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Canal de Suez : comment le Président Sissi a remis l’Egypte en place sur l'échiquier international

L'inauguration en grande pompe de l'agrandissement du canal de Suez cette semaine par Al-Sisi, et François Hollande notamment, marque un tournant pour l'Egypte.

Le jour d'après

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Canal de Suez : comment le Président Sissi a remis l’Egypte en place sur l'échiquier international

Atlantico : Al-Sisi a inauguré hier l'agrandissement du canal de Suez, réalisé en 1 an au lieu de 3 initialement annoncées. Cet agrandissement du canal doit rapporter des milliards à l'économie égyptienne, et semble marquer le retour de l'Egypte sur la scène régionale voire internationale. Qu'en est-il réellement ? Après la longue période d'instabilité consécutive au printemps arabe, quelle est la situation aujourd'hui ? 

Roland Lombardi : Le jeudi 6 août 2015, l’Egypte a inauguré, en grande pompe et par une fastueuse cérémonie, la seconde voie du canal de Suez.

D'une longueur de 72 kilomètres, cette nouvelle voie a pour objectif de doubler la capacité du trafic sur cette artère fondamentale qui relie la mer Méditerranée et la mer Rouge.

D'après les estimations des autorités égyptiennes, d’ici 2023, 97 navires pourront emprunter quotidiennement le canal, contre 49 aujourd’hui. La nouvelle circulation dans les deux sens permettra aussi de réduire le temps d’attente des bateaux (18 à 22h actuellement contre 11h demain). Enfin, l’Egypte table ainsi sur un triplement à court terme des revenus du canal qui passeraient de 5 à 15 milliards de dollars par an.

Au-delà de son côté hautement symbolique, ce projet a littéralement enthousiasmé les Egyptiens puisque ce sont eux qui l’ont financé. D’ailleurs, il n’aura fallu que huit jours pour réunir l’équivalent de 9 milliards de dollars afin de lancer les travaux ! Travaux qui ont été réalisé en seulement un an, là aussi un record ! Même si des soldats et des conscrits, mal payés, ont grandement contribué à la rapidité de l’accomplissement de l’ouvrage…

Les Egyptiens, comme leurs aïeux antiques, ont toujours été passionnés par les grands travaux aux dimensions « pharaoniques ». C’est la raison pour laquelle, Sissi en avait fait les projets phares de ses promesses électorales. D’ailleurs, d’autres travaux de grandes ampleurs sont prévus. Comme le développement d’une grande plateforme industrielle et commerciale au bord du Canal avec notamment des ports et un grand centre de services pour les flottes commerciales. Celle-ci devrait permettre la création, selon les prévisions les plus optimistes, de plus d’un million d’emplois dans les décennies à venir. Il y a aussi le projet de la construction d’une nouvelle capitale administrative entre le Caire et Suez, la « Sissi-City » dont le coût s’élèverait à 45 milliards de dollars.

Cependant, malgré les félicitations et les encouragements du FMI ainsi que le retour de nombreux investissements internationaux privés comme publics en Egypte (grands groupes industriels, aides et fonds du Golfe, de l’EU, de la Russie ou de la Chine…), certains experts, échaudés qu’ils sont par les promesses non tenues et les échecs passés comme le projet de Tochka sous Moubarak, estiment que cette politique de grands travaux, à haute intensité de main d’œuvre, sera insuffisante pour relancer la troisième économie de l’Afrique. L’un des meilleur spécialiste du sujet, le chercheur Jean-Yves Moisseron, estime quant à lui, et à juste titre, que « le maréchal al-Sissi mène une politique keynésienne de relance à partir de grands travaux mais cette politique ne s’accompagne pas d’injections massives de revenus dans l’économie du pays ». L’économiste n’a pas tout à fait tort : pour relancer réellement une économie, les interventions keynésiennes ne suffiront pas. C’est une véritable et une totale refonte de l’économie que l’Egypte a besoin pour vaincre la misère et le chômage (l’inflation atteint 12 %, le déficit s’accroît toujours, le taux de chômage touche encore près de 40 % des jeunes égyptiens âgés de 20 à 24 ans et plus de 30 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté…).

 
Commentaires

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  • Par zouk - 08/08/2015 - 11:20 - Signaler un abus Egypte

    Nous devons souhaiter le meilleur succès au Maréchal Al Sissi, l'Egypte et tout l'Islam ont le plus rand intérêt à sa réussite. Et qui sait? Peut être son succès confirmé pourrait-il inciter les conservateurs absolus que sont les princes saoudiens et le émirs du Golfe à se rendre compte que le monde a changé. En attendant cela pourrait peut être (?) aussi inciter la Libye à la réorganisation d'une vie publique

  • Par Djib - 08/08/2015 - 17:20 - Signaler un abus La démographie folle jamais pointée du doigt!

    Avec 40 millions d'habitants, l'Egypte s'en tirerait parfaitement. Sauf qu'elle en compte plus du double. Toute croissance supplémentaire est immédiatement "bouffée" par la démographie galopante de ce pays. Au Yemen, la population double tous les 25 ans, en 2050 l'Afrique atteindra les 2 milliards d'habitants. Ce pic de population coïncidera avec l'apogée du réchauffement climatique. Il faut vous faire un dessin?

  • Par Mike Desmots - 09/08/2015 - 09:34 - Signaler un abus C'est sûrement cela le vrai " printemps arabe ".....

    Mais ...vu les ravages du djihadisme ..en Irak, Syrie ,Libye ,Tunisie, Yémen, Mali, Somalie et etc ...ca va prendre du temps...

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Roland Lombardi

Roland Lombardi est consultant indépendant et analyste chez JFC-Conseil. Il est par ailleurs docteur en histoire et chercheur associé à l'IREMAM, Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman d’Aix-Marseille Université, également membre actif de l’association Euromed-IHEDN.

Il est spécialiste des relations internationales, particulièrement de la région du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi que des problématiques de géopolitique, de sécurité et de défense.

Sur Twitter @rlombardi2014

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