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Cannabis et déclenchement de schizophrénie : la bombe à retardement de la Super Skunk

Alors depuis l'arrivée des catégories de cannabis, skunk ou superskunk à la fin des années 90, plusieurs études montrent les risques de maladies mentales liées à la consommation de ces nouvelles variétés.

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Publié le - Mis à jour le 29 Mars 2018
Cannabis et déclenchement de schizophrénie : la bombe à retardement de la Super Skunk

Alors que depuis l'arrivée des catégories de cannabis, skunk ou superskunk à la fin des années 90, plusieurs études avaient pu montrer les risques de maladies mentales liées à la consommation de ces nouvelles variétés, des psychiatres britanniques mettent aujourd'hui en cause ces produits pour des cas de psychose, de délires paranoïaques et de schizophrénie. Comment expliquer de tels effets ?

Le chanvre indien ou Cannabis indica est une plante herbacée annuelle à tige droite, proche du chanvre commun ou Cannabis sativa, qui est quant à lui utilisé pour fabriquer la fibre textile de chanvre. Car le premier est riche en tétrahydrocannabinol (THC), alors que le second n'en renferme que des traces. Les principaux synonymes du chanvre indien ou "cannabis" sont le haschisch (mot d'origine arabe), l'herbe, la marijuana (mot d'origine espagnole), la marie-jeanne ou encore le shit. En réalité, ces synonymes ne sont pas strictement équivalents, car chacun d'eux est fréquemment associé à un mode de préparation particulier, réalisé à partir de la plante brute.
C'est ainsi que les termes d'herbe, de marijuana et de marie-jeanne sont plutôt employés pour désigner l'herbe séchée, alors que ceux de haschisch et de shit le sont plutôt pour désigner la résine (plus concentrée en THC) qui est extraite de l'herbe.
 
En raison de sa richesse en tétrahydrocannabinol (THC), son principal principe actif, le cannabis est un produit stupéfiant, classiquement considéré comme une "drogue douce", ce qui est de moins en moins vrai eu égard aux procédés actuels de fabrication de dérivés concentrés en THC qui sont de plus en plus souvent consommés. Comme presque tous les stupéfiants, il a un effet antalgique ou antidouleur, qui est parfois utilisé en thérapeutique.
 
Ce sont les feuilles, les fleurs et les tiges du chanvre indien femelle ou "cannabis" qui sont consommées, après avoir été séchées et hachées : il s’agit alors du cannabis naturel ou "herbe". Ce cannabis naturel peut être mâché ou fumé. Le kif est en principe du cannabis naturel qui est mélangé à du tabac pour être fumé. Mais c'est de plus en plus souvent de la résine qui est mélangée à du tabac, pour être fumée dans des "joints" roulés ou dans des pipes à eau inspirées du narguilé.
 
Si la notion de "drogue douce" pouvait à la rigueur se justifier avec la consommation de cannabis naturel (herbe séchée), elle n'est plus adaptée aux formes concentrées que sont la résine et surtout l'huile (forme la plus riche, mais moins utilisée), réellement dangereuses. Il faut préciser que la forte tendance actuelle à l'augmentation de la concentration en THC des dérivés du cannabis est particulièrement le fait d'une sélection génétique d'herbes concentrées et qui plus est de souches de cannabis produites par manipulations génétiques. Ces formes concentrées de cannabis sont cultivées notamment aux Pays-Bas et appelées Misty, Ice blue, Nederweet, Amnesia, Sinsemilla, Skunk ou encore super Skunk. Ainsi, non seulement la résine est plus concentrée que l'herbe en THC, mais de surcroît on est parvenu à obtenir de nouvelles formes de cannabis qui sont naturellement enrichies en THC. Les résines de cannabis les plus concentrées ont ainsi un taux de THC qui dépasse très largement 20 %, alors que le taux initial du Cannabis naturel était très inférieur à 10 %.
Le THC a une affinité exceptionnelle et une réelle toxicité pour le cerveau.
 
Ce produit a des effets enivrant et sédatif, qui peuvent être recherchés par les consommateurs. Mais il perturbe la mémoire à court terme et la fixation mnésique durable ; il entraîne également des troubles de l'équilibre et de la coordination.
 
Le THC a aussi des effets désinhibiteurs, pouvant se manifester par une agressivité dirigée contre soi ou contre les autres, par des comportements dangereux (sources d'accidents de la voie publique, d'autant plus que ce produit perturbe l'équilibre et la coordination), ainsi que par une désinhibition sexuelle (relations non consenties ou non protégées). Il a également un effet anxiolytique très apprécié et recherché par les sujets inquiets. Mais cette action anxiolytique s'atténue avec le temps (c'est la tolérance, à ne pas confondre avec la dépendance) : après plusieurs mois ou années d’un abus de cannabis, l’anxiété réapparaît et de façon bien plus intense qu’elle ne l’était auparavant. Ce produit a encore un effet antidépresseur. C'est ainsi que les sujets dépressifs peuvent devenir des consommateurs réguliers de cannabis. Mais là encore, une tolérance s'installe avec les mois et surtout les années. Comme avec l'anxiété, la dépression finit par réapparaître et de façon bien plus grave qu'auparavant, avec dès lors un risque de suicide. En effet, l'augmentation du taux de suicides chez les jeunes serait en partie liée à leur fréquente consommation de cannabis.
 
Mais ce qui est encore plus préoccupant, c'est la relation bien établie entre la consommation de cannabis et la survenue ou l’aggravation de la schizophrénie. La schizophrénie est une psychose chronique se traduisant par des délires (typiquement, des délires paranoïdes, ainsi appelés parce que moins structurés que les délires paranoïaques), des hallucinations, un comportement aberrant et parfois d'allure automatique, un langage pauvre et parfois incompréhensible, une perte de contact avec la réalité, un repli sur soi (repli autistique) et souvent une régression intellectuelle et mnésique.
 

Quels sont les risques de long terme de consommation de tels produits skunk ou superskunk ?

La schizophrénie évoluée aboutit à un handicap mental et social majeur. Le risque de schizophrénie (maladie appelée communément "la folie") est d’autant plus élevé que la consommation est précoce et importante. Plusieurs études sont particulièrement alarmantes à ce sujet.

 

 
Commentaires

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  • Par JeanBart - 28/03/2018 - 10:37 - Signaler un abus Encore un argument

    en faveur de la légalisation : dans le cadre de la prohibition, le marché noir proposera toujours les substances les plus fortes, les plus concentrées. Elles sont plus faciles à transporter, à cacher, et promettent un effet puissant et immédiat. Dans un marché libéralisé, les amateurs de bière ne sont pas contraints d'acheter du tord-boyau qui rend aveugle.

  • Par Atlante13 - 28/03/2018 - 10:47 - Signaler un abus Très bien,

    légalisons rapidement les drogues, plus vite ça ira pour finir de crétiniser la population française. On appelle ça la sélection naturelle.

  • Par pale rider - 28/03/2018 - 10:54 - Signaler un abus Merci pour cet article.

    Ces faits sont connus depuis fort longtemps mais bien sûr silence radio de les médias. Peut être nos politiques sont heureux de l euthanasie de la jeunesse, droguée au cannabis elle est bien plus inoffensive que sous l emprise de l alcool ....

  • Par Ganesha - 28/03/2018 - 17:42 - Signaler un abus Dr. Gayet

    Vous nous faites là un article de propagande débile, destiné à ''caresser dans le sens du poil'' les lecteurs du quatrième âge d'Atlantico ! Exemple de ''réussite de la prohibition'' : en Arabie Saoudite, les gens deviennent aveugles parce qu'ils distillent du jus de raisin et produisent, par erreur, de l'alcool méthylique !

  • Par Stéphane Gayet - 28/03/2018 - 21:22 - Signaler un abus L'essentiel est que l'on parle plus et mieux de ses dangers

    Je ne fais pas de propagande pour le maintien de la prohibition du cannabis. Mon argumentaire est sous-tendu par le désir que l'on parle beaucoup plus des dangers de cette drogue qui est nettement plus toxique que plusieurs dérivés morphiniques. Si la légalisation devait conduire à ce que l'on informe plus et mieux le grand public sur ces dangers, comme cela a fini par être le cas pour le tabac, alors pourquoi ne pas faire l'essai pendant une période définie de la légalisation du cannabis ?

  • Par patamoto - 29/03/2018 - 07:21 - Signaler un abus Dr. Gayet, veuillez excuser

    Dr. Gayet, veuillez excuser Ganesha qui est un personnage grossier, prétentieux et suffisant, incapable d'apporter la contradiction sans insulter tout commentateur qui ne pense pas comme lui. L'anonymat permet à certains de se défouler sans risque...

  • Par Ganesha - 29/03/2018 - 10:01 - Signaler un abus Dr. Gayet

    Vous prenez position en faveur de la légalisation : cela clarifie votre opinion et je vous en remercie. Tous les gens qui disposent d'un minimum d'objectivité et de bon sens reconnaissent que la politique actuelle de la France sur ce sujet est un échec retentissant et qu'un changement est indispensable et urgent. Notre pays est très en retard sur ses voisins européens. La légalisation progresse également aux USA. Un seul pays a pris une direction opposée : les Philippines, où, sur instruction de leur président, la police s'est livrée à des milliers d'exécutions sommaires. C'est apparemment ce que souhaitent un certain nombre de ''papys-Atlantico'', mais ils ont peu de chances d'être exaucés. La référence en la matière, c'est la loi Veil sur l'avortement. Mais même sur cette question, il y a ici quelques abonnés qui sont en faveur du retour de la guillotine pour les ''faiseuses d'anges''. C'est ce qui explique ma colère et mon indignation.

  • Par Motlibre - 29/03/2018 - 11:09 - Signaler un abus Consommateurs complices

    Je crois qu'il serait temps d'appeler un chat un chat. Ceux qui font tourner le marché de l'offre, s'agissant du cannabis comme de tout autre marché, sont les consommateurs qui en achètent. Cette drogue, anciennement "douce", ayant évolué vers un certain nombre de variétés aujourd'hui reconnues comme dangereuses, je ne vois pas pourquoi ne pas considérer ENFIN que ses consommateurs sont donc complices des dealers, qu'ils font vivre et encouragent à poursuivre leur commerce. En termes de responsabilité, pour moi, les deux bords sont aussi coupables l'un que l'autre : fournisseurs ET consommateurs. Etonnant, du reste, de voir la France rendre coupable, sans provoquer trop de révolte, le client d'une prostituée – quand les conséquences ne regardent qu'eux-mêmes –, au prétexte que cela encouragerait l'exploitation de ladite prostituée, mais prendre toujours beaucoup de gants avec les clients de dealers, alors que les dégâts que fait un dealer sont autrement plus graves pour l'ensemble de notre société, et particulièrement de nos jeunes !

  • Par Ganesha - 29/03/2018 - 12:36 - Signaler un abus Motlibre

    Vous avez entièrement raison : clients de prostituées ou acheteurs de cannabis, même procédure : un tir de revolver dans la nuque ! Quand ces questions seront ainsi définitivement réglées, on continuera avec toutes les autres catégories d'êtres humains qui vous déplaisent ? Plus sérieusement, ce qu'il faut admettre, c'est surtout la primauté de l'information du public. La prostitution et la culture du cannabis doivent être aussi légales que l'alcool et le tabac. Un répression sévère devrait s'exercer sur la prostitution forcée.

  • Par ISABLEUE - 29/03/2018 - 17:13 - Signaler un abus HA ceci explique cela !!

    je me demandais pourquoi il y a tant de déséquilibrés !!!

  • Par Deudeuche - 29/03/2018 - 17:28 - Signaler un abus Le progrès continue

    Vive de nouveaux droits....et finissons en une fois pour toute!

  • Par Liberdom - 29/03/2018 - 22:37 - Signaler un abus Shit is real shit

    what a shit !

  • Par phillis - 30/03/2018 - 18:00 - Signaler un abus Nous le savons depuis longtemps!

    Mon mari a un cousin qui a ses 2 garçons qui a la suite de prise de cannabis sont devenus schizophrènes et qui se sont suicidés l'un à 18 et l'autre à 21 ans ne supportant pas ce qu'ils étaient devenus. La drogue comme l'alcool a chez certains sujets des effets dévastateurs. Je me souviens d'une conférence du Docteur Laqueille psychiatre à St Antoine qui nous alertait il y a 20 ans. Il y a toujours des exemples comme Ardisson qui se vante d'en consommer et chez qui il n'y a pas eu de conséquences psychiatriques. Il devrait être interdit d'en faire mention à la télé

  • Par Stéphane Gayet - 31/03/2018 - 13:44 - Signaler un abus Merci pour votre témoignage éclairant

    Votre témoignage en corrobore d'autres. Nous avons à présent des preuves scientifiques selon lesquelles il y a nettement plus de schizophrènes chez les personnes ayant consommé très tôt dans l'adolescence et régulièrement du cannabis que chez les personnes témoins. Merci de l'avoir écrit.

  • Par Ganesha - 31/03/2018 - 13:49 - Signaler un abus Phillips, ''histoire de chasse'' !

    Si tous les fumeurs de cannabis devenaient schizophrènes et et se suicidaient, il y aurait une sérieuse épidémie en France !

  • Par Ganesha - 31/03/2018 - 13:52 - Signaler un abus Et. Gayet

    Dans la bonne tradition d'Atlantico, la quasi totalité des intervenants n'ont fait que lire le titre, ou n'ont pas compris le texte ! Dr. Gayet, vous auriez du avoir le courage de préciser que, face à la variabilité du taux de THC, la seule réponse possible, c'est la légalisation et l'étiquetage obligatoire ! Lorsque nous achetons une boisson alcoolisée, il y a toujours une indication du taux d'alcool, chiffre sous le contrôle de l'Etat !

  • Par Ganesha - 31/03/2018 - 15:25 - Signaler un abus Dr. Gayet

    Le taux de schizophrénie dans l'ensemble de la population semble être un chiffre ''éminemment politique'' ! On trouve partout qu'il est actuellement de 1%. Quel était le taux en 1945 ? Depuis combien de temps établit-on des statistiques ? Après une assez longue recherche sur internet, je n'ai trouvé qu'une petite anecdote canadienne : dans ce pays, les femmes de 25 à 44 ans , dans les années 90, ne devaient pas fumer de ''joints'' : ''Les taux d'hospitalisation chez les femmes de 45 à 64 ans et de 65 ans et plus ont démontré une légère augmentation entre 1987 et 1999 (figure 3-4). Les taux chez les femmes âgées entre 25 et 44 ans ont diminué au cours de la même période.'' ==== https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/rapports-publications/rapport-maladies-mentales-canada/schizophrenie.html

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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