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Le business des applications est-il en train d'enfler comme une bulle ?

Des applications dont la valeur explose, des investissements massifs, une concurrence féroce... Le marché de ces petits logiciels continue de grossir rapidement. Au risque d'exploser ?

Boooooom !

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Le business des applications est-il en train d'enfler comme une bulle ?

Le marché des applications grossit rapidement. Crédit Sony

Atlantico : Yahoo a annoncé il y a quelques semaine l'achat de Summly, une application créée par un jeune britannique de 17 ans. Le montant du contrat n'a pas été dévoilé mais la presse britannique le situe autour 24 millions d’euros. Yahoo, au lieu d'acheter l'application, n'aurait-elle pas mieux fait de simplement embaucher le jeune garçon ? En quoi cela peut-il être rentable d'acheter une application à ce prix-là, qui sera peut-être dévaluée dans quelques mois ? 

Cyril Benhamou : Cette application a généré un buzz énorme dès sa sortie, avec un grand nombre de  téléchargements en quelques mois. Les médias ont tendance à occulter le fait que le jeune britannique avait déjà monté des applications de qualité, et qu'il avait plusieurs investisseurs de renoms, dont un milliardaire chinois et l'acteur Aston Kutcher qui se trompe rarement.

 Cette application n'a pas été développée sur un coin de table en 48H00, il y a une véritable structure derrière. Il ne faut pas se focaliser sur la jeunesse du garçon et sur le prix du rachat de l'application. Yahoo a racheté cette application car il y a des synergies entre la technologie de cette application et les nouvelles ambitions mobiles de Yahoo. Il y a un fort intérêt stratégique de Yahoo à se positionner sur le mobile.

John Karp : Avec ce rachat, Yahoo réussit un tour de force :  En effet, même avec quelques millions d’euros, le rachat peut être intéressant, et ce à plusieurs niveaux. Quand on achète une application, on achète ses utilisateurs. C’est donc un coup double pour Yahoo : cela permet à la fois de récupérer les utilisateurs de l’application et de recruter ce jeune talent. Cela créé également un énorme buzz, c’est également une nouvelle opportunité pour Yahoo d’attirer l’attention sur leur nouvelle dynamique depuis le retour de Marissa Mayer à la tête du groupe. Et puis, le plus souvent, le rachat d’applications se fait via un équivalent en actions, ce qui se pratique beaucoup dans la Silicon Valley. Ce n’est donc pas aussi impliquant qu’une véritable sortie d’argent.

Sur quoi repose la valorisation des applications aujourd'hui ? 

Cyril Benhamou : Le temps passé sur mobile par les utilisateurs est aujourd'hui en pleine explosion. Toutes les études marketing montrent également que l'attention de l'utilisateur sur son mobile est une attention active et non passive. Le smartphone est aujourd’hui l'outil sur lequel on passe le plus de temps connecté. Tout porte à penser que ce phénomène va continuer de s'accroître dans les prochaines années. Le marché des applications donne l'impression d'être un marché facile d’accès, sans barrière à l’entrée. Dans les faits, il est vrai que n'importe qui peut développer une application et à la diffuser sur iPhone, Android… . Mais, la réalité est très difficile pour les éditeurs d’applications, on sait par exemple que 80% des applications payantes disponibles sur Android, ont été téléchargées moins de 100 fois. 

John Karp : Tout dépend de l’acheteur et du vendeur. L’économie des applications est encore en pleine émergence. Au moment où Facebook a acheté Instagram, il y a avait eu beaucoup de critiques sur le montant de la transaction qui semblait complètement disproportionné, alors que les premiers bilans sont très positifs, dans la mesure où le groupe avait déjà énormément d’utilisateurs avant l’achat. Aujourd’hui, leur pari est réussi, ils en ont encore beaucoup plus. 

L’autre élément important est l’attraction du produit qui est la courbe de croissance de l’application. Du coup, même sans avoir beaucoup d’utilisateurs, l’opération peut être intéressante à long terme. 

A terme, toutes les applications pourraient-elles fonctionner sur un modèle gratuit ? 

Cyril Benhamou : On se dirige plus vers le modèle freemium que vers le tout gratuit. Au début du marché des applications, beaucoup d’applications fonctionnaient sur des modèles d’applications payantes. Rapidement, on s'est rendu compte que ce n'était pas le bon modèle pour optimiser l’ARPU (Average Revenu per User). D'autant plus qu'on sait maintenant qu’une application payante génère dix fois moins de téléchargements qu’une application gratuite. La tendance est de proposer une version gratuite de l’application avec des options payantes dans l’application. 

John Karp : De toute façon, quand c’est gratuit, c’est que c’est vous le produit. Les applications sont assez proches du web. Le plus bel exemple à notre disposition est celui de Google : on a accès à un moteur de recherche et à des applications gratuites, qui sont pourtant monétisés des milliards d’euros tous les ans. 

Les applications sont-elles un secteur économique porteur d'avenir ? Quelles sont les limites du modèle ? 

Cyril Benhamou : Economiquement parlant, c'est un secteur qui se cherche et qui n'a pas encore trouvé sa rentabilité. La grande majorité des éditeurs d'applications aujourd'hui ne gagnent pas d'argent, ou en perdent. Développer une application est aujourd'hui très coûteux, bien plus qu'un site internet par exemple. De plus, le marché de la publicité sur mobile est encore très timide. En France, moins de 5 % des budgets des campagnes annonceurs sont alloués sur le mobile. Au UK ou au US, la publicité sur mobile est déjà plus développée. Néanmoins, vu que le temps passé sur les Smartphones ne fait qu’augmenter, cela devrait évoluer dans le bon sens assez rapidement. 

John Karp : Il est essentiel de comprendre que nous ne sommes qu’au début des applications. Nous sommes dans une phase dans laquelle nous avons l’impression que toutes les applications existent, mais c’est justement là que se trouvent les enjeux, car créer de nouveaux services passe très souvent par la création d’une nouvelle application. Par exemple, l’année dernière a vu l’explosion de service de chauffeurs à Paris, qui regroupe désormais une quinzaine d’applications : ces services passent aujourd’hui uniquement par les applications. On peut tout à fait comparer les applications au Web au début des années 2000, après l’explosion de la bulle internet : les gens pensaient que le Web était fini, dépassé.

Mais ce n’est pas une histoire de mode, mais une réelle tendance de fond : tout le monde utilise tous les jours au moins une application par jour. Cela fait partie de notre quotidien, et les applications sont rentrées dans nos moeurs. Sur les millions d’applications qui existent aujourd’hui, la grande majorité n’est pas rentable. Mais c’est comme tout système économique, tout dépend de l’utilisation que l’on veut en faire, car une application est un avant tout un outil. 

 
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John Karp - Cyril Benhamou

John Karp est spécialiste marketing des applications mobiles. Il est également le co-fondateur de BeMyApp. Il organise régulièrement les weekend BeMyApp.

Cyril Benhamou est expert en mobiles, entrepreneur et  fondateur notamment des applications FoodReporter et de Ski +

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