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Bruits de bottes grandissants en Ukraine : et si Poutine y va vraiment, que se passera-t-il ?

La confirmation par l'Otan et les observateurs de l'OSCE d'une concentration de matériels militaires offensifs russes, dont des chars, a ravivé la crainte d'une escalade dans le conflit opposant les Ukrainiens et les Russes.

Escalade

Publié le - Mis à jour le 27 Novembre 2014
Bruits de bottes grandissants en Ukraine : et si Poutine y va vraiment, que se passera-t-il ?

Les bruits de bottes grandissent en Ukraine. Crédit Reuters

Atlantico : Après deux mois de trêve fragile - et ponctués par plusieurs accrochages d'ampleur-, l'Onu a partagé sa crainte d'une "Guerre totale" entre les deux pays. Un plan d'approvisionnement garanti à l'Union européenne, des soupçons de sous-marins russes évoluant dans la mer baltique au mois d'Octobre, des colonnes de chars observées depuis quelques jours... Quelle lecture peut-on faire de tous ces éléments disparates, et en quoi peuvent-ils nous éclairer sur les intentions - ou tout du moins la stratégie - de Vladimir Poutine ?

Florent Parmentier : il paraît évident que les moyens militaires et les signaux accumulés ces dernières semaines laissent peu d’espoir à une paix durable entre Russes et Ukrainiens, et ce alors-même que l’accord de Minsk n’est, depuis le départ, pas totalement respecté (la bataille de l’aéroport de Donetsk en est l’exemple le plus marquant). En même temps, la Russie a accepté de lâcher du lest sur les questions énergétiques, en acceptant un accord sur une baisse des prix du gaz pour l’Ukraine et la Moldavie.

En soufflant le chaud et le froid, en se montrant insensible aux sanctions qui lui sont adressées et en bombant le torse, la stratégie russe consiste à montrer quel est le rapport de force sur le terrain, qui ne laisse guère de doutes. Cette maîtrise du tempo fait partie de la stratégie russe, permettant d’obtenir davantage de concessions de la part des Américains et des Européens. Une reprise des hostilités ne ferait que confirmer la volonté russe d’accroître son influence sur la partie orientale de l’Ukraine, visant probablement un espace allant de Kharkov à Odessa.

Philippe Migault : Il faut raison garder et cesser d'entretenir la spirale de l'angoisse qui ne fait que monter davantage les uns contre les autres. Que vois-je depuis Paris, avec les quelques éléments auxquels j'ai accès, dépêches et autres ? 

D'abord que l'OSCE ne parle pas de "colonnes de chars". Elle a parlé de colonnes de camions et de camions-citernes et évoqué le chiffre de 4 T-72 et 5 T-64, soit 9 chars d'assaut au total, dans la région de Donetsk. Neuf chars çà peut paraître impressionnant sur le terrain mais ça ne fait même pas un escadron, c'est tout de même plus que juste pour lancer une hypothétique offensive. J'ai aussi regardé les camions et les canons de 122 mm évoqués par l'OSCE, grosso modo une ou deux douzaines de pièces apparemment en bon état, soit l'équivalent de trois batteries d'artillerie pour ce que j'ai pu voir, ce qui ne signifie pas qu'il n'y en ait pas plus. C'est un plus pour les séparatistes mais ce n'est pas ça qui va leur permettre de se lancer à la conquête de l'Ukraine...

Car en face, côté loyaliste, on se renforce aussi et on dispose, du point de vue du matériel, d'atouts bien supérieurs. D'une aviation de combat, d'abord. Certes celle-ci a subi de lourdes pertes contre les défenses sol-air séparatistes, mais si je devais prendre la route de Marioupol ou de Slaviansk dans un des blindés séparatistes évoqués par l'OSCE, je ne serais quand même pas rassuré... Une offensive, c'est aller vite, frapper fort, si possible en débordant l'adversaire via les grands axes ou les champs, donc à découvert. Si en face de vous vous avez quelqu'un qui sait bien se servir de son Sukhoï-25... Ensuite, aux côtés de l'aviation, les loyalistes disposent d'une artillerie bien plus puissante que les canons de 122 mm qu'ont obtenu les séparatistes : Human Rights Watch a constaté l'usage par les troupes de Kiev de lance-roquettes multiples Smerch et Ouragan de 300 et 220 mm. Ces engins sont parmi ce qui se fait de mieux au monde, il suffit de voir leur succès à l'export. Certains de ces systèmes portent à plus de 70 kilomètres, contre 15 pour les pièces de campagne vues dans la zone séparatiste. Là aussi, la puissance de feu n'est pas du côté qu'on croit. J'ai l'impression que plus qu'une offensive, on se dirige plutôt vers un renforcement des deux camps, qui se préparent à une longue guerre de position. Car il ne faut pas se leurrer : si l'armée ukrainienne s'est fait battre à plates coutures par les séparatistes en août dernier, ces derniers sont passés auparavant à deux doigts de la défaite. Nous sommes face à deux belligérants qui pour l'heure aspirent plus à panser leurs plaies qu'à en finir l'un avec l'autre, du moins je l'espère. 

 
Commentaires

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  • Par vangog - 14/11/2014 - 10:30 - Signaler un abus Si la Russie n'était pas belliqueuse et ne considérait pas

    ses voisins directs comme des états-tampons de sa zone d'influence, elle n'aurait rien à craindre d'une extension de l'OTAN à ces états indépendants qui restent libres de demander à accéder à cette organisation. D'ailleurs, si la Russie n'avait pas eu cette attitude impérialistes, tous ses voisins directs auraient-ils peur d'elle et certains demanderaient-ils l'entrée dans l'OTAN? non! La Russie est seule responsable de la violence qu'elle déclenche et des menaces de guerre.

  • Par Benvoyons - 14/11/2014 - 10:31 - Signaler un abus Bon déjà si cela se confirme et bien plus de coupe du Monde de

    Foot chez eux. D'ailleurs cela devrait être de même pour les états qui soutiennent et financent le terrorisme.

  • Par zouk - 14/11/2014 - 10:55 - Signaler un abus Ukraine

    Cyrille Bret a parfaitement raison: nous ne pouvons (nous: les Européens, cela est indifférent pour les Américains) pas nous arrêter dans l'immobilité, mais ACTIVEMENT rechercher les moyens d'un compromis acceptable pour les Russes et les Ukrainiens

  • Par Benvoyons - 14/11/2014 - 11:24 - Signaler un abus zouk - 14/11/2014 - 10:55 Le compromis de tes voeux

    l'Ukraine appartient à la Russie. Bravo pour la négociation à quand le prochain pays?

  • Par Leucate - 14/11/2014 - 12:24 - Signaler un abus Ukraine russe

    Historiquement, la moitié de l'Ukraine est russe, tout ce que la Russie Impériale appelait administrativement, jusqu'en 1917, la Rive Gauche (du Dniepr), Kiev inclue. Ce fut d'abord le protectorat sollicité par les cosaques zaporogues en 1654 puis l'annexion du Khanat de Crimée au XVIII° siècle, dont les territoires furent peuplés de russes et d'allemands et que la Russie désignait sous le nom de "Nouvelle Russie". La Rive Droite polono-lituanienne fut annexée en 1772 lors du partage de la Pologne entre la Prusse, l'Autriche et la Russie. Si on compare avec la France, en 1654, le Roussillon (Perpignan) était espagnol, le Nord (Lille, Dunkerque ..) anciennement espagnol était devenu autrichien, l'Alsace et la Lorraine étaient terres d'empire (le Saint Empire des Habsbourg-Lorraine) de même que le comté de Bourgogne (Besançon), Nice et la Savoie appartenaient au royaume de Savoie et la Corse n'avait pas été rachetée à la république de Gênes, tandis qu'Avignon faisait partie des Etats pontificaux.

  • Par Benvoyons - 14/11/2014 - 13:57 - Signaler un abus Leucate 14/11/2014 - 12:24 Et alors??? la France doit restituer

    ce qui ne lui appartenait pas avant. Maintenant tu peux prendre les Frontières de Charlemagne et puis celle des Gaulois avant etc...

  • Par cloette - 14/11/2014 - 15:29 - Signaler un abus Question de culture

    L'Ukraine est plus russe que mexicaine ou inuit ou new-yorkaise ou grecque . Chez nous grâce à notre patrimoine culturel on est tous français même avec des racines polonaises ou méditerranéennes ou celtes ou nordiques

  • Par superliberal - 14/11/2014 - 17:09 - Signaler un abus C'est vrai que la Russie c'est tout petit...

    Il leur faut quelques cacahuètes en plus....sinon les pauvres Russes se sentiraient à l'étroit...c'est juste pitoyable. La connerie humaine est bien représentée à l'Est.

  • Par Papy Geon - 15/11/2014 - 12:26 - Signaler un abus Première remarque :

    Un commentaire parle d’ »extension de l’OTAN à des états indépendants ». Il ne peut s’agir que d’indépendance militaire (est-elle réelle, d'ailleurs?), car pour le reste, tout est scié pour l'indépendance. Au niveau économique, les états indépendants n’existent plus, ils sont de fait interdépendants. Peut-on imaginer qu’un état reste indépendant lorsqu’il adhère à une organisation militaire comme l’OTAN ? A l’évidence, il se passe la corde au cou, et devient au contraire dépendant d’une alliance militaire, comme avant 1914 (c’est grave) dans laquelle les décisions d’actions lui échappent en grande partie. (encore plus grave) Exemple supplémentaire pour nous Français : en Europe, nous sommes maintenant dépendants des décisions du parlement Européen, et des diktats de commissaires « désignés » sur des critères qui nous échappent. Ce mot « indépendant » ne signifie plus grand-chose pour les Français. Les politiciens qui l’utilisent encore se foutent de nous.

  • Par Papy Geon - 15/11/2014 - 12:29 - Signaler un abus Seconde remarque :

    Pour en revenir à l’Ukraine : que se passerait-il en Bretagne si nos gouvernants décidaient d’interdire la langue bretonne, et la remplaçaient en deuxième langue par le yiddish, l'arabe ou le mandarin, que sais-je? Ce qui est évident, c’est que les Ukrainiens sont manipulés par leurs gouvernants. En première lecture, il semblerait que cela soit le résultat de manœuvres d’oligarques. Mais cette quête d’argent et de puissance de leur part cache peut-être autre-chose de bien plus profond. Il pourrait s’agir d’un retour aux sources, aux origines de l’Ukraine, à des centaines d’années en arrière, et à des problèmes de civilisation ou race dominante, comme d’habitude ! Et lorsque tout est fait pour que tant de personnes fuient leur pays, on en arrive à penser à un remplacement ethnique.

  • Par Leucate - 15/11/2014 - 14:41 - Signaler un abus @Papy Géon - Bretagne

    Votre exemple est bancal parce qu'il y a deux Bretagne, celle de langue bretonne (Breizh) qui est le résultat de l'évolution dans le temps de la langue celtique des bretons de Grande Bretagne fuyant les invasions angles et saxonnes et se réfugiant en Armorique, et celle de langue romane (le "gallo") qui, comme toutes les langues romanes, est une évolution dans le temps du latin populaire parlé dans l'empire d'Occident jusqu'à sa chute. Bien sur, il y a une identité bretonne qui lie les deux groupes, mais si les bretonnants voulaient un jour imposer leur langue aux "gallos" qui n'ont, de toute leur Histoire la plus lointaine, parlé que leur dialecte remplacé progressivement par le français comme partout en France, cela risquerait d'entraîner des troubles pouvant amener à la scission entre les deux Bretagne. Il est alors fort possible que le pays Gallo fasse sécession et se tourne vers ce qui reste de la France pour la protéger. Quant à ce qui reste de la France, elle pourrait également être tentée de de reprendre la presqu'île de Crozon où se trouve sa Marine dans la rade de Brest et ses sous-marins nucléaires à l'Ile Longue. Ceci avec l'appui de sa population d'anciens marins.

  • Par Gré - 15/11/2014 - 17:00 - Signaler un abus Dans tous ces beaux discours,

    Dans tous ces beaux discours, on oublie un peu qu'il y a des populations concernées. Or, dans les régions soutenues par Moscou, les populations souhaitent majoritairement redevenir russes - ce qu'elles étaient avant 1954, si je ne m'abuse - ayant été rattachées à l'Ukraine pour des raisons administratives. Alors, l'intangibilité des frontières dont on nous bassine, n'a rien à voir avec le droit des gens. Les Russes ne lâcheront jamais les populations de l'est de l'Ukraine actuelle. Ont-ils tort ? Je ne pense pas. Si un référendum avait été accepté, peut-être n'en serions-nous pas là. On ne le saura jamais, c'est vrai. mais on n'a même pas essayé.

  • Par vangog - 16/11/2014 - 11:37 - Signaler un abus @Gré si ces populations souhaitent majoritairement redevenir

    Russes...alors, pourquoi ne pas retourner en Russie? Elles ont fait le voyage une fois, pour exploiter le filon d'une région Ukrainienne la plus industrieuse, et des stations balnéaires de Crimée, accompagnés par l'argent des oligarques et la bénédiction des mafieux russes. Tout cet équipage peut bien faire le chemin inverse, accompagné de leurs chars et de leurs canons, non?

  • Par Leucate - 16/11/2014 - 12:37 - Signaler un abus @vangog - la valise ou le cerceuil ?

    J'ai expliqué que la Rive Gauche de L'ukraine est russe depuis le milieu du XVII° siècle (l'Hetmanat zaporogue de Kiev) et la fin du XVIII° pour le Khanat musulman de Crimée repeuplé de russes. Pour donner une idée de l'épaisseur du temps, j'avais indiqué tous les territoires aujourd'hui français qui ne l'étaient pas avant que LouisXIV et Mazarin ne commencent leur conquête. Les dernières acquisitions, Nice et la Savoie, datent de Napoléon III. L'Ukraine est composée d'une population orthodoxe qui se sent proche des russes à l'Est, d'une population catholique de rite grec (Uniate) plus proche de l'occident à l'Ouest dont l'histoire, depuis la destruction totale de la principauté de Kiev par les mongols, a été complètement différente. Depuis l'indépendance de 1991, les deux partis "colorés" qui ont gouverné en alternance ce pays avaient chacun leur assise électorale dans chacune des deux régions ukrainiennes, le parti Orange à l'ouest, le parti Bleu à l'est. Les émeutes insurrectionnelles de Maïdan qui ont chassé le parti Bleu au pouvoir ont détruit cet équilibre. Les habitants de l'Est dont le vote a été bafoué considèrent le gouvernement de l'Ouest comme illégitime.

  • Par vangog - 16/11/2014 - 14:57 - Signaler un abus @Leucate pourquoi ne remonter qu'au XVIIeme siècle?...

    Pourquoi ne pas aller jusqu'au IIIeme ou IVeme siècle? Peut-être pourriez-vous, alors, restituer l'Ukraine aux descendants des Mongols qui l'avaient conquise...ou, mieux, remonter à quelque peuple Inuit descendant des contrées glaciaires pour se réchauffer sur les rivages de Crimée...

  • Par Gré - 17/11/2014 - 19:22 - Signaler un abus à vangog

    Pourquoi des populations russes qui ont toujours habité sur des territoires rattachés artificiellement à l'Ukraine par simple décision administrative, devraient-elles s'exiler ?

  • Par vangog - 18/11/2014 - 02:48 - Signaler un abus @Gre Parceque les dirigeants Russes ont trop longtemps

    soumis leurs voisins à leur domination économique et à leurs manipulations politiques...l'ogre russe a réussi à dégoûter tous ses voisins de rester dans le giron russe! Conséquence logique: ceux qui veulent rester russes doivent rejoindre l'immense territoire russe, et en exploiter les immenses et infinies richesses...à moins qu'ils ne sachent plus exploiter les richesses du sol qu'en parasitant les industries et les technologies qu'ils ne savent plus créer...après la lobotomie du socialisme?

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Philippe Migault est chercheur à l'IRIS, spécialisé dans l'étude des partenariats entre Russes, Français et Européens en matière d’armement, d’aéronautique, d’espace et d’énergie.

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Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective.

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Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

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Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

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