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Budget européen : pourquoi l’accord franco-allemand qu’Emmanuel Macron continue de qualifier “d’historique” ne suffit pas à mettre l’euro à l’abri d’une prochaine crise

Ce jeudi 20 septembre, lors du sommet informel de Salzbourg, Emmanuel Macron est revenu sur la déclaration de Meseberg, intronisant la mise en place d’un budget européen, un accord qu’il a qualifié “d’historique”. Un point de vue contestable.

Déclaration de Meseberg

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Budget européen : pourquoi l’accord franco-allemand qu’Emmanuel Macron continue de qualifier “d’historique” ne suffit pas à mettre l’euro à l’abri d’une prochaine crise

 Crédit JOE KLAMAR / AFP

Atlantico : Vous venez de publier une analyse de la déclaration de Meseberg, reprenant l'accord franco-allemand pour le future de la zone euro. Dans cet article, vous indiquez que la zone euro n'est pas prête à affronter une prochaine crise, malgré le contenu de cette déclaration de Meseberg. Pourquoi ?

 
 
Barry Eichengreen : L’inquiétude tient à ce que les progrès réalisés dans le renforcement et la mise en place de l’architecture de la zone euro n’ont été que progressifs et que des lacunes importantes subsistent. Il n'y a pas d'assurance des dépôts dans la zone euro. Il n'y a pas de mesures pour briser le cercle vicieux reliant les problèmes fiscaux aux problèmes bancaires. Il n'y aura au mieux qu'un budget symbolique de la zone euro, et non un véritable budget commun comme celui qui avait été proposé initialement par Emmanuel Macron.
Ma prévision est que nous allons continuer de progresser lentement et progressivement jusqu'à la prochaine crise. Mais quand cette crise surviendra, il faudra rappeler aux dirigeants européens la nécessité de réformes plus ambitieuses pour assurer la survie de leur union monétaire. On se souvient de l’observation de Jean Monnet à propos de l’Europe : "L'Europe se fera dans les crises et elle sera la somme des solutions apportées à ces crises". On peut en dire autant concernant la zone euro.

 

Ces lacunes relèvent-elles de blocages techniques ou s'agit-il plus de barrières politiques pouvant découler, notamment, de la réticence des électeurs allemands, parmi d'autres,  à participer à un budget commun ?

 
Ces lacunes dans l'architecture de la zone euro reflètent des désaccords politiques et non techniques. Tout le monde comprend les conceptions alternatives qui permettraient de renforcer les banques, de créer un système de garantie des dépôts et de concevoir un budget de la zone euro, par exemple. Mais ils ne sont pas d'accord politiquement sur la conception alternative qu'il serait souhaitable de mettre en place.
 
 

Voici 2 ans, vous publiiez un autre article "Minimal Conditions for the survival of the euro" ou vous pointiez le problème posé par la politique monétaire trop stricte de la BCE. Puisque Mario Draghi quittera son poste en 2019, et qu'il sera probablement remplacé par une personnalité plus "stricte", sommes-nous ici dans une situation finalement plus dangereuse que celle induite par les lacunes de la déclaration de Meseberg ?

 
Ici, je ne suis pas sûr d’être d’accord avec la prémisse de votre question. Il n’est pas sûr que le prochain président de la BCE soit nettement plus "strict" que ne l'est Mario Draghi. De plus, la BCE a renforcé ses capacités institutionnelles. Le président n’a plus l’influence disproportionnée qu'il avait sur les décisions auparavant. Depuis la déclaration de 2012, par Mario Draghi, indiquant qu'il ferait "tout ce qu'il est possible pour sauver l'euro", la BCE a intégré le constat selon lequel elle doit agir en tant que prêteur et fournisseur de liquidité en dernier ressort. La BCE remplira encore ce rôle lorsque la prochaine crise surviendra, et ce, peu importe le nom de celui qui siègera comme président.

 

Est-ce que la BCE devrait évoluer vers un mandat de politique monétaire plus "accommodant", sur le modèle de la FED qui cible le plein emploi en plus de l'inflation, ou en visant un objectif de PIB nominal comme cela est parfois proposé. Comment analyser vous le fait qu'Emmanuel Macron n'ait pas proposé une telle réforme dans son projet européen ?

 
Il ne fait aucun doute qu'il serait préférable que la BCE cible une inflation de 4% au lieu de 2%. Ce serait mieux aussi si elle ciblait un objectif de PIB nominal. Mais l'histoire et les anticipations des marchés financiers sont des facteurs puissants dans ce contexte. Les marchés réagiraient négativement à tout changement de l’objectif de la BCE, en raison de l’incertitude créée par ce changement.  En conséquence, aucun changement ne se produira. La BCE devra s'adapter au mieux aux circonstances et à l'objectif d'inflation dont elle a hérité. Janet Yellen, actuelle présidente de la FED, dans un discours prononcé à l'institut Brookings la semaine dernière, a indiqué que les banques centrales devraient utiliser davantage le "forward guidance" (La traduction de cette notion par la BCE est les "indications sur l'orientation future de la politique monétaire" ). Benoit Cœuré, qui est au directoire de la BCE, a ensuite dit quelque chose de similaire dans un discours ultérieur. Je pense que c'est la meilleure chose à faire.
 

En 2007, dans votre article "The break-up of the euro area", vous indiquiez "il est peu probable qu'un ou plusieurs membres quittent la zone euro dans les 10 prochaines années". Feriez vous la même prédiction, qui s'est révélée exacte, en 2018 ?

Oui.
 
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Barry Eichengreen

Barry Eichengreen est un économiste américain. Il est professeur d'économie et de science politique à l'université Berkeley où il enseigne depuis 1987. 

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