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Les céréales sont-elles vraiment les amies du petit-déjeuner ?

Selon l'étude d'une organisation indépendante américaine, certains paquets de céréales afficheraient une teneur en sucre trop importante, au point de présenter des risques pour la santé. Le point avec Patrick Tounian, responsable de l'unité de nutrition pédiatrique de l'hôpital Trousseau à Paris.

Sugar Baby Love

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Une organisation indépendante américaine de santé publique à but non lucratif vient d’analyser 80 paquets de céréales transformées. Résultat : certaines  références affichent des teneurs élevées en sucres, proches des sucreries. L’organisation recommande, pour un petit déjeuner sain, de privilégier les céréales complètes non transformées et des fruits frais plutôt que des jus ou des œufs.

La publication de cette étude a été également l’occasion d’attirer  l’attention sur les risques d’une surconsommation de sucre tels que le diabète ou encore l’addiction au sucre dans un article paru sur le site Le Figaro.fr.  

 Atlantico : De manière générale, les céréales bénéficient d’une image positive auprès des consommateurs et notamment auprès des enfants pour lesquels les céréales du matin sont souvent le seul moyen de leur faire avaler quelque chose au petit déjeuner. Si elle dit vrai, cette publication sème le doute. Alors que faire ? Faut-il bannir les céréales trop sucrées ?  Quelles sont vos recommandations pour un petit déjeuner équilibré ?

Patrick Tounian : Cette enquête dénonce le caractère très (trop) sucré des céréales que consomment les enfants au petit-déjeuner, comme l’avait déjà fait en France l’association UFC-Que Choisir il y a quelques années. Il en est déduit, en s’appuyant sur l’opinion de certains chercheurs, que ces produits pourraient être responsables, à long terme, d’une addiction au sucre, d’une surcharge calorique ou d’un diabète chez l’enfant. Ont-ils tous raison ?

L’enquête dit vrai. Les céréales incriminées sont effectivement autant, voire plus sucrées que certains gâteaux ou desserts. Il est également indéniable qu’une alimentation trop riche en sucre est délétère chez l’enfant. En revanche, les accusations qui sont portées sur les effets néfastes d’un excès de sucres sont erronées.

Il n’existe pas d’addiction au sucre. L’addiction se traduit par l’existence d’une part, d’une dépendance physique caractérisée par des manifestations de tolérance entraînant des besoins de plus en plus conséquents pour obtenir le même effet, et d’autre part par des symptômes de sevrage lorsque l’individu est privé de la substance en question. Elle conduit donc à un comportement cherchant à se procurer de manière incontrôlable la substance dont on est dépendant. Les sucres ne suscitent aucun de ces signes physiques ou comportementaux.

Donc, si l’ingestion de sucre produit effectivement un plaisir qui partage les mêmes voies cérébrales que celui induit par la consommation de certaines drogues (nicotine, alcool), aucun élément ne permet d’affirmer que les sucres en partagent également la dépendance toxicomaniaque. Les très sérieux travaux du Dr Ahmed, cités dans l’article du Figaro.fr, ont effectivement montré une addiction au sucre supérieure à celle pour la cocaïne … chez le rat. Mais tout ce qui concerne le rat n’est pas toujours extrapolable à l’Homme. D’ailleurs, en l’occurrence, tous les travaux effectués sur l’humain démontrent clairement qu’il n’y a pas d’addiction au sucre dans notre espèce (1).

Le risque principal entraîné par l’excès de sucre est, non pas la surcharge calorique et donc l’obésité, mais l’exposition à d’éventuelles carences nutritionnelles. En effet, contrairement à ce qui est écrit dans l’article en question, l’appétit est parfaitement régulé chez l’enfant (Je parle bien sûr de l’humain, peut-être que cette phrase ne concernait que le raton). Le poids d’un enfant est programmé et son cerveau (plus exactement son hypothalamus) a pour fonction de réguler son appétit et son activité physique pour assurer l’évolution pondérale selon cette programmation, en grande partie génétiquement déterminée. Chez l’enfant obèse (je ne sais pas si c’est différent chez le raton), la programmation du poids se fait à un niveau plus élevé, ce qui explique son appétit accru (2).

Donc, en cas de repas un peu plus riche, par exemple à cause de céréales un peu plus sucrées, le système de régulation de poids, très performant à cet âge, va moduler l’appétit pour compenser l’excédent énergétique sur les repas suivants. La courbe de poids restera donc régulière. Si l’on poursuit ce raisonnement, des repas successifs franchement trop riches en sucres (il faut vraiment une surcharge conséquente) risquent, du fait de la régulation de l’appétit, d’entraîner une diminution de la consommation des autres aliments, et notamment de ceux apportant calcium, fer, vitamines et autres oligoéléments. On en conclut donc bien que la consommation excessive de produits sucrés peut être responsable de carences nutritionnelles et non de surcharge pondérale. Mais quelques grammes de sucres en plus dans des céréales ne représentent bien évidemment pas une consommation suffisamment excessive de glucides pour entraîner des carences, loin de là …

Enfin, l’excès de sucre n’est pas responsable d’une augmentation du nombre de diabète de type 2 chez l’adolescent. Comme l’affirme mon collègue le Pr Vexiau, on voit effectivement aujourd’hui un peu plus de diabètes de type 2 chez les jeunes adolescents génétiquement prédisposés. Le responsable est, non pas la consommation accrue de sucres, mais l’augmentation de l’obésité massive qui touche tout particulièrement certaines ethnies prédisposées au diabète. Il faut cependant relativiser ces chiffres. Dans un service comme le nôtre à l’hôpital Trousseau, nous avons accueilli près de 10 000 enfants obèses en plus de vingt ans, souvent très sévères, et nous n’avons à déplorer que … 3 cas de diabète. Il touchait à chaque fois des adolescents de plus de 130 kg et appartenant à une ethnie prédisposée. Peut-être mangeaient-ils aussi des céréales trop sucrées, qui sait ?

Avec toutes ces données, peut-on encore sérieusement accuser ces céréales trop sucrées de déséquilibrer l’alimentation des enfants et de nuire à leur santé ? L’équilibre alimentaire se juge sur au moins une journée, ou mieux, sur une semaine, mais en aucun cas sur un repas, fut-il le sacro-saint petit-déjeuner. Il est donc nutritionnellement stupide d’évoquer la notion de petit-déjeuner équilibré … sauf bien sûr si on est vendeur de céréales. Alors messieurs de l’Environmental Working Group, occupez-vous plutôt de l’environnement, il en a grandement besoin. Les risques sanitaires que fait encourir l’alimentation chez l’enfant ne s’évaluent ni avec des rats, ni avec des chiffres, ni en extrapolant les résultats obtenus chez l’adulte. Bien alimenter un enfant nécessite une expérience pédiatrique scientifique solide, du bon sens et … le sens du bon.

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NDLR : Le professeur Patrick Tounian tient à préciser qu'il n'a "aucun lien direct avec l’industrie céréalière, je dis direct car j’ai un conflit d’intérêt avec Nestlé mais uniquement dans le domaine qui me concerne, c’est-à-dire les laits infantiles et les petits pots pour enfants (pour lesquels je donne parfois des avis).”

(1) [Bellisle F. Addiction au goût sucré: vrai ou faux débat ? Cah Nutr Diét 2008 ; 43 Hors-série 2 : 2S52-55].

(2)[Tounian P. Programming towards childhood obesity. Ann Nutr Metab 2011; 58 (suppl 2): 30-41].

 

 

 
Commentaires

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  • Par yoda - 27/12/2011 - 22:18 - Signaler un abus de bonne tartines beurrées....

    avec selon le gout un peu de confiture c'est l'idéal... par rapport à toutes ces merdouilles qu'ils vous balancent pour le petit dej !

  • Par Rhytton - 28/12/2011 - 10:59 - Signaler un abus Tout exces est mauvais!

    Pas assez de sel: crampes, deshydratation. Trop de sel: hypertension. Pas assez de sucre: hypoglycemie. Trop de sucre: diabete. Pas assez de gras: folie. Trop de gras: cholesterol. Pas de viande: kwashiorkor. Trop de viande: cancer du colon. Trop de calcium: calculs renaux, pas assez: osteoporose... Un peu de tout avec bcp de fruits et legumes: ca va! Quelle machine compliquee que le corps humain!

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Patrick Tounian

Patrick Tounian est professeur de pédiatrie, chef du service de nutrition et gastroentérologie pédiatrique de l'hôpital Armand-Trousseau à Paris.
Docteur en sciences, il dirige les formations " Obésité de l'enfant et de l'adolescent " et " Nutrition de l'enfant et de l'adolescent " à la faculté de médecine Pierre-et-Marie-Curie de Paris.
Il est secrétaire général de la Société française de pédiatrie et auteur de nombreux livres et publications scientifiques sur la nutrition et l'obésité de l'enfant et de l'adolescent.

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