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Ces PDG du CAC40 qui au 10 janvier ont déjà gagné autant que ce que gagneront les Français les moins qualifiés en 2017 : qui sont ceux qui le méritent vraiment ?

Alors qu'en 2015, la rémunération moyenne des patrons des 120 plus grandes entreprises française a atteint 1.8 millions d'euros, il n'aura fallu que quatre journées en 2017 pour ces patrons pour percevoir plus que l'équivalent d'un SMIC annuel brut. Est-ce que les compétences suffisent à expliquer ces gains qui semblent extravagants à beaucoup ?

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Publié le - Mis à jour le 13 Janvier 2017
Ces PDG du CAC40 qui au 10 janvier ont déjà gagné autant que ce que gagneront les Français les moins qualifiés en 2017 : qui sont ceux qui le méritent vraiment ?

Atlantico : Alors qu'en 2015, la rémunération moyenne des patrons des 120 plus grandes entreprises française a atteint 1.8 millions d'euros, il n'aura fallu que quatre journées en 2017 pour ces patrons pour percevoir l'équivalent d'un SMIC annuel brut. Au regard de cette distribution inégalitaire des revenus, comment expliquer de façon rationnelle de tels niveaux de rémunérations ? Faut il y voir un effet direct de la mondialisation et du capitalisme financier ?

Jean-Charles Simon : Encore le chiffre que vous rappelez ne comprend que la partie des rémunérations versée en « cash », et pas celle, plus importante, des rémunérations en actions…

L’erreur de base sur ce sujet consiste à vouloir le traiter sous un angle moral.
A chercher à définir ce qui serait « acceptable » ou pas, comme s’il s’agissait d’argent public. Alors que c’est un pur sujet de marché, d’offre et de demande. Entre les propriétaires d’une entreprise, représentés par leur conseil d’administration, et les dirigeants qu’ils choisissent. C’est aussi un marché du travail, mais un micro-marché très particulier. Où il va s’agir d’acheter un pedigree, une réputation, un profil, une expérience et des compétences susceptibles d’être les mieux perçus par les différentes contreparties – actionnaires, marchés, clients, collaborateurs… Avec bien sûr l’espoir que ce dirigeant crée le plus de valeur possible pour ces propriétaires de l’entreprise.
 
Ces rémunérations sont donc tout à fait rationnelles. Sinon, ceux qui possèdent l’entreprise feraient tout pour les réduire. Or leur présélection des candidats éligibles, selon les critères évoqués précédemment, les conduit à approcher des personnes déjà très bien rémunérées, et qui ont des alternatives également très rémunératrices, y compris en dehors de l’univers des entreprises cotées, les seules pour lesquelles les rémunérations sont transparentes. La plus forte rémunération du CAC 40 en 2015 a été celle du patron de Sanofi, tout juste recruté, en raison d’une importante prime d’arrivée qu’il a fallu lui verser pour qu’il accepte de quitter le grand groupe international dans lequel il travaillait auparavant.
 
On évoque parfois la consanguinité des conseils, dont les membres se protégeraient entre eux et s’attribueraient de manière croisée de très hautes rémunérations. Outre que cette situation n’a plus vraiment cours aujourd’hui en France, il faut observer que les rémunérations sont au moins aussi élevées dans beaucoup de pays étrangers où la composition des conseils est irréprochable de longue date, et les standards de gouvernement d’entreprise très élevés. On peut aussi observer que les actionnaires approuvent très massivement ces niveaux de rémunération à la lumière des votes de « say on pay » en assemblée générale, qui sont presque toujours largement favorables en France où dans les autres pays qui les prévoient. Enfin et surtout, un certain nombre de ces grands groupes cotés sont contrôlés par un actionnaire unique. Et dans ces groupes, les dirigeants sont également très bien payés, donc sur décision du propriétaire qui accepte ainsi ce coût qu’il supporte directement car il n’y voit pas d’alternative viable.
 
Si elles sont tout à fait rationnelles, ces rémunérations ont en effet certainement progressé sous l’effet de la mondialisation. Il y a davantage de comparaisons internationales dans l’échelle de ces rémunérations, et ont augmenté dans des pays où elles étaient traditionnellement plus faibles à raison du rapprochement qui était fait entre les dirigeants de groupes de même taille dans d’autres pays. Quant à la dimension financière, il est clair que rémunérer en grande partie en actions est vertueux à beaucoup de titres – ce sont les actionnaires qui « paient » et leurs intérêts sont directement alignés avec ceux des dirigeants –, mais aussi un effet très inflationniste dans des périodes où les marchés actions augmentaient fortement, en tout cas plus vite que les salaires.
 

Nicolas Goetzmann : L'effet mondialisation est le plus simple et le plus cohérent. D'une base nationale, les entreprises se sont ouvertes au marché mondial, avec un effet multiplicateur sur leurs clients et donc sur leurs chiffres d'affaires. Dans le même temps, la mondialisation a permis à ces mêmes entreprises de délocaliser leurs unités de production vers les zones ayant les coûts salariaux les plus élevés. Hausse du chiffre d'affaires et hausses des marges ont provoqué la hausse des profits. De plus, les dirigeants capables et diriger ce type d'entreprises mondialisées deviennent fortement plébiscités, ce qui entraine, par le jeu de l'offre et de la demande, une accélération de leurs rémunérations. Le phénomène est donc actuellement inégalitaire avec une compétition maximale sur les bas salaires avec l'entrée des pays émergents dans le système, et une progression des revenus des dirigeants qui se met en place au même moment. On peut aussi retenir le cas des entreprises technologiques, qui sont capables de s'ouvrir au monde entier avec un très faible nombre de salariés. Le cas la vente de WhatsApp est ici un bon exemple. Le fondateur de l'entreprise, Jan Koum, vend son entreprise à Facebook pour 19 milliards de dollars en 2014 alors que celle-ci ne compte que 55 salariés. Il se retrouve à la tête de près de 7 milliards de dollars. On assiste donc à double phénomène, entre concentration de richesses entre quelques mains d'une part, et une stagnation des revenus en bas de l'échelle d'autre part. Plus globalement, de tels effets ont aussi été rendus possibles par des économies qui ont eu une tendance désinflationniste au cours des 30 dernières années, ce qui a entrainé une dévalorisation de la rémunération du travail, et une survalorisation des gains du capital.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 10/01/2017 - 10:03 - Signaler un abus Gains des dirigeants du CAC 40

    Bel exemple de désinformation politiquement correcte, qui imagine les responsabilités de ces dirigeants? ne fût-ce qu'en nombre de salariés dans ces sociétés.

  • Par Anguerrand - 10/01/2017 - 10:23 - Signaler un abus La France pays de la jalousie chronique

    Rien n'est plus important que le PDG d'une entreprise, c'est lui qui est responsable ( pour les très grandes entreprises) du personnel, de la stratégie marketing, et mieux vaut un salaire de PDG elevé, qui ne représente pas grand chose par rapport au CA. On a vu le rôle de Carlos ghosn qui en a fait de Renault et Nissan de belles entreprises devenus enfin rentable malgré son salaire, que Anne Lauvergeon qui a mis Areva en faillite en prenant des décisions folles, comme la mine d'uranium inexploitables et des centrales dont le coût est énorme et qui continue à augmenter, et qu'EDF a dû absorber sur ordre de l'état en mettant EDF en difficulté avec sa dette de plus de 50 milliards en plus de la sienne. De plus il ne faut pas oublier que les PDG sont un marché international et qu'un bon PDG se paie cher s'il fait gagner beaucoup d'argent à son entreprise. Maintenant si on on veut payer les PDG au smic nous aurons droit à des Melanchon ou des Hollande qui vont mettre l'entreprise en faillite. Alors il faut choisir. Il ne faut pas regarder le salaire du PDG mais ses résultats quitte à le payer en proportion de ses performances.

  • Par Citoyen Ordinaire - 10/01/2017 - 11:03 - Signaler un abus Sans Blague

    Un homme seul ne peut rien... Pour avoir dirigé des petites équipes de 50 personnes, l'importance suprême du PDG est une blague, même s'Il est important qu'il soit compétent évidemment. Mais c'est toute une équipe qui fait la réussite d'une entreprise, y compris les ouvriers sans qui ce même PDG n'est rien... Ghon sans ouvriers aura du mal à sortir des voitures. Alors je trouve ces situations honteuses, l'écart est ridicule.

  • Par DESVESSIESPOURDESLANTERNES - 11/01/2017 - 06:48 - Signaler un abus anguerand

    Tu as vu Renault il y a 30 ans , tu le vois aujourd'hui face a Mercedes , BMW ,Honda ....tu vois les SUV renault face aux Cayenne et land rover , tu vois Renault absent sur les segments des utilitaires , des coupés etc..Tu vois Renault aux USA ? Tu vois le salaire estimé du Ghosn et tu es content !

  • Par Anguerrand - 11/01/2017 - 08:08 - Signaler un abus A DESVESSIESPOUR DES LALTERNES

    Les constructeurs français se sont cantonnés dans le bas et milieu de gamme où ils sont actuellement dans les meilleurs, Il arrivent à monter en gamme ça qui est difficile pour les généralistes comme Opel. Perdant de l'argent ils ne pouvaient en mettre sur la recherche et le développement. Néanmoins il faut voir les 2008, 3008, et 5008 pour dire que les allemands font mieux. Chez Renault le Kadjar se vend comme des petits pains. Et Nissan de même . Une précision d'importance les constructeurs français sauf Honda sont classés ans les 7 premiers sur 30. Mercedes 15 eme, groupe WV 30 eme ( VW, Audi, Skoda, Seat etc ) sont les 30 eme et dernier. J'ai eu une CLA fabriquée en Hongrie, une vraie m....J'ai du m'en séparer à cause de l'électronique défaillant ( après un an) et durant cette période malgré la venue d'un technicien d'usine les problèmes n'ont pu être réparé et je ne suis pas le seul. Ne comptez pas sur un geste commercial de Mercedes, ils ne bougent pas. Après un an après leur avoir demandé de me changer la voiture sans succès, ils m'ont repris ce modèle comme un véhicule d'occasion. Ne pas compter sur Auto Plus , l'automobile ,RTL, etc n'ont pas bougé d'un pouce ( pub retiré

  • Par DESVESSIESPOURDESLANTERNES - 13/01/2017 - 00:12 - Signaler un abus @ re anguerrand

    Tu as vu challenge et les ventes de psa et renault en chine : confidentielles sur un marché de 28 millions d'unité .Pourquoi -et c'est pas la faute des ouvriers- absence du marché SUV ! Les rémunérations -pharaoniques-de leurs dirigeants ne sont donc pas justifiées par leurs bons choix stratégiques .Ils sont donc absents sur les 2 plus gros marchés (+ USA) .....et tu continues à dire qu'ils sont les meilleurs ..dans le bas de gamme !!! Ouahh ! cocorico !

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Jean-Charles Simon

Jean-Charles Simon est économiste et entrepreneur. Chef économiste et directeur des affaires publiques et de la communication de Scor de 2010 à 2013, il a auparavent été successivement trader de produits dérivés, directeur des études du RPR, directeur de l'Afep et directeur général délégué du Medef. Actuellement, il est candidat à la présidence du Medef. 

Il a fondé et dirige depuis 2013 la société de statistiques et d'études économiques Stacian, dont le site de données en ligne stacian.com.

Il tient un blog : simonjeancharles.com et est présent sur Twitter : @smnjc

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Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr.
 
Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

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