Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 30 Juillet 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Budget 2016 : le gouvernement s’enferme (encore) dans des hypothèses irréalistes et une erreur de diagnostic sur les maux de l’économie française

Alors que la baisse de 2 milliards d'euros d'impôts devait commencer en 2016, le gouvernement a annoncé mercredi 16 septembre un report de trois mois. Erreurs d'anticipation budgétaire, incompréhension des maux de l'économie nationale... La question du financement de ces mesures ne semble toujours pas réglée.

Cas clinique

Publié le - Mis à jour le 18 Septembre 2015
Budget 2016 : le gouvernement s’enferme (encore) dans des hypothèses irréalistes et une erreur de diagnostic sur les maux de l’économie française

Michel Sapin, Emmanuel Macron et Ségolène Royal.  Crédit Reuters

Atlantico : Mercredi 16 septembre, le ministre des Finances Michel Sapin a annoncé que les baisses de cotisations prévues sur les salaires entre 1,6 et 3,5 Smic dans le cadre du pacte de responsabilité ne prendraient effet qu'au 1er avril, trois mois après la date prévue. Le gouvernement a décidé de repousser cette baisse des cotisations pour des raisons de financement. Comment expliquer que cette partie du pacte de responsabilité n’ait pas été davantage anticipée ?

Jacques Bichot : Hélas, les hommes politiques ont pris l’habitude de vivre au jour le jour, sans perspective à long terme. Ils n’ont, globalement, aucune cohérence : il a suffi que le Président de la République annonce, de façon inopinée, un allégement de l’impôt sur le revenu en 2016, pour que les cartes soient brouillées.

Si les rentrées sont diminuées d’un côté, il faut les augmenter d’un autre – par exemple en ne tenant pas une promesse de baisse des charges sociales.

Comme un politicien ne peut pas s’empêcher de promettre, il est fatal que certaines de ses anciennes promesses fassent les frais des nouvelles. En quelque sorte, une promesse chasse l’autre. Pour être fiable, il faut ne promettre que ce qu’on est sûr de pouvoir tenir. Mais un homme politique "ordinaire" se shoote aux promesses qu’il fait jour après jour, comme un toxicomane qui a besoin de sa dose quotidienne d’héroïne : il ne peut pas s’en empêcher, c’est plus fort que lui.

Au-delà de l'erreur d'anticipation, n'y a-t-il pas également une difficulté à assumer la ligne social-libérale empruntée par le gouvernement ?

Jacques Bichot : Je ne sais pas ce qu’est le social-libéralisme, et je doute que le Président de la République en ait une idée précise. Il se contente de donner de temps à autre un coup de barre à droite, et de temps à autre un coup de barre à gauche, parce qu’il faut bien faire quelque chose quand on est censé gouverner un pays. Donc tantôt un Macron lui montre qu’il serait bon pour l’emploi d’assouplir certaines règles qui corsètent les entreprises, et il encourage le gouvernement à aller un peu (pas trop !) dans ce sens ; et tantôt des éléments de la gauche de la gauche lui disent qu’il faut faire payer davantage les riches, les entreprises et les familles, et il donne le feu vert à des mesures allant dans ce sens. Le social-libéralisme que nous vivons, s’il faut user de cette expression, c’est une valse-hésitation entre des options contradictoires entre lesquelles un Premier ministre et un Président "normaux" ne parviennent pas à choisir.

Quel est le message envoyé aux entreprises ?

Jacques Bichot : Cette décision signifie que l’État n’est pas fiable : il promet et ne tient pas tout ce qu’il a promis, mais seulement une partie. Les chefs d’entreprises, qui ont déjà, pour la plupart, bon nombre de griefs à l’encontre de l’Administration et des pouvoirs publics, ne peuvent qu’être confortés dans leur méfiance envers l’État. Or la confiance est un ingrédient fondamental pour la bonne marche de l’économie. C’est un fait bien connu des économistes, qui a été remarquablement expliqué par Alain Peyrefitte dans son livre La société de confiance (Odile Jacob, 1995).

Que vous ayez une confiance limitée vis-à-vis de deux ou trois petits clients n’est pas bien grave, mais si quand il s’agit d’un très gros client, ou d’un très gros fournisseur, ou d’un partenaire très important comme l’est l’État, ne pas pouvoir faire confiance est un frein considérable à l’activité. Or l’État change beaucoup trop souvent les règles du jeu, cela dissuade les responsables d’entreprise d’investir et d’embaucher. L’État fait certains efforts, comme le rescrit fiscal et social, qui garantit que la réponse donnée à telle question par l’administration fiscale ou l’URSSAF engage vraiment cette administration : c’est dans ce sens-là qu’il faut aller, pas dans celui des promesses tenues seulement en partie.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par zouk - 17/09/2015 - 10:10 - Signaler un abus Agitations contradictoires de notre Gouvernement

    Accablant! J'ajouterai à cette accumul

  • Par zouk - 17/09/2015 - 10:15 - Signaler un abus Agitations contradictoires de notre Gouvernement

    Accablant! Et comme cette danse 1 pas en avant, 2 pas en arrière au gré des humeurs ne suffit pas, le Parlement ne cesse de voter des lois verbeuses et confuses qui s'ajoutent à un maquis touffu de lois, règlements, normes.... tout pour compliquer chaque jour un peu plus la vie des entreprises et des gens.

  • Par Mike Desmots - 17/09/2015 - 10:36 - Signaler un abus Bon ,c'est validé, depuis 3 ans le pédalo navigue au pifomètre

    Cette nomenklatura devra rendre des comptes devant le tribunal du peuple....! Mais enfin ...! depuis le/les scandales Cahuzac, Thévenoud, Aquino Morel, Loïc Gachou, Joël Guérini, Ignés Saal, Faouzi Lamdaoui, Kader Arif .Sylvie Andrieux, Sylvie Hubac .et etc...la liste est définitivement exhaustive ....

  • Par vangog - 17/09/2015 - 14:36 - Signaler un abus A-t-il intégré les nouvelles dépenses dues aux clandestins?

    Les 77310 logements sociaux gracieusement alloués à leurs familles, que ces hommes vont s'empresser de rapatrier, conformément au très bete regroupement familial de Giscard? Et les nouvelles aides qui ne manqueront pas de survenir, lors de ce rapatriement? Les frais de scolarité supplémentaires pour leurs enfants, les menus supplémentaires "de substitution"? Sans compter les déploiement d'effectifs de police et la menace terroriste que génèrent 2% de jihadistes (au moins) parmi ces clandestins? Il va falloir prévoir un budget d'urgence...en supplément!

  • Par janckroirien - 17/09/2015 - 19:25 - Signaler un abus Je trouve

    ... parfaite cette photo où SAPIN montre bien qu'il est tout à fait réaliste avec lui même en formant un zéro parfait avec son index et son pouce.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

Voir la bio en entier

Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La mort de l'État providence ; vive les assurances sociales, coécrit avec Arnaud Robinet (Les Belles-Lettres, 2013.)

Voir la bio en entier

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€