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Changement de génération au sommet de l’Etat : la promotion Senghor (celle de Macron) s’apprête à balayer la promotion Voltaire (celle de François Hollande)

Adieu Voltaire, bonjour Senghor ! Quand une promotion d'énarques est en passe de chasser l'autre ou comment Emmanuel Macron place ses pions.

Atlantico business

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Changement de génération au sommet de l’Etat : la promotion Senghor (celle de Macron) s’apprête à balayer la promotion Voltaire (celle de François Hollande)

Le changement le plus spectaculaire est intervenu avant Noël avec la nomination de Amélie Verdier à la direction du budget. L'une des deux directions, avec celle du trésor, qui gère Bercy. Amélie Verdier va remplacer Denis Morin qui, lui, va se mettre au chaud à la cour des comptes en attendant la retraite. À moins qu'une dernière porte du pouvoir s'ouvre à sa carrière. 

Ces changements ne font pas l'ouverture des journaux télévisés, pourtant ils ne sont pas anodins : ils témoignent du fonctionnement d'un système que beaucoup n'hésitent pas à critiquer alors qu'ils en sont des rouages importants.

Denis Morin est déjà un homme de l'ancien régime socialiste.

Cet énarque de 59 ans est issu de la promotion solidarité (ça ne s'invente pas). François Hollande a puisé dedans autant que dans la sienne (promotion Voltaire) pour s'y trouver des fidèles. Denis Morin connaît tous les cadres du parti socialiste, il a travaillé avec Michel Charasse, Pierre Bérégovoy, Martine Aubry et dernièrement avec Marisol Touraine. C'est là que François Hollande l'avait casé avant de lui donner la direction du budget en 2013. 

Amélie Verdier, qui le remplace début janvier, appartient à une autre génération avec un parcours sans faute mais qui n'a pas pris le même chemin. Elle a 39 ans, est inspecteur des finances et elle a fait un bout de carrière comme secrétaire générale de l'AP-HP, l'assistance publique hôpitaux de Paris. Avant cela, elle s'était fait les dents dans des cabinets ministériels de Bercy : ceux de Jérôme Cahuzac, de Bernard Cazeneuve et de Pierre Moscovici. Mais Amélie Verdier a une autre caractéristique. Elle a fait l'ENA, dans la promotion Léopold Segar Senghor, où elle a pu copiner avec un certain Emmanuel Macron. 

La réalité, c'est qu'Emmanuel Macron – sacré homme politique de l'année 2016 pour son entrée fracassante dans ce monde – est en train de placer ses pions avec beaucoup d'habileté pour aller plus loin. Sur le terrain, si son mouvement rassemble déjà plus de 100 000 militants, le candidat à l'Élysée cherche surtout des soutiens dans les milieux d'affaires et dans les allées du pouvoir administratif… Ceux sur lesquels il pourra compter en premier, ce sont d'abord les hommes et les femmes qu'il a connus pendant sa scolarité à l'ENA.

Le système est classique. Il est à l'origine de la surpuissance politique et administrative de certaines élites. François Hollande a construit l'essentiel de son pouvoir avec ses camarades de la promotion Voltaire (ou accessoirement la promotion solidarité). Il les a choisis et promus parce qu'il avait confiance. Ces élus ont fait carrière et lui renvoyé l'ascenseur en étant d'une grande loyauté.

Les pions du président, qui appartenaient comme lui à la même classe, sont désormais très connus : Michel Sapin à Bercy, un fidèle parmi les fidèles, Jean-Pierre Jouyet et Pierre-René Lemas alternativement à l'Élysée et à la Caisse des Dépôts, Jean-Marc Janaillac chez Air France… sans parler de Ségolène Royal. Tous sont des Voltaire, issus de la même promotion que François Hollande. Cette promotion de l'année 1980 a peuplé ces deux dernières décennies les paysages politique et économique français. Peut-être pendant de trop nombreuses années. 

Comme c'est dans l'air du temps en ce moment, le remplacement des générations est en marche. Pour la bande d'énarques des années 1980 le mouvement vise plutôt la porte de sortie. Une autre est déjà en train de s'installer dans les arcanes du pouvoir.

C'est la promotion Léopold Sedar Senghor, dont le nom a été choisi par les élèves pendant leur weekend d'intégration à l'école d'après cette figure de la politique sénégalaise, poète et premier président du pays. Un signe de changement, peut-être. Toujours est-il que pour beaucoup la promotion Senghor regroupe déjà la génération Macron. La promotion Senghor est sortie des bancs de l'École Nationale d'Administration en 2004. Ils ont donc dix ans d'expérience au compteur et certains sont déjà installés bien au chaud.

C'est une promotion qui, comme les précédentes, a emprunté les chemins de la banque – comme l'avaient fait Emmanuel Macron ou Sébastien Proto chez Rothschild –, les chemins l'entreprise ou ceux des cabinets ministériels. Par pragmatisme peut-être.

Il y a évidemment Amélie Verdier qui prend la direction du budget, Gaspard Gantzer, qui a officié auprès de François Hollande en tant que conseiller en communication. Mais aussi Boris Vallaud, le mari de Najat Vallaud Belkacem, qui a travaillé dans les cabinets d'Arnaud Montebourg et de François Hollande ou encore Mathias Vicherat, qui attend son heure au cabinet de la maire de Paris. Et, bien sûr, Emmanuel Macron. Passé de banquier à secrétaire général adjoint, puis à ministre de l'Économie en attendant de conquérir le poste suprême de la République. L'entourage proche d'Emmanuel Macron est déjà composé d'hommes et de femmes qui ont abandonné les perspectives de carrières brillantes.

 
Commentaires

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  • Par Deneziere - 27/12/2016 - 07:30 - Signaler un abus Ils sont le problème, pas la solution

    Quand on lit, ici et là, que Macron serait un candidat anti-système... La seule chose que cette génération a éventuellement pour elle, c'est qu'elle n'est plus soixante-huitarde. Pour le reste, leur parcours est tout aussi écœurant et parasitique que celui de leurs aînés.

  • Par vauban - 27/12/2016 - 08:00 - Signaler un abus Le point positif

    C'est qu'on a les noms et on va pouvoir les suivre et les marquer à la culotte pour mieux les tacler

  • Par Deudeuche - 27/12/2016 - 09:17 - Signaler un abus Ah ça ira ça ira ça ira!

    où est l'ENAbastille, ....à Strasbourg près du pont Vauban! On laisse les têtes sur les piques à d'autres....On attend la création sur le terrain des gardes nationaux!

  • Par Carl Van Eduine - 27/12/2016 - 09:18 - Signaler un abus L'Ecole Nationale des Accapareurs

    L'ENA, ou la famille Royal Le Cac 40, la noblesse d'épée La noblesse de robe ? Les corps de l'Etat Le clergé ? La fonction publique socialiste. La fonction publique donc. Le Tiers Etat ? Des populistes aux colères impuissantes : après Sarkozy et Hollande, le clone tranquille Fillon, ou le nouveau Royal, Macron. La démocratie de pouvoir des électeurs est devenue pouvoir des élus. Une dictature soft.

  • Par Yves3531 - 27/12/2016 - 09:19 - Signaler un abus Non, non et non, pas de changement de génération, pas de ...

    balayage, ... comme dit le titre, juste superposition et accumulation de couches de parasites nuisibles et incapables. On commencera à y croire le jour où ceux qui ont échoué ne retrouveront pas automatiquement de place au chaud dans l'administration, mais devront faire leurs preuves ailleurs !

  • Par zouk - 27/12/2016 - 11:42 - Signaler un abus ENA

    Un bon point pour la promotion Senghor, ils ont un peu secoué le cours ordinaire des choses mais sont restés sagement dans l'administration. Comment se débarrasser de l'ENA? Retour aux concours par Ministères, il y avait déjà beaucoup de conformismes. Comment organiser le recrutement de Ministres parmi les meilleurs des chefs d'entreprises? Dans l'état actuel des choses il seraient rapidement étouffés par la masse de fonctionnaires inamovibles dans leurs propres services, avec le renfort de l'Assemblée, massivement peuplée de fonctionnaires.

  • Par ikaris - 27/12/2016 - 11:50 - Signaler un abus Papy Sylvestre radote sur son poulain

    Première contre vérité : les 100 000 militants de Macron ... c'est les 100 000 personnes qui ont été obligés de laisser leur adresse email sur son site Web pour consulter son absence de programme. Excuse moi papy mais ça change tout : le militant c'est ce type qui se lève à 7h du mat pour aller tracter sur les marchés et se faire cracher à la gueule des mécontents ... pas le gars qui fait un like sur facebook. C'est bizarre aussi que tu t'extasie devant le carnet d'adresse de Macron chez les fonctionnaires alors que d'habitude tu feins d'ignorer que Macron a été fonctionnaire pendant les 3/4 de sa carrière. Enorme enfin de dire que Macron a téléguidé la nomination d'une copine de l'ENA alors ... qu'il n'est plus au gouvernement et que chacun de ses partisans trop voyant est surveillé de près. Bref, papy Sylvestre, c'est un article de pur radotage. C'est comme ceux de Daily Beast, Atlantico devrait chercher des pigistes ailleurs

  • Par Benvoyons - 27/12/2016 - 11:53 - Signaler un abus Macron ENA a travaillé à la Banque Rothschild Cela n'est pas

    un problème. Le problème est qu'il était spécialiste de l'évaluation de patrimoine et qu'après la Banque et en tant que conseiller de Caton H et bien son conseil d'augmenter massivement les Impôts validé par son mentor Caton H il a malencontreusement remis sa feuille d'évaluation de son patrimoine avec des erreurs. Gros problème!!! Mais restons sur l’augmentation massive des impôts ( sans s’appesantir sur son délit d'initié) mais sur le courant de pensée parfaitement Libérale qui l'a mis en application=========== "“Il n’y a qu’une seule façon de tuer le capitalisme : des impôts, des impôts et toujours plus d’impôts.”Karl Marx =========== En effet Caton H et Macron sont des Libéraux assumés :)::))

  • Par vangog - 27/12/2016 - 12:32 - Signaler un abus Si Marine Le Pen bénéficiait de la même publicité

    que le clone Drahi-Rothschild dans les medias bilderberg, nul doute qu'elle aurait pulvérisé le plafond de verre, dès le premier tour de la Présidentielle 2017...

  • Par Anouman - 27/12/2016 - 19:59 - Signaler un abus promotions

    Chic on va remplacer des vieux cons par de jeunes cons... Comme disait Brassens l'age ne fait rien à l'affaire et on le constate tous les jours et surtout en politique.

  • Par OlivierRiviere - 27/12/2016 - 20:59 - Signaler un abus Pauvre France

    Toujours l'ENA et un esprit "réformiste" qui n'est que de façade. Ajoutons-y les castes HEC, Science Po et Polytechnique et le système s'auto-entretien. Pauvre France ...

  • Par cloette - 27/12/2016 - 21:13 - Signaler un abus école "prestigieuse" !

    https://www.youtube.com/watch?v=ZJymTgcEkYU

  • Par D'AMATO - 15/01/2017 - 17:20 - Signaler un abus Enfer et damnation,...on prend les mêmes et on....

    ....recommence ???? On va encore se mettre la bêche sur les pieds?

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Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Aude Kersulec

Diplômée de l'Essec, Aude Kersulec est specialiste de la banque et des questions monétaires. Elle est chroniqueuse économique et blogueuse. 

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