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Lundi 26 Septembre 2016 | Créer un compte | Connexion
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Boom du nombre d’étudiants à l’horizon 2024 : cette réorganisation de l’enseignement supérieur qui pourrait éviter une pression supplémentaire sur les finances publiques

Alors que les jeunes diplômés peinent à trouver un emploi, le ministère de l'Education vient d'annoncer l'arrivée de 2,81 millions d'étudiants dans l'enseignement supérieur à l'horizon 2024. Une augmentation significative qui pose la question de la capacité des structures de cet enseignement à faire face à cet afflux d'étudiants.

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Boom du nombre d’étudiants à l’horizon 2024 : cette réorganisation de l’enseignement supérieur qui pourrait éviter une pression supplémentaire sur les finances publiques

Atlantico : L'Education nationale a rendu publiques les projections suivantes : 2,81 millions d'étudiants seront inscrits dans l'enseignement supérieur en 2024, soit une augmentation de 335 000 par rapport à 2014. Cette projection est annoncée alors que le chômage des jeunes est toujours élevé (25,7% des moins de 25 ans en novembre 2015). Toutes les structures de l'enseignement supérieur sont-elles en mesure de faire face à cet afflux d'étudiants dans les années à venir ? Qu'est-ce que cela révèle de l'état actuel du système de l'enseignement supérieur français ? 

Boris Ménard : Dans l’état actuel du système, on a pu constater à la rentrée 2015/2016 que la capacité d’accueil de nouveaux étudiants par les universités était limitée, certaines d’entre elles ayant par exemple été obligées de pratiquer un tirage au sort pour départager les demandes d’admission dans certaines spécialités.

Cet exemple met en lumière la crise de financement que traverse l’enseignement supérieur dans un contexte de limitation de la participation de l’Etat. Ainsi, l’augmentation du nombre d’étudiants pourrait en partie profiter au secteur privé à but lucratif, qui s’est déjà considérablement développé ces dernières années, plus à même de financer l’accueil de ces nouveaux étudiants par la modulation des frais de scolarité. 

Comment faire en sorte que ces futurs arrivants dans l'enseignement supérieur ne deviennent pas les chômeurs de demain ? Dans quelles proportions le marché du travail sera-t-il capable d'absorber cet afflux de nouveaux arrivants dans l'enseignement supérieur  ? 

La question du chômage risque de se poser plus pour les jeunes qui n’accèdent pas à l’enseignement supérieur que pour les nouveaux arrivants. En effet, les enquêtes Génération du Céreq ont permis de montrer que dans un contexte de chômage structurel important, le diplôme protégeait de plus en plus contre ce risque. En d’autres termes et même si l’augmentation du chômage est généralisée, le taux de chômage croît nettement plus rapidement parmi les pas ou peu diplômés, renforçant les inégalités entre enseignement secondaire et supérieur, ou entre niveaux de diplôme du supérieur.

A cet égard, la capacité d’absorption de ces nouveaux diplômés par le marché du travail est clairement dépendante de la capacité de l’économie française à créer des emplois qualifiés ou hautement qualifiés en nombre suffisant dans les années à venir. En faisant l’hypothèse (réaliste) que ce ne soit pas parfaitement le cas, le risque d’assister à une recrudescence des phénomènes de déclassement en haut de la hiérarchie des diplômes et de chômage en bas de cette hiérarchie est réel.

Selon ces mêmes projections, les universités arrivent en 3ème position, avec une hausse de fréquentation de 13,6% attendue pour 2024. Or, on accuse souvent les universités de proposer des formations sans emploi à la clé. Quelles voies doivent prendre les universités pour devenir plus professionnalisantes et proposer une offre de formation en adéquation avec la demande sur le marché du travail ? 

Tout d’abord, il faut rappeler que le taux de chômage des diplômés de licence générale ou de master est par exemple inférieur à celui des BTS après trois années de vie active et donc que cette accusation est difficilement recevable. De plus, la faible création d’emplois sur le marché du travail ne peut être imputée à l’Université, quelle que soit la qualité des formations qu’elle propose. Comme le montre le sociologue Nicolas Charles, la France a fait ce choix adéquationniste et celui-ci s’est traduit par un mouvement de professionnalisation sans précédent à l’université depuis plus d’une décennie (création de la licence professionnelle, développement des stages, de l’apprentissage…) mais là encore, il faut plus chercher l’explication du phénomène persistant du chômage par un trop faible niveau de la demande sur le marché du travail plutôt que par l’inadéquation des formations aux besoins des entreprises. 

 
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Boris Ménard

Boris Ménard est chargé d'études au Céreq (Centre d'études et de recherches sur les qualifications). Il est spécialiste de l'analyse des trajectoires scolaires et de l'insertion des sortants de l'enseignement supérieur, et membre du Groupe de Travail sur l'Enseignement Supérieur (GTES).

En septembre 2014, il publie le Bref n°322 du Céreq "Sortants du supérieur : la hausse du niveau de formation n'empêche pas celle du chômage".

 

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