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Cette proportion incroyable de produits financiers que les banques construisent contre les intérêts de leurs clients

JP Morgan, Goldman Sachs et aujourd'hui Barclays : aucune banque n'échappe au scandale dans ses activités financières. Elles en viennent à proposer des produits à leurs clients tout en sachant que ces derniers y perdront. Petit tour d'horizon des techniques existantes.

Double jeu

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Cette proportion incroyable de produits financiers que les banques construisent contre les intérêts de leurs clients

Les banques proposent des produits à leurs clients tout en sachant que ces derniers y perdront. Crédit Reuters

Atlantico : Un ancien trader de Goldman Sachs s’est plaint de s’être vu réduire ses bonus par sa direction au motif qu’il aurait critiqué par écrit les lucratives positions de la banque sur les produits de couverture sur crédits hypothécaires (voir ici). Peut-on rappeler le principe de ce procédé qui a tant affecté l'économie mondial ?

François Leclerc : La titration massive par les banques américaines de paquets de prêts hypothécaires incluant des prêts "supprimes" a été l’instrument de propagation de la crise à ses débuts.

Ces produits dérivés ont disséminé les énormes pertes qu’ils ont fait subir à ceux qui les ont achetés - notamment dans le système bancaire européen - alors qu’ils étaient censés supprimer le risque en le "diluant". Ce dernier était par contre bien évacué du bilan des émetteurs...

Les banques américaines, notamment JPMorgan qui a été particulièrement active sur ce marché, ont payé d’importantes amendes (13 milliards de dollars dans son cas) pour avoir été convaincues d’avoir vendu ces titres en toute connaissance de leurs risques mais sans informer leurs clients. Dans le cas de Goldman Sachs, la Securities and Exchange Commission (SEC) a déposé plainte pour avoir poussé ses clients à investir dans ces titres alors que simultanément elle pariait elle-même sur leur effondrement, associant clairvoyance dans la défense de ses intérêts et duplicité vis à vis de ses clients, portant le conflit d’intérêt au plus au niveau.

Le ministre de la Justice de l’État de New York, Eric Schneiderman, a récemment décidé de poursuivre en justice la banque britannique Barclays pour des manquements dans la gestion de son "dark pool", Barclays LX, une plateforme d’échanges de titres. L’établissement aurait caché à ses clients l’importance prise par le trading haute fréquence. Qu’en est-il exactement ?

Au nombre d’une cinquantaine, les dark pools poussent désormais comme des champignons en dehors de toute régulation, souvent à l’initiative des grandes banques agissant à l’intention de leurs gros clients. A l’origine, elles avaient pour objectif de protéger leurs transactions des regards indiscrets, notamment de spéculateurs pouvant intervenir à leur détriment durant celles-ci, notamment des opérateurs de trading à haute fréquence : une transaction n’y est connue que lorsqu’elle est réalisée. C’est tout le contraire que Barclays est supposé avoir fait, au détriment des clients de sa dark pool, en admettant en son sein de tels intervenants spécialisés, qui plus est sans les prévenir : elle a fait en quelque sorte entrer le renard dans le poulailler. 

Quels autres exemples de produits financiers construits par les banques contre les intérêts de leurs clients méritent d’être relevés ?

Si de très nombreuses affaires de cette nature sont apparues aux États-Unis, c’est notamment en raison de la détermination nouvelles des autorités régulatrices et judiciaires. L’Europe, pourtant, n’est pas épargnée par de tels agissements. La Deutsche Bank a par exemple fait face à de nombreux contentieux et a déjà été condamnée en 2011 par le tribunal de Karlsruhe pour avoir joué contre les intérêts de l’un de ses clients. La banque avait engagé celui-ci à procéder à un swap de taux, en échangeant des crédits à long terme contre des crédits à court terme, en spéculant sur des taux d'intérêt plus bas à court terme. En assurant la vente de ces titres, la Deutsche faisait mécaniquement le pari inverse de son client : elle gagnait de l'argent quand il en perdait. Ce qui survint à l’époque lorsque les taux d'intérêt se sont relevés.

 
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  • Par lexxis - 30/06/2014 - 09:14 - Signaler un abus DERIVES ...

    La finance et l'honnêteté sont comme comme l'eau et l'huile: c'est une émulsion instable dans laquelle les deux éléments ne se mélangent jamais durablement. Il faut dire que chez nous et depuis longtemps la justice a été fort complaisante aussi bien au pénal pour épargner trop souvent la délinquance en col blanc qu'au civil pour assurer une véritable défense des intérêts des épargnants et que tant que les instances françaises de surveillance et de contrôle seront composées majoritairement de gens du sérail, on ne peut guère attendre de progrès significatifs en ce domaine.

  • Par chrisbord - 30/06/2014 - 10:23 - Signaler un abus Ah ! Bon

    Alors ce n'est pas pour rien que les banquiers affichent des bénéfices faramineux alors que la situation financière du pays est catastrophique et que la dette augmente encore. Voilà un bon moyen de la réduire. Mrs les banquiers, un bon geste alors ?

  • Par Paoli - 30/06/2014 - 13:38 - Signaler un abus Une bonne question pour une reponse trop approximative

    Cet article eut ete revelateur si seulement il avait fait mention de produits financiers vendus EN FRANCE. La il mentionne des exemples amerciains, dont tt le monde connait depuis longtemps l'existence - ou Allemand. Rien sur ceux en FRANCE. On peu toujours cite des categories de produits sans les citer eux meme, pour eviter d'eventuelles poursuites. C'est dommage, cela aurait pu etre instructif.

  • Par Pig - 01/07/2014 - 10:14 - Signaler un abus Mon adversaire c'est la finance

    J'adorerais avoir pour adversaire Hollande : il défend la BNP contre le temple du capitalisme (les Etats-Unis), grâce auxquels, au surplus, des milliards reviennent de Suisse en France. Il n'y est pour rien ! Il pourrait réfléchir tout de même à infliger quelques amendes à milliards par ci par là lui aussi, en cherchant un peu il trouverait de quoi.

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François Leclerc

François Leclerc est chroniqueur de "L'actualité de demain" sur le blog de Paul Jorion ainsi que dans La Tribune.

Il est également l'auteur de "Fukushima, la fatalité nucléaire", aux éditions "Osez la République sociale!".

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