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Les Britanniques votent en faveur de la fécondation in vitro à trois en oubliant un peu vite les nombreux risques scientifiques

Un bébé, trois "parents". C'est à peu près la nouvelle règle que viennent d'éditer les députés britanniques après s'être prononcés en faveur d'une fécondation in vitro à partir de trois ADN différents. Une technique qui devrait permettre d'éviter la transmission de certaines maladies génétiques, mais qui comporte, elle-même, de nombreux risques.

Apprentis Sorciers

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Les Britanniques votent en faveur de la fécondation in vitro à trois en oubliant un peu vite les nombreux risques scientifiques

Atlantico : L'exécutif britannique s'est positionné en faveur de la légalisation de la naissance des bébés à trois parents, suivant une méthode destinée à prévenir la transmission d'une mutation génétique d'ordre maternelle. La communauté scientifique a vigoureusement protesté contre ce vote, rappelant les études révélant les conséquences néfastes sur la santé. Qu'est-ce qui pose problème concrètement aux scientifiques ?

Alexandra Henrion-Caude : Le principe de cette technique est de transmettre un ensemble de plusieurs génomes (celui des mitochondries) chez un enfant à naître.

Précisons que le Royaume-Uni est le seul pays au monde à autoriser cette technique sans être beaucoup plus avancé que les autres pays dans ce domaine. Il y aurait certes les intérêts financiers d’un gros laboratoire anglais et de ses cliniques associées, qui devraient être avantagés à ce que l’on banalise à outrance le transfert de mitochondries jusqu’à l’assimiler à un vulgaire remplacement de piles à un embryon … Mais est-ce suffisant pour que les parlementaires aient pu passer outre les réticences de plusieurs groupes de scientifiques qui s’étaient pourtant exprimés sur le sujet, outre les recommandations les plus récentes de la part d’équipes pionnières américaines et australiennes quant à la nécessité d’étudier la sûreté et l’efficacité de ces méthodes avant de passer à l’homme, outre l’avertissement du risque d’"erreur historique" de la part d’experts reconnus?

Cette légalisation pose plusieurs problèmes aux scientifiques qui convergent tous vers un souci éthique, reconnu même par Doug Turnbull, qui dirige pourtant l’une des équipes anglaises en faveur de la légalisation … Le souci majeur est que cette méthode entraine des changements génétiques héritables, transmissibles aux générations futures. Plutôt que de traiter une maladie, cette technique va créer des personnes avec un corpus inconnu de régulations.

Un autre aspect est que chez les animaux, la chance (ou plutôt la malchance) de remplacer les mitochondries maternelles affectées par un autre lot de mitochondries défectueuses était presque de 50%. Ce qui devrait logiquement imposer de suivre la survenue de cancers ou d’un vieillissement prématuré chez les enfants issus de ces techniques toute leur vie.

Notre connaissance sur les niveaux de communications entre le patrimoine génétique du noyau et celui des mitochondries est encore très en retrait par rapport à cette mise en œuvre chez l’homme, sans même aborder les aspects psychologiques des dits trois parents. Cela tranche étrangement avec le niveau de précautions et de recommandations dont la femme enceinte fait l’objet dans nos sociétés. Comme je l’avais déjà dit dans vos colonnes, l’homme est encore une fois en train de jouer à l’apprenti sorcier sur le dos d’enfants à naître. La précaution éthique étant alors assimilée à l’éventuel bénéfice que pourraient en retirer les familles porteuses de ces anomalies mitochondriales.

 
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Alexandra Henrion-Caude

Dr Alexandra Caude est directrice de recherche à l’Inserm à l’Hôpital Necker. Généticienne, elle explore les nouveaux mécanismes de  maladie, en y intégrant l’environnement. Elle enseigne, donne des conférences, est membre de conseils scientifiques.

Créatrice du site internet science-en-conscience.fr, elle est aussi l'auteur de plus de 50 publications scientifiques internationales. Elle préside l’Association des Eisenhower Fellowships en France, et est secrétaire générale adjointe de Familles de France.

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