35 - 25/01/2017 - 09:14 - Signaler un abus Au pays des aveugles....

    Les borgnes sont rois ! Seuls les derniers aficionados socialistes peuvent encore avaler sans broncher les chiffres "officiels" du chomage édités sans aucune honte par des organismes habitués à manger dans la main du pouvoir en place ! Pour les autres( une majorité écrasante) tout celà n'est que pipeau et le vécu de chacun,avec de nouveaux chômeurs arrivant dans son environnement socio- professionnel,confirme l'escroquerie gouvernementale ! Alors, messieurs les socialistes ,publiez,publiez ... vous ne nous trompez pas !

  • Par Stargate53 - 25/01/2017 - 09:18 - Signaler un abus Victoire ? Faut pas pousser !

    Il n'y a pas eu recul du chômage pendant 3 mois ! mais seulement nettoyage des fichiers (radiations en clair), entrées en formation, etc .. en clair de manipulations statistiques mais la réalité est que le chômage en toujours en hausse surtout chez les jeunes et les anciens ! Pauvre France !

  • Par Olivier62 - 25/01/2017 - 10:41 - Signaler un abus Ces chiffres ne signifient rien !

    Cela fait longtemps que les statistiques du chômage (comme les autres d'ailleurs) n'ont qu'une valeur très limitée : entre les différentes catégories de chômeurs, les assistés sociaux (RSA), les pré-retraités, les gens en pension d'invalidité, les stages de formation bidon, les pseudo-étudiants qu'on laisse s'inscrire librement en université, qui peut savoir l'étendue réelle du chômage ? Je soupçonne que même le gouvernement l'ignore !

  • Par vangog - 25/01/2017 - 13:02 - Signaler un abus DOM-TOMs inclus (eh oui, les gauchos, c'est aussi la France!)

    6 575 000 chômeurs toutes catégories de l'ABCD socialiste incluses! Soit 600 000 chômeurs supplémentaires par rapport au début du quinquennat Macron-Cougar...pardon! Le quinquennat Hollande-Sapin voulais-je écrire...et tout cela malgré les courbes inversées réellement-elles-des taux d'intérêt, des rachats de dettes pourries de la BCE, des matières premières bradées...Ah putain! De combien aurait été l'aggravation socialiste du chômage, si ces courbes n'avaient pas été inversées, elles?...

  • Par Deneziere - 25/01/2017 - 13:58 - Signaler un abus Ce vieux démon du dirigisme étatique

    Mas chers zamis socialo-étatistes, monsieur Gouiffès. Pour reprendre votre métaphore, je voudrais juste vous signaler que ce gouvernement n'a ni gagné ni perdu contre le chômage. Et ce, pour une raison très simple : il est tout simplement hors-jeu. C'était pareil pour les précédents et ce sera pareil pour les suivants. A partir du moment où vous n'avez pas les moyens d'embaucher, ou de faire embaucher - ce qui est ici le cas - vous ne jouez pas sur le chômage. Point barre. Tout ce qui reste à l'état, ce sont des mascarades de chiffres, des comptes de faits et des rodomontades. "Quand les évènements nous dépassent, feignons d'en être les instigateurs". (Clémenceau)

  • Par toupoilu - 25/01/2017 - 20:12 - Signaler un abus Une bonne part du non redressement actuel est lié

    A une bonne décision, retardée par pas mal de gouvernements précédents, c'est à dire la baisse des dotations des collectivités locales. Quand a l'évolution problématique du chômage de séniors, elle est en partie liée a l'augmentation de l'age de départ en retraite, liée aux 42 annuités, mais aussi à l'arrivée à l'age de départ de générations ayant commencé plus tard. Le chômage ou l'emploi, ça ne se joue pas seulement au niveau de l'entreprise, mais aussi et même surtout au niveau de l'environnement dans lequel elles baignent.

  • Par essentimo - 26/01/2017 - 07:16 - Signaler un abus collectivités locales ?

    autrement dit : fonctionnaires en plus !

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Pierre-François Gouiffès

Pierre-François Gouiffès est maître de conférences à Sciences Po (gestion publique & économie politique). Il a notamment publié "Margaret Thatcher face aux mineurs" (Privat, 2007), "Réformes: mission impossible ?" (Documentation française, 2010) et "L’âge d’or des déficits, 40 ans de politique budgétaire française" (Documentation française, 2013). Il tient un blog sur pfgouiffes.net.

Vous pouvez également suivre Pierre-François Gouiffès sur Twitter

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