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Censure anti-jeunes : pourquoi la société française perd son temps à vouloir les corriger plutôt que d'exploiter leurs ressources ?

Vincent Cespedes analyse la société contemporaine, montrant que celle-ci compte de moins en moins sur la jeunesse pour se réinventer. Il invite à donner de l'ambition à la nouvelle génération, à lui transmettre de l'ardeur et à l'autoriser à critiquer le monde pour faire naître le désir d'entreprendre et la soif de vivre. Extrait de "Oser la jeunesse", publié aux éditions Flammarion (2/2).

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Censure anti-jeunes : pourquoi la société française perd son temps à vouloir les corriger plutôt que d'exploiter leurs ressources ?

Extrait de "Oser la jeunesse", publié aux éditions Flammarion. Crédit Reuters

Mais la censure antijeune des sociétés frileuses commence à un niveau inframédiatique : dans le langage qu’on utilise pour s’adresser à toi. Rarement de la parole vivante, de la passion pour te comprendre et échanger ; souvent du discours à sens unique, des ordres à suivre, des commandements. Prête attention aux aînés qui s’adressent à toi. La plupart se montrent-ils ouverts au dialogue, intéressés par ton point de vue et prenant le temps de le découvrir ? Non : ils t’écoutent pour te juger, et te jugent pour te recadrer.

Et ça les fait jouir, parce que ça les rassure. Parce qu’ils te contrôlent et par conséquent contrôlent tout ce qui pourrait nuire à leur confort intellectuel et émotionnel. Chaque usage du conditionnel te tire les oreilles : « Tu devrais… Tu aurais dû… » ; chaque usage de l’impératif t’aboie dessus. Ils te font la leçon, et refusent que tu la leur fasses. D’où leur hypocrisie envers les enfants, leur mépris railleur des adolescents, leur flagrant rejet des jeunes adultes.

A l’époque victorienne, le romancier Charles Dickens avait fait du droit des enfants son cheval de bataille. Le 8 février 1858, un dîner fut organisé sous sa présidence pour célébrer l’anniversaire de la fondation d’un hôpital des enfants malades à Londres. Il confia, lors de son discours : « Je me suis donné pour règle dans la vie de ne pas croire quelqu’un qui me dit qu’il ne s’intéresse pas aux enfants. » En 2015, l’auteur d’Oliver Twist se retourne dans sa tombe : les enfants – ce qu’ils ont à raconter, à condamner, à pointer du doigt, à vouloir meilleur – n’intéressent, au mieux, que leurs proches, mais les démocraties modernes les rejettent, et avec eux, les jeunes de moins de trente ans. Si des publicitaires se penchent sur leurs habitudes et leurs attentes, c’est pour mieux les manipuler. Des psys, pour soigner leurs addictions, leur « hyperactivité » ou leurs pulsions morbides. Des doctrinaires politiques, pour les embrigader et les instrumentaliser. Des entreprises cyniques, pour les exploiter. Tous veulent corriger la jeunesse et non l’accepter telle qu’elle est, avec ses défiances, ses déviances, son aplomb.Tous veulent lui apprendre à vivre, dans le sens de lui apprendre à la dure la politesse et les bonnes manières, non dans celui d’un enseignement enthousiasmant.

Extrait de "Oser la jeunesse", de Vincent Cespedes, publié aux éditions Flammarion, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 
Commentaires

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  • Par langue de pivert - 20/08/2015 - 17:16 - Signaler un abus A donf' ? ☺

    For "the times they are changing" Bob Dylan (environ 1965) C'est quand même autre chose que cette bouillie pleine de poncifs à 2 balles !

  • Par Deudeuche - 21/08/2015 - 08:27 - Signaler un abus L'auteur décrit le l'establishment

    pathétique des vieux 68ards au pouvoir qui s'évertue à demander à la jeunesse de pratiquer ce qu'ils ont systématiquement détruits (civilité, obéissance, morale, respect des limites etc...). "La jeunesse manque de repère" ce qui signifie "elle n'est pas sagement post-moderne admirative des Cohn Bendit et des Elisabeth Badinter". Peut être après la mort de ces apparatchiks de la déconstruction!

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Vincent Cespedes

Vincent Cespedes est l'auteur de nombreux ouvrages, dont chez Flammarion, en 2010, "L'homme expliqué au femmes" et "L'ambition ou l'épopée de soi", en 2013. Ancien professeur de philosophie, il anime aujourd'hui des conférences et voyage dans le monde entier.

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