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Bon diagnostic, réponse insuffisante ? Pourquoi La République En Marche risque de trouver sa promesse de renouvellement de la vie politique plus difficile à délivrer que prévu

Alors que la France traverse une crise de confiance envers la classe politique, La République En Marche fait la promesse de renouveler la démocratie, en faisant appel à la société civile. Mais la réalité est-elle aussi simple que ce schéma?

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Bon diagnostic, réponse insuffisante ? Pourquoi La République En Marche risque de trouver sa promesse de renouvellement de la vie politique plus difficile à délivrer que prévu

Atlantico : La République En Marche propose aujourd'hui de renouveler en profondeur la vie politique. Cela a été l'objectif désigné par les discours d'Emmanuel Macron et d'Edouard Philippe devant le Congrès et les assemblées parlementaires. Mais le problème n'est-il pas plus profond que le simple renouvellement "sociologique" de la classe politique ? Qu’est-ce qui empêche la société civile de devenir une société politique du même genre que celle qu'elle remplace ?

Michel Guénaire : Il y avait une vraie crise de confiance dans la classe politique au seuil de la campagne pour l'élection présidentielle. Le pays attendait que cette crise fût résolue par un renouvellement des responsables politiques. J'ai moi-même participé à ce mouvement, en créant SOCIETECIVILE2017 qui s'était donnée pour objectif de donner une capacité d'expression politique à la société civile. Personne ne peut aujourd'hui reprocher à Emmanuel Macron d'avoir repris ce thème au cours de la campagne. N'avait-il pas été à sa façon un ministre de la société civile quand il avait été nommé ministre de l'économie ?

 Le reproche qu'on peut lui faire est de ne pas avoir préparé les hommes et les femmes de la société civile qui le rejoignaient à l'exercice des responsabilités qui leur incomberaient. Il faut ajouter que la société civile sera dissoute le jour où son but sera atteint, à savoir la fin de métier politique. Les lois de moralisation de la voie publique qui ont été présentées devraient y parvenir. Quand la classe politique disparaîtra, la société civile redeviendra la société politique, celle dont un pouvoir non usurpé, représentatif, fidèle à son pays, doit procéder.

Eric Deschavanne : La société politico-médiatique a pris l'habitude d'utiliser les mots "citoyen" et "citoyenne" - lesquels, dans la langue française, sont des substantifs – comme des adjectifs. L'emploi de ce barbarisme doit être considéré comme un symptôme. Pourquoi parle-t-on d'une participation "citoyenne" ou de projet "citoyen" plutôt que d'utiliser les adjectifs "politique" ou "civique" ? Cette substitution me paraît significative. Un projet politique est à l'évidence un projet dont on attend qu'il produise un effet politique. Le terme "civique" comprend l'idée d'un engagement fort au sein de la communauté politique, destiné à influer sur le destin de celle-ci. Un projet "citoyen", en revanche, n'engage à rien et son aboutissement importe peu. Il se suffit à lui-même indépendamment du résultat. De même dans la participation "citoyenne" l'essentiel est à l'évidence de participer. La politique, l'intérêt général, la vie de la cité ne sont que des prétextes pour favoriser l'expression des individus, leur donner le sentiment d'être considéré et valorisé. La finalité n'est plus le destin de la collectivité mais la "reconnaissance", la prise en considérations des intérêts, goûts, passions et opinions des individus. Il ne faut donc pas accorder trop d'importance politique aux initiatives visant à animer la "démocratie participative". Les progrès de l'abstention électorale témoignent suffisamment de l'absence d'appétence à l'égard de l'engagement politique authentique pour qu'on prenne véritablement cet idéal au sérieux. L'organisation de consultations et débats "participatifs" vise simplement, de la part d'une classe politique plus que jamais professionalisée, dans le cadre d'une démocratie plus que jamais représentative, à apporter un témoignage d'attention et de considération aux électeurs potentiels.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 10/07/2017 - 14:04 - Signaler un abus "renouveler la vie"???????

    cela ne signifie rien! c'est une phrase creuse qui appartient à la phraséologie gauchiste sirupeuse pour bobos naïfs...et ça marche!

  • Par Deudeuche - 11/07/2017 - 08:43 - Signaler un abus Un vrai projet

    On transfère les ministères hors de Paris, La numérisation aidant, on inverse l'investissement dès métropoles aux villes moyennes et l'on casse l'accaparement politico-médiatique des bords de la Seine. C'était un rêve, La montée du niveau de la mer réglera la cause du problème et tout ira bien de toute façon car "fluctuat nec mergitur"

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Michel Guénaire

Michel Guénaire est avocat et essayiste. Il est l'auteur de  Le retour des Etats (Grasset, 2013), et président fondateur de Société civile 2017.

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Eric Deschavanne

Eric Deschavanne est professeur de philosophie.

A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxième
humanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry
(Germina, 2010). Il est également l’auteur, avec Pierre-Henri Tavoillot, de Philosophie des âges de la vie (Grasset, 2007).

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