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Cette inquiétante fragilité de l’économie mondiale que révèle la volatilité du marché des matières premières

Les indices boursiers des matières premières ont marqué une chute de 10% depuis le début de l'année. Et cela n'est pas sans conséquences sur l'économie mondiale.

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Cette inquiétante fragilité de l’économie mondiale que révèle la volatilité du marché des matières premières

 Crédit SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Atlantico : Depuis le début de cette année 2018, les indices boursiers de matières premières ont pu marquer une chute de près de 10%, ce qui pourrait être compris comme un signe précurseur d'un ralentissement économique. Comment évaluer les risques que révèlent cette chute des matières premières sur l'économie mondiale ? 

Rémi Bourgeot : La financiarisation des marchés de matières premières a donné lieu, comme sur la plupart des marchés, à des attentes de gains continus alors même que la dynamique des prix avait commencé à s’émanciper des fondamentaux économiques et notamment de la faiblesse de grands émergents comme la Chine. Les prix des matières premières sont restés déprimés depuis leur grande chute de 2014-2015. On a pu observer une stabilisation et un début de rebond à partir de 2016 mais sans reprendre la voie des prix d’avant chute.

Le même type de pari sur la hausse inexorable des prix, sur la base de tendances démographiques mondiales, se réaffirme pourtant mois après mois et donne lieu à une série de déceptions. 

On observe une situation de fond quelque peu différente naturellement en fonction des marchés. Dans le secteur énergétique, la production mondiale de pétrole a été affectée par l’effondrement de la production vénézuélienne notamment, et les nouvelles difficultés désormais de l’Iran, sans que le surplus de production attribué à l’Arabie saoudite ne vienne compenser cette situation intégralement. Par ailleurs malgré le rebond des derniers mois des prix du pétrole, la révolution technologique de la fracturation hydraulique n’a pas fini de bouleverser le paysage énergétique mondiale, d’autant plus que ces technologies ne cessent de progresser et de voir leur coût baisser.

De façon plus générale, les craintes quant à l’impact des tensions commerciales accroissent la pression sur les prix des matières premières, d’autant plus dans le secteur métallurgique qui est au cœur du conflit commercial porté par les Etats-Unis. Mais il serait naturellement erroné d’affirmer que ces tensions commerciales viennent briser une tendance de hausse continue. On peut simplement discuter de l’hypothèse selon laquelle ces tensions freineraient un rebond sur la base de niveaux de prix qui restent déprimés par rapport aux sommets atteints il y a quelques années.

Le fond du sujet demeure notamment lié à la relative morosité de l’économie chinoise, comparé aux attentes extraordinaires qui se concentraient sur le pays il y a encore seulement quelques années. Par ailleurs, de façon plus prosaïque, la cherté relative du dollar qui se poursuit dans le temps maintient les prix en dollars sous pression puisqu’il s’agit de la devise de dénomination de la plupart des matières premières. Le commerce mondial suit une tendance fondamentalement différente de celle d’avant la crise mondiale, et les tensions commerciales actuelles n’en sont qu’un élément.

Alors que les thématiques relatives aux matières premières peuvent concerner les pays émergents de manière disproportionnée, comment évaluer les vulnérabilités de ces pays au regard de cette baisse constatée depuis le début de l'année ? 

On trouve effectivement des exportateurs très importants de matières premières parmi les pays émergents comme la Russie, le Brésil, le Mexique par exemple, et également de grands importateurs comme la Chine, l’Inde ou la Turquie. La situation des pays émergents est assez diffuse de ce point de vue. Paradoxalement, on a tendance à voir les marchés émergents, et notamment les devises, évoluer de façon fortement corrélée par groupes, et non pas forcément en fonction de leur statut d’importateur ou d’exportateur de matières premières même lorsque ces prix connaissent une réévaluation brutale. De plus certains pays exportateurs de matière premières affichent néanmoins un déficit de la balance courante, comme c’est le cas par exemple du Mexique ou du Brésil. Et certains grands importateurs connaissent un excédent commercial important, comme c’est évidemment le cas de la Chine.

 
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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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