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Cette guerre culturelle 100% occidentalo-occidentale qui se cache derrière le choc supposé entre “Judéo-chrétiens” et “Arabo-musulmans”

La décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël ravive les craintes d’un conflit culturel (et armé) entre un monde qui se revendiquerait de plus en plus comme judéo-chrétien face à un monde arabo-musulman. Pourtant, c’est au sein même des pays occidentaux que se rouvrent actuellement de vieilles fractures

Jérusalem

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Cette guerre culturelle 100% occidentalo-occidentale qui se cache derrière le choc supposé entre “Judéo-chrétiens” et “Arabo-musulmans”

​Atlantico : Dans une analyse publiée par la Washington Post "Pour Trump, Jerusalem est une extension d'une guerre culturelle globale" l'éditorialiste Ishaan Tharoor explore les justifications de politique intérieure​ qui ont pu façonner la décision prise par Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. En revenant sur cette matrice de "guerre culturelle", en quoi ce clivage peut-il se retrouver dans l'ensemble de l'Occident ? Faut-il y voir une réaction à ce qui a pu être considéré comme une hégémonie culturelle de la gauche depuis les années 60-70 en Occident ? 

Vincent Tournier : Que la décision de Trump repose sur des considérations de politique intérieure, c’est assez évident, et même logique car tout responsable politique doit se préoccuper de ses électeurs, surtout lorsqu’il a l’occasion de leur montrer qu’il tient ses promesses.

Pour autant, la volonté de réduire cette décision à un calcul électoral, voire à une manière de répondre à une simple exigence religieuse, apparaît très discutable. D’abord, sauf cas particulier, les électeurs accordent assez peu d’importance aux enjeux internationaux. Donc, sur ce point, si Trump escompte marquer des points, c’est plutôt parce que le déchainement de mépris qu’il suscite de la part des milieux intellectuels et d’une partie de la gauche peut conforter ses électeurs dans le sentiment qu’il est dans le vrai. Ensuite et surtout, la façon dont les observateurs présentent cette décision laisse entendre que Trump serait soumis à un lobby occulte et foncièrement religieux, voire fanatisé. Cela revient à dire que la décision du président n’a aucune justification, qu’elle ne s’appuie sur absolument rien, ce qui est étonnant puisque, comme certains l’ont rappelé, Trump ne fait qu’appliquer une décision du Congrès américain adoptée à l’unanimité en 1995, mais systématiquement repoussée par les présidents successifs. On oublie aussi que, en 2008, Barak Obama avait aussi proclamé que Jérusalem est appelée à rester la capitale d’Israël.

Dans sa déclaration, Trump part pourtant d’une évidence : jusqu’à présent, le refus d’accéder à la demande israélienne sur Jérusalem n’a aucunement permis de faire avancer les choses. Par ailleurs, Trump indique bien que cette reconnaissance n’est pas contradictoire avec la solution des deux Etats et, plus encore, qu’elle n’a aucune incidence sur le statut final de Jérusalem. On peut en effet très bien imaginer que, si un Etat palestinien vient à se concrétiser un jour, il pourra prendre Jérusalem-Est pour capitale, même s’il n’est pas du tout garanti que les pays musulmans aient envie que la mosquée Al-Aqsa soit gérée par les Palestiniens (l’esplanade des Mosquées est actuellement gérée par la Jordanie).

C’est d’ailleurs ce que laisse entendre une information qui vient de filtrer selon laquelle l’Arabie Saoudite demanderait aux Palestiniens de renoncer à Jérusalem-Est comme capitale, la raison étant que l’Arabie Saoudite cherche à se rapprocher d’Israël pour contrecarrer les ambitions de l’Iran, lequel représente une menace bien plus importante pour son hégémonie régionale que l’Etat d’Israël. Si on ajoute à cela que les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite ont engagé un rapprochement depuis quelques mois, on comprend que la décision de Trump sur le statut de Jérusalem relève d’une décision bien plus sophistiquée que ne le laisse entendre une certaine presse. Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’avec cette décision sur Jérusalem, qui vient un peu bousculer les acteurs de la région, Trump déclenche une dynamique favorable au processus de paix dans la mesure où il met les Palestiniens, du moins ceux de la Cisjordanie, au pied du mur : soit ils choisissent la confrontation en se joignant aux islamistes du Hamas, mais dans ce cas ils risquent de tout perdre, soit ils poursuivent leur ancrage dans le camp de la négociation et peuvent espérer obtenir des avancées significatives.

Edouard Husson : La « guerre culturelle » est plutôt une expression à mettre dans la bouche de Steve Bannon. Trump a un tempérament politique plus qu’intellectuel. Ce qui est certain, c’est qu’il veut réaffirmer la primauté de la nation - un ordre international ne peut s’appuyer, pour lui que sur des nations fortes. Pour Trump, Israël est d’abord une nation courageuse qui lutte pour son indépendance dans un Proche-Orient hostile. Il faut se demander dans quelle mesure Trump ne déteste pas l’Islam d’abord parce qu’il prétend imposer un ordre supranational. Le christianisme de Trump est protestant et donc national. On a exalté le 500è anniversaire de la Réforme en oubliant soigneusement de rappeler que Luther est un des premier formulateurs du sentiment national allemand. Les observateurs, experts, intellectuels de toute sorte semblent avoir perdu la vue synthétique. Ce qu’ils détestent chez Trump, ils oublient de le voir chez Luther. J’irai même plus loin: Le sentiment national allemand de Luther est une des sources de l’antisémitisme allemand - le réformateur allemand a écrit certains des textes les plus abjects jamais composés contre les Juifs. Alors que s’il y a une chose dont on ne peut pas soupçonner Trump ni les chrétiens évangéliques américains c’est d’antisémitisme. Le président américain est porteur de la vision fondatrice des Etats-Unis. Les Etats-Unis sont une création « judéo-chrétienne », c’est-à-dire sur le modèle d’Israël dans la Bible. Le calvinisme n’a pas tiré de la référence vétéro-testamentaire une haine d’Israël - à la différence du luthéranisme; au contraire, il y a un effet miroir. 

 
Commentaires

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  • Par cloette - 08/12/2017 - 08:15 - Signaler un abus mal vu

    pas politiquement correct de parler de choc de civilisation ?

  • Par Djib - 08/12/2017 - 08:15 - Signaler un abus un trosième facteur pour expliquer l'hostilité croissante

    des politiques européens à l'égard d'Israel: les électeurs musulmans de plus en plus nombreux qu'ils croient devoir caresser dans le sens du poil.

  • Par gerard JOURDAIN - 08/12/2017 - 10:03 - Signaler un abus Mais c'est normal....

    l'Europe et la France en particulier, sont des démocraties décadentes. Ils ont peur de tout..mais ont un avis sur tout.... normal; après 40 ans d'assistanat... on ose plus bouger une oreille. pas grave, il y a 7,4 milliards d'habitants sur terre....la relève est assurée.

  • Par ISABLEUE - 08/12/2017 - 10:45 - Signaler un abus Jérusalem est et a toujours été la capitale d'Israel

    l'intifada, encore une, menée par des gens qui sont à l'age de pierre, ne nous étonne pas. Ils aiment tant mourir en martyrs, que les Israéliens les contentent. Ras le pompon de ces acculturés;

  • Par A M A - 08/12/2017 - 11:04 - Signaler un abus Comment interpréter la

    Comment interpréter la décision américaine de s'implanter à Jérusalem dans le cadre du conflit pluri-séculaire qui oppose les Etats-Unis et la Russie, et envenimé au Moyen-Orient, avec la confrontation des l'axes USA-Arabie-,Israël et Russie- Iran- Turquie, pour dominer la région Irak-Liban-Syrie? La question des lieux-saints parait marginale.

  • Par Djib - 08/12/2017 - 11:07 - Signaler un abus lLe prosélytisme musulman.

    Etonnant le nombre de "lieux saints" décrétés par le culte musulman. En toute logique on devrait avoir la Mecque pour les sunnites et Kerbala pour les Chiites, mais cette religion très envahissante les multiplie pour développer son prosélytisme. Jérusalem ne devrait être historiquement un lieu saint que pour les Juifs et les Chrétiens. Pourquoi les orthodoxes ne déclarent-ils pas Constantinople "lieu saint" pour faire chier les Turcs?

  • Par Marie-E - 08/12/2017 - 11:51 - Signaler un abus aujourd'hui

    ce qui intéresse les Palestiniens c'est uniquement la Vieille Ville car il y a les lieux saints juifs. Dans les journaux du Proche Orient (pas dans l'Orient le Jour) et sur les réseaux sociaux on voit partout réclamer la totalité de Jérusalem comme capitale éternelle de la Palestine (pas d'affolement ce sont d'éternels copieurs qui agissent en miroir des juifs) .... visiblement il n'y a que le Proche Orient qui est au courant (pays arabes inclus) quand on voit les réactions con cons des occidentaux. On va attendre que la colère passe comme d'habitude, prier pour nos soldats et nos policiers, faire attention (même en France car il y a des c.ns de terroristes partout) et on va continuer à célébrer Jérusalem capitale indivisible et éternelle d'Israël en attendant la Jérusalem céleste.."Sur les bords des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion.... Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite se dessèche ! Que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens de toi, si je ne fais de Jérusalem le principal sujet de ma joie !..." psaume 137 ....cela fait un bout de temps que le peuple juif pense à Jérusalem à Sion.

  • Par Deudeuche - 08/12/2017 - 13:02 - Signaler un abus @Marie E

    Nous sommes d’accord. Merci M Trump et M Poutine. L’hydre paradoxal islamo-Liberal (de Trudeau a Taubira en passant par Hollywood et Tariq Ramadan) veut la mort du monde judéo-chrétien. Chacun dans son camp.

  • Par kelenborn - 08/12/2017 - 14:54 - Signaler un abus Eh oui

    Toujours un plaisir de lire Husson qui sait si bien conjuguer intelligence et culture! Une réserve importante dans ce que dit Tournier: je suis agacé par ce comportement "munichois" largement alimenté par la gauche bien pensante et ses chiens de garde mérdiatiques selon lequel, il faut absolument éviter de hérisser le poil des musulmans vivant en Europe! C'est très exactement ce qui était dit par rapport à Hitler à la fin des années 30 avec le résultat que l'on sait! Je suis à peu près persuadé que les français d'origine chrétienne sont plus solidaires des juifs que des musulmans! Et Bensoussan a quand même été acquitté!! Je ne doute pas un seul instant que les juifs n'ont pas , globalement grand chose à craindre, ce qui n'exclut pas des agressions ponctuelles mais ça...

  • Par clint - 08/12/2017 - 21:26 - Signaler un abus "judéo-chrétien" n'est employé que par les chrétiens !

    Pour beaucoup de juifs ils ne se sentent pas vraiment plus proches des chrétiens que des musulmans! Paul a construit un fossé énorme entre les juifs et les chrétiens en abandonnant les prescriptions de la loi mosaïque, dont en premier la circoncision. Le fossé n'a fait que de s'élargir lorsque les romains ont calqué l'église catholique sur l'empire romain!

  • Par Liberte5 - 08/12/2017 - 21:34 - Signaler un abus Enfin deux intervenants qui mènent une réflexion sur le sujet.

    Et ce contrairement aux médias Français qui sont d'une nullité crasse.

  • Par vangog - 09/12/2017 - 01:37 - Signaler un abus Excellente analyse d’Husson et Tournier!

    L’intervention de Donald semble signer la fin de la guerre froide israélo-palestinienne, « exportée » dans les pays pleutres comme la France gauchiste. Il ne se passera rien du cataclysme prévu par les peureux, car les enjeux moyen-orientaux dépassent le cas d’Israël. L’Arabie saoudite est en train de se rapprocher de son allié historique, les USA, afin de contrebalancer l’influence de l’axe Irano-Syrien. Le Qatar, lui, choisit de faire ami-Ami avec Macron...Donald a parfaitement joué son coup, et il devient le garant du droit international, qui donne à tout état le droit de choisir sa capitale (dixit Gilbert Collard)!

  • Par Ganesha - 09/12/2017 - 09:28 - Signaler un abus Pacifisme

    Les commentaires ci-dessus sont consternants et terrifiants ! On a l'impression d'être en 1914 ou en 1940, et de lire ''la guerre va être fraîche et joyeuse'' ! Ou Johnny Hallyday, disant ''je vais vaincre le cancer du poumon'' ! Seuls des vieillards irresponsables peuvent écrire de pareilles conneries ! Heureusement, l'ensemble des gouvernements européens et l'association des musulmans de France se prononcent en faveur d'une solution pacifique !

  • Par assougoudrel - 09/12/2017 - 10:53 - Signaler un abus Ce que l'auteur a oublié de dire

    Il a parlé de Luther et ses propos et textes odieux envers les juifs. Les musulmans ne veulent rien changer des textes de leurs prophète, même les plus abjects et l'on voit ce que cela engendre aujourd'hui. Certains parmi ces gens sont bornés, à la limite d'être civilisés. Donc l'auteur nous parle de Luther l'antisémite enragé, mais il a oublié de dire que le 4 décembre 2016, l'Eglise Protestante a demandé PARDON à la Communauté Juive pour l'antisémitisme de Martin Luther et qu'elle a gommé le mauvais du fondateur pour ne garder que le bon. Cela a certainement un rapport avec la décision de Trump. Si cela n'avait pas été fait (le pardon), les musulmans auraient dit que Trump le protestant qui applique à la lettre les préceptes de Luther l'antisémite, est mal placé pour prendre cette décision. Je suppose Trump bat le fer pendant qu'il est encore chaud et que c'est le bon moment de faire avancer les choses. Quand on demande pardon on est en position de "faiblesse" devant la victime. L'Eglise protestante devait bien cela à Israël; d'ailleurs le Clergé la désapprouve.

  • Par assougoudrel - 09/12/2017 - 10:58 - Signaler un abus L'Eglise protestante demande pardon

    http://www.lalibre.be/actu/belgique/l-eglise-protestante-unie-demande-pardon-a-la-communaute-juive-pour-l-antisemitisme-de-martin-luther-58419399cd7003fc4010ea9e

  • Par clint - 09/12/2017 - 21:35 - Signaler un abus Ce qui veut dire que le protestantisme repose sur un raciste!

    Bizarre ! Pourquoi ne rejoignent ils pas les catholiques, alors !

  • Par Zèbre Zélé - 13/12/2017 - 08:15 - Signaler un abus Jérusalem revendiquée par les 3 religions du livre ? Vraiment ?

    Il n’y a pas trois « religions du livre ». Ce concept désigne dans le Coran les juifs et les chrétiens et par extension les non-musulmans. L’Islam ne se considère pas comme « religion du livre ». Par ailleurs, il ne s’agit ni du même livre ni surtout de la même conception de ce que le livre sacré symbolise. Le Catéchisme de l’Eglise catholique rappelle que « La foi chrétienne n’est pas une “religion du Livre” et que « le christianisme est la religion de la Parole de Dieu, non d’un verbe écrit et muet, mais du Verbe incarné et vivant ». Quand à Jérusalem, cette ville est bien le berceau des religions juive et chrétienne, mais en aucun cas celui de la religion musulmane. Le seul lien religieux de l’Islam avec Jérusalem est une fiction : c’est le rêve du « voyage de Mahomet » sur son cheval ailé. C’est bien évidemment un symbole destiné à prendre possession métaphoriquement des lieux saints pour tenter de s’y rendre légitime. L’islam ne peut revendiquer aucune histoire religieuse à Jérusalem où il n’a qu’une histoire d’occupation militaire, très longue certes, mais sans aucun évènement fondateur.

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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Vincent Tournier

Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.

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