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Cette guerre des nerfs entre Washington et Téhéran sur la question du nucléaire

Le Président de la République Islamique d'Iran, Hassan Rouhani, a menacé Donald Trump mardi dernier de reprendre son programme nucléaire si les Etats-Unis venaient à sanctionner l'Iran une nouvelle fois.

Qui perd gagne ?

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Cette guerre des nerfs entre Washington et Téhéran sur la question du nucléaire

Atlantico : Le Président de la République Islamique d'Iran, Hassan Rouhani, a menacé Donald Trump mardi dernier de reprendre son programme nucléaire si les Etats-Unis venaient à sanctionner l'Iran une nouvelle fois. Le président iranien a affirmé que son homologue américain Donald Trump n'était « pas un bon partenaire ». De son côté Ali Khameney, Guide suprême de la révolution islamique a déclaré "Ceux qui sont au pouvoir aux Etats Unis (...) souffrent encore de l'illusion de diriger le monde. Ils parlent comme s'ils étaient les dictateurs du monde !" (...) "mais si vous êtes un état puissant, alors allez diriger votre propre pays", en référence aux événements de Charlottesville.

Assiste-t-on à une nouvelle étape dans l'opposition entre Iran et Etats Unis ? 

Thierry Coville : Je crois que l’Iran tient toujours à l’accord sur le nucléaire. Mais on voit que c’est une réponse des dirigeants iraniens aux nouvelles sanctions. Ces derniers respectent l’accord, et tout le monde - dont l’agence internationale de l’énergie atomique - le confirme. Tous signataires et partenaires reconnaissent l’action de l’Iran. Mais l’idée est - et on voit bien la stratégie des Etats-Unis - de pousser l’Iran à la faute, et de sortir à l’accord. En fait, l’Iran rappelle que si il n’y a pas d’accord, il y aura des radicaux voudront aller vers un Iran nucléaire. C’est une réponse aux nouvelles sanctions des Etats-Unis, mais c’est également une réponse coordonnées car on voit très bien, avec le nouveau gouvernement de Rohani, il y a une stratégie de la part de ce dernier de renforcer ses relations avec les religieux et notamment le guide suprême Ali Khamenei. Donc l’idée de l’Iran est de montrer que ses dirigeants tiennent à l’accord, mais de dire aux Etats-Unis qu’il y a des limites aux sanctions qu’ils peuvent supporter. Il faut quand même rappeler que l’esprit de juillet 2015 était que l’Iran réduise son programme nucléaire, en échange d’une levée des sanctions.

Milad Jokar : Ce qu’a dit Rohani n’est rien de nouveau. C’est une réponse aux multiples attaques de Donald Trump par rapport à l’accord sur le nucléaire, qu’il menace de déchirer depuis le début de sa campagne. Ce qu’a dit Rohani, dans le contexte d’un discours au parlement, dans le cadre du vote de confiance des ministres, a effectivement rappelé que le président Trump accuse l’Iran d’avoir violé l’esprit de l’accord, malgré que l’AIEA a confirmé que l’Iran respectait l’accord. Ce que fait Rohani est qu’il adresse un discours fort, comme n’importe quel autre président, où il dit que si les Etats-Unis veulent sortir de l’accord, l’Iran est prêt à reprendre son programme nucléaire en très peu de temps. Ce qu’il dit n’est vraiment pas nouveau. Je pense qu’il y a eu quelques erreurs d’interprétation de ce que Rohani a réellement dit. Celui-ci a utilisé le conditionnel.

Quels sont les véritables moteurs de ce retour à une menace nucléaire ? S'agit il d'une simple provocation, ou faut il y voir une véritable intention, pouvant être guidée aussi bien par l'hostilité de l'administration Trump à l'égard de Téhéran, que par l'aboutissement du programme nord coréen ?

Thierry Coville : Non, c’est juste une réponse aux nouvelles sanctions. L’Iran tient à rester dans le cadre de l’accord sur le nucléaire, mais rappelle que, sans, rien n’empêchera le pays à reprendre son programme nucléaire. Ils sont toujours signataires du traité de non-prolifération. Mais il faut se rappeler que lors de la signature de cette accord, il y avait des radicaux qui étaient contre et qui pensaient que c’était faire trop de concession aux occidentaux. Il n’y a pas de changement de stratégie de l’Iran, mais c’est une réponse adaptée aux nouvelles sanctions américaines.
 
Milad Jokar : Je n’utiliserai pas le terme de menace. C’est vraiment de la rhétorique pour faire passer le message que personne n’a intérêt à ce que Donald Trump sorte de l’accord sur le nucléaire. Le message est également adressé à l’Union Européenne qui a des intérêts et qui a affiché sa volonté de rester dans le nucléaire tout comme l’Iran. Cependant Donald Trump a en permanence menacé de déchirer le “pire accord qu’il n’ait jamais vu”, pour le citer. Dans ce contexte là, Rohani répond qu'il n’y a aucun intérêt à sortir de l’accord, et que si ça se passe l’Iran reprendrait son programme nucléaire. Aujourd’hui, Rohani cherche à attirer les investisseurs étrangers pour faire en sorte de redresser davantage l’économie iranienne tout en respectant l’accord sur le nucléaire.
 

Quelles sont les réactions à attendre de la part de Washington ? Jusqu’où peut aller cette séquence ? Avec quelles conséquences pour les équilibres régionaux ? 

Thierry Coville : C’est la grande question. On ne voit pas trop la stratégie des Etats-Unis. A part de dire que l’Iran est méchant, et qu’il est à l’origine de tous les problèmes. La décision de Trump de s’allier derrière l’Arabie Saoudite ne fait qu’augmenter les tensions dans la région. Il n’y qu’à voir les problèmes entre l’Arabie Saoudite et le Qatar. L’Iran est quand même présent sur toutes les théâtres d’opérations de la région : en Irak, en Syrie, en Afghanistan. Quel va être le résultat de cette stratégie de diabolisation extrême? Car dès qu’on attaque l’Iran, il y a un réflexe nationaliste où tous les courants s’allient face à une menace extérieure.
 
Milad Jokar : Il y a une deadline qui approche. En octobre, le président Trump va devoir, à nouveau, confirmer que l’Iran est en accord ou pas sur le nucléaire. Il est vraisemblable que l’Iran respectera une 8ème fois l’accord selon l’AIEA. Maintenant, ce qui en ressort, c’est que Trump veut faire en sorte que l’Iran sorte de l’accord sur le nucléaire. Chose à laquelle les Iraniens ont répondu “nous ne tomberons pas dans le piège, et nous resterons fidèles à l’accord”. Si Donald Trump veut sortir de l’accord, le tort sera sur les épaules des Etats-Unis. Par rapport à la politique régionale dans le Moyen-Orient. Il est essentiel de maintenir des relations économiques et diplomatiques avec l’Iran pour faire en sorte de restructurer une région qui a besoin de se solidifier d’un point de vue économique. Par rapport à sa position géostratégique, l’Iran reste un pilier car elle est au centre de la route de la Soie, qui est la stratégie de la Chine, et a toujours été, historiquement, un moteur économique de la région.

 

 
Commentaires

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  • Par Marie-E - 22/08/2017 - 13:01 - Signaler un abus bof bof bof

    je connaissais Coville pas Jokar .....de toute façon même tonneau. 1/ J'adore : " L’Iran est quand même présent sur tous les théâtres d’opérations de la région : en Irak, en Syrie, en Afghanistan" euh vous avez oublié le Yemen ... et ben oui figurez vous que c'est même le problème des Iraniens qui s'installent partout et qui mettent le bazar et qui deviennent insupportables à la Jordanie, à l'Egypte, à l'Arabie Saoudite et à Israël et le projet d'accord avec la Turquie pour contrer les Kurdes irakiens.... 2/ Trump a bon dos mais la proposition de loi visant la Russie, l'Iran....Le projet, qui doit encore être adopté par le Sénat, inclut aussi des sanctions contre l'Iran, notamment contre les Gardiens de la révolution accusés de soutenir le terrorisme, et contre la Corée du Nord, pour ses tirs de missiles. L'Iran a réagi mercredi à cette "mesure hostile", qui pourrait influencer négativement l'application de l'accord sur le nucléaire iranien conclu en juillet 2015, selon le ministre adjoint aux Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi cité par l'agence de presse iranienne ISNA. (http://www.ladepeche.fr/article/2017/07/25/etats-unis-quasi-unanimite-congres-sanctions-contre Russi

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 22/08/2017 - 15:27 - Signaler un abus Oui l'iran réagit à Trump qui

    Oui l'iran réagit à Trump qui en a beaucoup trop laché aux saoudiens pour 400miliards de contrats .... .... En annonçant le risque de suspension de l'accIld, Il encourrage les Européens à calmer papy Trump ... Mais ça va se calmer tout seul, dès que les américains auront rempli leur carnet de commande d'armes dans le secteur .

  • Par vangog - 22/08/2017 - 21:31 - Signaler un abus L'Iran est un semeur de merde tous azimuts...

    terrorisme exporté, chiisme, Qatar, Afrique musulmane...il n'y a pas que le nucléaire! Et Trump s'irrite à bon escient, d'un élément perturbateur avec qui, tous ceux qui ont des revendications territoriales ou de pouvoir, veulent s'allier...comme par hasard! Car ils savent que l'Iran, comme la Corée, sont les pitbulls qu'ils tiennent en bout de laisse, pour obtenir le maximum de leur adversaire. L'UE de la bécasse Moguerrini et de papa Schultz est complètement out, dans le nouvel équilibre mondial qui se dessine. La GB, plus fidèle allié des USA, est plombée par ses dettes européiste...l'Amerique du sud est contaminée par le marxisme le plus rétrograde. Les USA sont très seuls et très affaiblis, après les deux mandats d'Obama-l'islamophile. Trump a besoin de temps pour rendre aux USA son identité détruite par la gauche. Voilà pourquoi il montre les muscles, face aux deux pitbulls (Corée et Iran) nourris et excités par ceux qui veulent la souveraineté monétaire et militaire, Chine en tête (mais beaucoup y ont intérêt)...

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 22/08/2017 - 21:51 - Signaler un abus Et va falloir s'y faire car

    Et va falloir s'y faire car la Chine veut sa part de gâteau et se sert de la marionnette cooréene...... Mais les USA ne sont pas dupes ! Pour l'Iran c'est la doctrine diviser pour régner.... Trump aide les saoudiens et ramasse 400 milliards de contrats....... Après demain il reprendra les discussions avec l'Iran pour refaire du business avec eux... L'argent n'a jamais eu d'odeur !

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Thierry Coville

Thierry Coville est chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran. Il est professeur à Novancia où il enseigne la macroéconomie, l’économie internationale et le risque-pays.
 
Docteur en sciences économiques, il effectue depuis près de 20 ans des recherches sur l’Iran contemporain et a publié de nombreux articles et plusieurs ouvrages sur ce sujet.

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Milad Jokar

Milad Jokar, chercheur associé à l'IPSE (Institut Prospective et Sécurité en Europe), enseigne la géopolitique moyen-orientale à l'EM Normandie. 

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