Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 21 Octobre 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

Exilés fiscaux : la campagne présidentielle, concours Lépine de la taxe la plus déconnectée de la réalité

Sarkozy, Hollande comme Mélenchon, tous se trompent dans leur volonté de lier nationalité et fiscalité. Il existe des myriades de cas qui font de ce principe une fausse bonne idée.

Compétition

Publié le

Alors que la dette publique s’élève en France à 85 % du PIB et le taux de prélèvements obligatoires à 45 % (un record en Europe), on aurait pu penser que les candidats allaient rivaliser d’idées pour diminuer la dépense publique. Que nenni ! La campagne présidentielle est devenue un concours Lépine de la taxe la plus créative. Hollande propose, un soir, de passer la tranche supérieure à 75%? Qu’à cela ne tienne ! Au petit matin, Sarkozy décide de créer un impôt spécial pour Google. Taxer (les autres) semble toujours aussi populaire en France.

La dernière mode cette semaine a été de s’en prendre aux Français vivant à l’étranger. Comme s’ils avaient soudain découvert un gisement de pétrole délaissé par leurs prédécesseurs, nos deux candidats ont décidé d’aller chercher au lasso les Français qui osent payer leurs impôts à un autre Etat, en prétendant s’en prendre à « l’exil fiscal », notion commode. C’est une aberration technique et surtout une immense faute historique et morale.

Après la première sortie du président-candidat lundi, l’UMP a immédiatement tenu à rassurer les 2 ,5 millions d’électeurs qui résident à l’étranger. Nathalie Kosciusko-Morizet, proclamée pour l’occasion « porte-parole aux Français de l’étranger », s’est même fendue d’une très médiocre vidéo où elle différencie d’une voix mal assurée le méchant « exilé fiscal » cynique du gentil « expatrié » travailleur dont elle espère bien la voix. Mais hormis une poignée de grandes fortunes armées d’avocats fiscalistes, et qui ne seront pas à mal de semer les inspecteurs des impôts avec leurs gros sabots, comment le fisc pourra-t-il diable distinguer les deux catégories ? Facile, nous répond Nathalie : en taxant les revenus du capital (plus-values, intérêts, dividendes), pas du travail, et seulement lorsque leur taxation est inférieure à ce qu’elle eût été en France. Mais quid des entrepreneurs qui se rémunèrent sur le capital de leur entreprise? Quid des employés qui sont payés en actions ? Quid de ceux qui ont acquis leur capital en travaillant à l’étranger ? Quid des pays qui optent pour un taux plus élevé mais une assiette moins large (ou l’inverse) ?

On le voit, une telle mesure imposera nécessairement que tous les Français de l’étranger remplissent une déclaration de revenus au fisc français, qui exercera ses méninges à distinguer les « bons » revenus des « mauvais », puis à comparer les systèmes d’imposition de 160 pays. Autant dire que les Français de l’étranger auront le bonheur de retrouver à domicile ce pourquoi ils ont souvent quitté leur mère-patrie : les lourdeurs administratives, les paperasses à remplir, les explications à donner. La suspicion du fonctionnaire vis-à-vis de l’homme libre.

Le candidat socialiste, qui avait annoncé lors de son meeting à Londres vouloir « plus d’administration française auprès des Français de l’étranger » (elle nous manquait tant !), a tout de suite vu la richesse bureaucratique de cette idée. Trois jours après, il a promis de faire de même en « élargissant » encore l’impôt proposé par son rival. Plus modeste, il commencera par renégocier les conventions fiscales avec trois pays (Belgique, Suisse, Luxembourg), mais avec en tête d’étendre peu à peu le dispositif au reste du monde. Cela prendra dix ans, a-t-il précisé : en l’espace de deux mandats, chaque Français de l’étranger pourra donc guérir sa nostalgie du pays en conversant tous les mois de mai avec un agent du fisc français.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Mani - 17/03/2012 - 11:06 - Signaler un abus Les deux candidats

    Les deux candidats reconnaissent implicitement un état de fait : quoi qu'il arrive et quel que soit le candidat à le mettre en place, n'importe quelle réduction de dépenses provoquera des manifestations monstrueuses et des grèves destructrices. L'opposition rencontrée par le gouvernement britannique dans sa politique de dépenses sera dix fois plus grande pour des réductions effectives dix fois plus petites. Les deux candidats prennent implicitement acte de l'état de blocage de la société française.

  • Par ZOEDUBATO - 17/03/2012 - 11:26 - Signaler un abus Economie et transparence valent mieux que taxes et impôts

    Les problèmes de gouvernance et de budget ont 3 origines structurelles : -complexité et illogisme de l’organisation et des règles de fonctionnement , -responsabilités se recouvrant : A à des pouvoirs sur B qui a des pouvoirs sur C qui a des pouvoirs sur A -le financement n’est pas dans le champ de la gouvernance : A finance B qui finance C. D’où les problèmes constatés : -Une gouvernance volontairement obscure et que personne ne veut ni analyser ni rendre transparente car elle permet « le responsable pas coupable » et les bastions, les prés carrés, les fiefs dirigés par des potentats et autres détournements ou usurpations. -Des coûts monstrueux car une part importante des moyens humains et budgétaires est consacrée à gérer les dysfonctionnements (au lieu de les supprimer) et les interfaces. -Le développement « du juge et partie », du communautarisme, du copinage, du renvoi d’ascenseur, du népotisme, etc. -Des dépenses, investissements et engagements sans audits ni contrôles des écarts (voir les discussions sur l’origine des déficits) d’où la corruption, le détournement de fond, les enrichissements personnels, etc.

  • Par golvan - 17/03/2012 - 12:18 - Signaler un abus L'explication sur l'amour des

    L'explication sur l'amour des Américains pour les impôts est une douce rigolade, il suffit de regarder la référence du mouvement extra conservateur américain anti-impôts "le tea party". Plus généralement le fisc américain est infiniment plus impitoyable que le français et récemment il a été demandé aux paradis fiscaux de déclarer les avoirs américains qu'ils détiennent. Les Français libéraux qui prennent les USA pour modèle ne doivent pas oublier des morceaux du système en chemin. Personnellement je me moque de l'imposition des Français de l'étranger, j'aimerais seulement qu'ils paient l'école de leurs enfants que Sarkozy a rendu gratuite. Je me moque aussi du cinéma des 75%. La vérité c'est que dès le lendemain des élections, et quel qu'en soit le résultat, ce sont les classes moyennes qui vont être matraquées, parce que l'argent est là et que cette population est captive des frontières.

  • Par texarkana - 17/03/2012 - 13:38 - Signaler un abus Le Français à l'étranger pas bien les;étrangers en France bien

    Depuis la Révolution, pour les gauches le Français à l'étranger c'est l'Emigré, traître à sa patrie, évadé fiscal, colon, etc alors que l'Immigré en revanche enrichit la France de sa diversitude, pourtant ce dernier abandonne aussi son pays si on réfléchit bien c'est pareil , les gauches sont incohérents.

  • Par deathpurple - 17/03/2012 - 18:29 - Signaler un abus et la marmote ?

    Je suis français, et habite en Suisse pour des raisons de travail. Je ne vois pas comment le fisc français pourrait "m’embêter", n'ayant plus aucun capitaux en France. Je vis en Suisse, paie mes impôts en Suisse ... et profite des prestations suisse. Et pourquoi devrais-je en plus payer des impôts en France ?

  • Par Robert Marchenoir - 17/03/2012 - 21:14 - Signaler un abus Le communiste Sarkozy

    Je m'étonne qu'un représentant du parti libéral s'emmêle les pinceaux dans des justifications historiques tordues et fallacieuses, au lieu d'énoncer cette vérité toute simple : vouloir imposer les exilés fiscaux, c'est vouloir imposer un régime politique totalitaire en interdisant, de fait, aux Français de quitter leur pays. Autrement dit, c'est l'Union soviétique plus l'inquisition fiscale internationale, car je doute fort que les (rares) exilés que l'URSS laissait s'échapper aient été soumis à la fiscalité soviétique. La mesure de Sarkozy consiste à entourer la France d'une muraille de barbelés, puis à élargir cette muraille aux dimensions de la planète. Sarkozy plus communiste que Kossyguine : on a la "droite" qu'on peut.

  • Par NYOR - 17/03/2012 - 21:25 - Signaler un abus Robert

    J'élargirai même votre pensée : Sarkozy lors de son quinquennat, c'est montré d'un interventionnisme radicalement opposé à ce qui devrait être un de ses courants porteurs. Sarkozy est tout sauf un libéral. Il souhaite centraliser tout le pouvoir dans ses mains. Comment pourrait-il dès lors supporter le libre-échange ?

  • Par vangog - 18/03/2012 - 04:20 - Signaler un abus @deathpurple Vous êtes le plus menacé par l'hystérie Gauchisante

    qui s'est emparé de nos candidats en tête. Car pour ceux qui ont émigré à l'intérieur de l'Europe, cette taxation est incompatible avec les traités et constitue une atteinte à l'égalité des citoyens face à l'impôt dans un même pays et c'est aussi une atteinte à la libre circulation des citoyens et des capitaux. Est-ce la conséquence de ces candidats Fascistes rouges qui polluent l'élection présidentielle et incitent à la surenchère.

  • Par fms - 18/03/2012 - 22:08 - Signaler un abus la suspicion du fonctionnaire vis-à-vis...

    De l'homme libre. Franchement, rien que pour cette phrase cet article valait le coup d'être lu ! Ou alors, seulement pour cette phrase...

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig (@gaspard2012) Gaspard Koenig dirige le think-tank GenerationLibre. Il est également Vice-Président du Parti Libéral Démocrate. Il a notamment publié La nuit de la faillite (Grasset, 2013).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€