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Cette dangereuse tentative d’OPA des minorités sur notre démocratie

Les phrases, les situations qui semblaient autrefois anodines deviennent des crimes. Nous sommes tous coupables - d’avoir bu un verre, d’avoir blagué sur les femmes, de manger de la viande, d’avoir offensé une minorité quelconque - et les inquisiteurs nous guettent.

Dictature de la minorité

Publié le
Cette dangereuse tentative d’OPA des minorités sur notre démocratie

 Crédit SAUL LOEB / AFP

Atlantico : Votre livre,  "Délivrez-nous du Bien !", écrit avec Natacha Polony et publié aux éditions de l'Observatoire, est avant tout une charge contre certaines grandes évolutions sociétales et ses "nouveaux curés" qui, en érigeant un Bien exclusif, désignent comme coupable toute personne qui ne souscrit pas à leur credo. Pourquoi dénoncer le caractère religieux de cette "nouvelle inquisition" ?

Jean-Michel Quatrepoint : Ce sont des bigots ! Vous êtes sommés d'adhérer au dogme, et si vous n'adhérez pas au dogme, vous êtes excommuniés en vue d'une rééducation. On est bien dans une religion, qui veut vous obliger à penser, dans le cadre des dogmes. Revenons pour l'illustrer sur le problème du féminisme. Bien évidemment, les femmes voulaient être égales en droit aux hommes. Il était même incroyable qu'il ait fallu attendre le Général de Gaulle avant qu'on leur donne le droit de vote. C'était cela le combat réel du féminisme, celui qui demandait les mêmes droits.

Nous pensons que les femmes et les hommes doivent être bien évidemment égaux en droit comme d’ailleurs tous les êtres humains, mais il sont différents et complémentaires. L'être humain progresse de ces complémentarités et de ses différences. Il faut accepter la différence. Mais on essaye de nous imposer une seule vision, un seul modèle, et les féministes les plus extrêmes (dans le cadre des genders théories etc.) vont vers l'androgynie. Le vrai féminisme indispensable était pour l'égalité des droits. Historiquement, dans les pays occidentaux, l'objectif est atteint, même s'il reste un certain nombre de domaines dans lesquels il pourrait y avoir des améliorations.

Mais les combats de ces minorités partent toujours d'un bon combat qui un jour obtient des résultats. Le jour où ils obtiennent ces résultats se pose alors la question : "qu'est-ce que nous devenons, en tant qu'association, qu'ONG ?". C'est à ce moment-là que ces groupes, pour pouvoir continuer à exister et même tout simplement à survivre financièrement,poussent le bouchon toujours un peu plus loin. Et là on bascule dans le déséquilibre. De la même façon qu'il y a eu des déséquilibres en défaveur des homosexuels, des femmes et des minorités. Mais ceux-ci sont en passe d’être gommés, et le balancier passe totalement de l'autre côté. On en arrive à des aberrations sur la négation du genre humain, comme dans le cas des spécistes. Prenons le cas des végans : il est très compréhensible que certains souhaitent suivre ce régime. C'est parfaitement leur droit. Mais qu'ils n'empêchent pas les autres de manger de la viande.

Là, on est dans la religion et dans l'excommunication.

Vous rassemblez les différentes parties de ce grand mouvement moralisateur sous une bannière, celle du "minoritarisme", qui considère que le bienfait de la minorité, surtout si elle est opprimée, est supérieur au nécessités de la majorité. Ne faut-il pas y voir avant tout l'affaiblissement de tout idéal commun ?

Bien sûr. L'intérêt de la communauté et de la majorité sont dévalués. Ce n'est pas neutre que ce mouvement vienne des Etats-Unis, puisque les Etats-Unis se sont construits sur la "Tyrannie de la Majorité" décrite par Tocqueville. Pour éviter celle-ci, on développe des groupes de pressions et des minorités, dont l'action conjointe aboutit finalement à faire le progrès social. Mais le néo-libéralismed’aujourd’hui accouche d’une hyperindividualisation, poussée jusqu'à l'absurde. L'individu est au-dessus de tout. Au-dessus du bien commun. Cela peut s’expliquer par rapport à l’affrontement avec le communisme, qui au nom du collectif bafouait les droits individuels. Mais maintenant l'hyperindividualisme bafoue les droits collectifs. Là aussi, le balancier est parti trop loin. La technologie, la civilisation du mobile accompagne tout cela. Quand vous voyez le narcissisme des selfies et ces gens qui ne regardent plus le monde que par leur portable ! Dans ce contexte, on se retrouve avec des minorités activistes, qui en veulent toujours plus et qui souhaitent imposer aux autres leur vision du monde.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 15/09/2018 - 14:25 - Signaler un abus Je connais une féministe, veganiste, asexiste, macroniste et...

    unijambiste! Je lui ai dit que, quand-même , elle exagérait ...elle m’a répondu qu’elle allait bientôt se faire greffer pour réparer cela...je lui ai répondu: »un cerveau? »

  • Par Beredan - 15/09/2018 - 18:36 - Signaler un abus Tyrannie des minorités

    Quand on est élu avec moins de 24% du corps électoral ...

  • Par Anouman - 15/09/2018 - 19:57 - Signaler un abus Minorités

    Ce sont des minorités mais des minorités délirantes. Mais si elles sont audibles c'est parce que les médias et les politiciens (enfin certains) leur font écho ou leur prêtent une oreille attentive, les uns en quête de sujets, les autres en quête d'électeurs ou en manque d'idées idiotes.

  • Par cloette - 16/09/2018 - 09:11 - Signaler un abus Le calcul

    On rassemble toutes les minorités, et le total fait une majorité ?

  • Par assougoudrel - 16/09/2018 - 10:05 - Signaler un abus Souvenir du bon temps

    où on pouvait traiter un connard de "pédé rouge" (pédé et communiste) qui était vu comme une double tare (terme que l'on entendait chez les militaires dans les années 70). Cela me rend nostalgique. Maintenant ces gens-là essaient de nous la mettre par tous les moyens.

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Jean-Michel Quatrepoint

Jean-Michel Quatrepoint est journaliste. Après onze ans passés au Monde, il a dirigé les rédactions de l’Agefi, de la Tribune et du Nouvel Economiste. Il a été pendant quinze ans le patron de La Lettre A. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont La Crise globale (Mille et une nuits, 2008) et Le Choc des empires (Gallimard, 2014).

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